
Jean-Luc Mélenchon ne cache pas son évolution sur la question du voile islamique. Dans un long entretien publié cette semaine, à l’occasion de la sortie en anglais de son ouvrage Faites mieux ! Vers la Révolution citoyenne, le leader de La France insoumise est revenu longuement sur cette thématique. Le voile islamique, qu’il considérait naguère comme un symbole de soumission patriarcale, serait désormais selon lui un signe de soumission à Dieu et non aux hommes, à la différence du christianisme.
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Un virage à 180 degrés pour celui qui, en 2010, dénonçait dans les colonnes de Marianne une « soumission patriarcale » et comparait le port du voile à « un stigmate que l’on s’inflige ». En 2015 encore, il contestait l’usage du terme « islamophobie » et rappelait que le voile restait à ses yeux « un signe de soumission ». Lors de la campagne présidentielle de 2017, il déclarait sans détour : « Je ne vois pas où Dieu s’intéresserait à un chiffon sur la tête ».
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Mais aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon assume un discours radicalement différent. « Le seul texte que l’on ait sur le voile comme soumission de la femme à l’homme est chrétien. C’est saint Paul qui le dit, et il oblige les femmes à se couvrir pour se soumettre à l’homme », affirme le chef de file de La France insoumise. Une comparaison qui omet toutefois les différences fondamentales entre les traditions religieuses : les épîtres du Nouveau Testament, souvent interprétées, ne sont pas considérées comme des textes directement révélés, à la différence du Coran, révélé au prophète Mahomet selon la tradition musulmane.
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« J’ai posé la question à des copines voilées, confie encore Mélenchon. Toutes m’ont dit : “Tu n’as rien compris. Je me soumets à Dieu, pas à l’homme. Et j’attends de mon compagnon qu’il respecte les règles que Dieu lui impose à mon sujet” ». Des témoignages qui auraient, selon lui, profondément modifié son analyse : « Ces discussions m’ont fait changer de regard. Je peux entendre ces arguments, mais je ne peux pas accepter la haine des musulmans. »
Dans le Coran, seules deux sourates (24 et 33) évoquent le fait pour les croyantes de se couvrir, sans mention explicite du mot « hijab », ni précision concernant le couvrement de la tête. Ces injonctions sont souvent comprises comme des appels à la pudeur, et interprétées de façon variée selon les écoles juridiques et les contextes. Le voile est toutefois largement considéré comme une obligation religieuse dans le monde musulman, bien que sa forme diffère.
En 2019, le Conseil français du culte musulman (CFCM) rappelait que « le port du voile est une prescription religieuse », tout en refusant d’en préciser la justification. L’instance dénonçait alors « une hystérie islamophobe, agressive voire criminelle » sur ce sujet en France, alimentée par le débat public.
Jean-Luc Mélenchon, lui, poursuit sa critique : « Beaucoup de Français très engagés, comme je l’étais, confondent laïcité et athéisme d’État. Or, la laïcité n’est pas un prétexte à l’islamophobie. Je vois apparaître de nombreux nouveaux laïcs dont la spécialité est précisément l’islamophobie injurieuse. »
« Cette histoire de burqa est obscène »
Des propos qui tranchent avec ses déclarations passées. En 2010, face à Éric Zemmour sur le plateau d’On n’est pas couché, l’ex-président du Parti de gauche s’insurgeait contre le voile intégral : « C’est un traitement dégradant, une provocation d’intégristes contre la République. » Il ajoutait : « Cette histoire de burqa est obscène. Elle repose sur l’idée que les hommes seraient tous des prédateurs. Dans ce pays, on va vivre ensemble, et on ne se promènera pas dans la rue avec des fantômes. »
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