
C’est un plan hors-norme, mais tout à fait réel : pour enrayer l’invasion de la lucilie bouchère, une mouche tropicale dont les larves dévorent les tissus vivants, notamment des bovins, le gouvernement américain relance une technique déjà utilisée avec succès dans les années 1960 à 1980. L’idée est simple : produire en laboratoire des milliards de mouches mâles, les stériliser par irradiation, puis les larguer par avion au-dessus des zones menacées.
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En s’accouplant avec les femelles sauvages, ces mâles rendront leur progéniture impossible. Pas d’œufs fécondés, pas de larves : la population s’éteindra progressivement. Une solution à la fois écologique et ciblée, qui évite le recours massif aux pesticides.
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Un insecte carnivore
L’espèce visée, Cochliomyia hominivorax – surnommée « mouche de Libye » ou lucilie bouchère – est redoutée par les vétérinaires. Sa particularité ? Les femelles pondent leurs œufs dans les plaies ouvertes des animaux (ou des humains).
Une fois écloses, les larves s’introduisent sous la peau et se nourrissent de chair vivante, causant des souffrances intenses, des infections sévères, parfois la mort de l’hôte. Selon l’American Veterinary Medical Association, une infestation peut tuer un bovin de 400 kg en deux semaines. L’enjeu est donc majeur pour les éleveurs.
Le retour d’un fléau éradiqué
Longtemps absente du continent nord-américain, cette mouche avait été totalement éliminée des États-Unis et du Mexique à la fin des années 1980 grâce à la méthode des mâles stériles. Mais elle est réapparue en 2022 au Panama, puis est rapidement remontée vers le nord. Fin 2024, le Mexique enregistrait ses premiers cas. Désormais, le Texas et la Floride se savent sous la menace.
Plusieurs causes permettraient d’expliquer ce retour :
- Le réchauffement climatique, qui élargit l’aire de survie de l’espèce
- Le transport transfrontalier d’animaux infectés
- Et une possible évolution comportementale des femelles, qui sauraient éviter certains mâles stériles
Une mobilisation massive en cours
Pour enrayer l’invasion, les États-Unis passent à l’action. Actuellement, une usine au Panama produit déjà plus de 100 millions de mouches stériles chaque semaine. Mais cela reste insuffisant. Dans les années 1980, jusqu’à 500 millions d’individus par semaine étaient nécessaires pour contenir le fléau au Mexique.
L’USDA (le ministère américain de l’Agriculture) a donc débloqué 21 millions de dollars pour convertir une ancienne usine de mouches des fruits à Metapa, au sud du Mexique. Elle devrait produire 60 à 100 millions de lucilies bouchères stériles par semaine à partir de juillet 2026. En parallèle, un centre logistique au Texas sera prêt d’ici fin 2025, pour assurer le stockage et le largage des mouches par avion.
Le succès du programme ne sera en revanche pas immédiat. Entre l’élevage, la stérilisation, le transport et la dispersion aérienne, les délais sont incompressibles. En attendant, les vétérinaires rappellent l’importance des traitements antiparasitaires, de la surveillance du bétail, et de la formation des professionnels.
Cela n’en reste pas moins un défi de taille : « Toute une génération n’a jamais connu cette mouche », rappellent les chercheurs. De quoi compliquer la détection précoce. Surtout, les conditions météorologiques actuelles – plus chaudes et plus humides – pourraient rendre l’éradication plus difficile que par le passé. La lutte contre cet insecte carnivore s’annonce donc plus longue, plus coûteuse, mais elle est cruciale pour préserver l’économie agricole et la santé publique sur tout le continent américain.
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