Préparez-vous à schtroumpfer tout l’été ! Car les petites créatures bleues, imaginées en 1958 par l’auteur belge de bandes dessinées pour la jeunesse Peyo (1928-1992), s’apprêtent à déferler sur grand écran dans une nouvelle aventure fantastique. Avec plus de 50 millions d’albums vendus dans 90 pays et traduits dans 50 langues et dialectes, la saga a fait l’objet au fil des décennies de nombreuses adaptations à la télévision et au cinéma, sans compter les produits dérivés tels que les figurines qui ont envahi les magasins de jouets. Ces gnomes vêtus d’un bonnet phrygien et de chausses blancs, qui coulent des jours paisibles dans des champignons aménagés en maisons dans un village caché dans une forêt, se sont hissés au rang d’icônes de la pop culture.
Les Schtroumpfs, le film mêle animation et prises de vues réelles pour raconter un chapitre inédit des tribulations de ces héros téméraires, hauts comme trois pommes : le Grand Schtroumpf est kidnappé par Razamel, le frère de leur ennemi juré, le sorcier Gargamel, toujours flanqué de son chat perfide Azraël. Sous le choc, la Schtroumpfette et le Schtroumpf sans nom partent en mission de sauvetage, même si cela signifie qu’ils devront braver tous les dangers, propulsés dans le monde hostile des humains, des rues de Paris au désert australien. Ils vont apprendre que leur patriarche a deux frères et qu’il est un gardien du bien (et d’un mystérieux grimoire magique parlant), un protecteur de la paix et de l’harmonie dans l’univers. Que rêverait d’asservir son ravisseur sans scrupules…
Voilà un long métrage atypique, destiné en priorité aux enfants à partir de 6 ans, mais qui recèle bien des surprises en maniant parfois un humour absurde et décalé, la marque de fabrique de son réalisateur Chris Miller, ancien pilier de DreamWorks, qui a signé Shrek, le troisième (2007) et Le Chat Potté (2011), et qui gratifie le public de scènes délirantes dont il a le secret (en transformant soudain ses personnages avec de la pâte à modeler, des crayons de couleur, des pixels de jeu vidéo ou le graphisme des mangas japonais).
« Ils sont toujours sincères, jamais cyniques. Mais pas naïfs ! »
Des fulgurances réjouissantes au sein d’un récit coloré et rythmé, pétri de valeurs intemporelles et positives telles que la famille, l’amitié, la puissance du collectif, la gentillesse, la solidarité face à l’adversité, la nécessité de prendre son destin en main. « Mais aussi la quête d’identité à travers le Schtroumpf sans nom, qui cherche sa fonction au sein du groupe, sa vocation et un sens à sa vie, explique Chris Miller. Il est en pleine crise existentielle, il se déprécie et doute. Ce n’est pas facile de trouver sa place dans le monde et de se connecter à sa communauté quand on ignore ce pour quoi on est là. » D’autant qu’elle s’est agrandie avec, dans ses rangs désormais, un Schtroumpf caméléon et un Schtroumpf bruiteur, entre autres… Au Festival d’Annecy, le cinéaste américain n’était pas peu fier de ses Schtroumpfs : « Ils sont toujours sincères, jamais cyniques. Mais pas naïfs, car ils ont de l’expérience ! Ils peuvent se montrer pleins d’esprit, acerbes, voire irrévérencieux. »
Il n’a pas eu de difficulté à s’approprier la BD culte de Peyo, « aussi bizarre qu’irrésistible ». Alors que ses prédécesseurs récents avaient privilégié l’esthétique du réalisme pour la représentation des Schtroumpfs à l’image, il revient à la pureté du dessin d’origine, tout de suite identifiable, avec parfois des bulles de dialogues au-dessus des têtes. « J’ai la nostalgie de la 2D même si je pratique l’animation en 3D, confie-t-il. Le résultat est singulier, à la fois plat et en volume. Ils bougent comme dans les cases. Pour le tournage en décors naturels, j’ai utilisé des marionnettes et des maquettes, en respectant l’échelle, comme base de travail. Je suis de la vieille école. »
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Il a gardé des souvenirs, exposés dans sa maison de Los Angeles. Mais impossible pour lui de rivaliser avec la superstar qui a accepté de donner sa voix à la Schtroumpfette et qui a composé des chansons pour la bande originale : Rihanna ! « Une actrice-née, s’exclame Chris Miller. Elle était tellement obsédée par les Schtroumpfs qu’elle a aussi décidé de coiffer la casquette de productrice. Elle les a découverts très jeune à la télévision grâce à la série d’Hanna-Barbera des années 1980, qui était diffusée sur la seule chaîne disponible sur l’île de la Barbade, où elle a grandi. Elle connaît tous les épisodes par cœur, si bien que plusieurs fois elle m’a posé des colles ! Une femme à la voix extraordinaire. Et surtout, on a bien rigolé ensemble. »
Les Schtroumpfs, le film ★★
De Chris Miller, avec les voix françaises de Sofia Essaïdi, Dorothée, Jérôme Commandeur, François Damiens, Patricia Kaas, Gérard Hernandez. 1 h 32. Sortie mercredi.
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