Et si les détenus — même les pires d’entre eux — avaient droit à une seconde chance, alors même que leur peine n’est pas encore achevée ? Loin de leurs cellules exiguës et des immenses remparts qui les séparent de notre réalité… C’est en tout cas le point de départ d’Un monde meilleur, une série franco-allemande qui explore cette idée, audacieuse ou délirante, c’est selon. On suit donc le coup d’envoi de « Trust » (confiance, en français), un programme de réinsertion tout beau tout neuf censé être révolutionnaire. Le concept ? Sortir de prison des condamnés pour leur offrir un logement, un emploi et même une thérapie afin qu’ils reprennent progressivement une vie normale.
« Nous voulons montrer qu’un monde sans sanction est possible », déclare en ce sens, dès les premières minutes, le maire de la ville pionnière à l’initiative de ce projet. Une remise en question totale du système carcéral qui part d’un postulat exprimé par ceux qui la défendent : l’incarcération rendrait toxicomane, pousserait à la radicalisation et n’éviterait pas la récidive. Et la galerie de criminels déployée fait froid dans le dos. Qu’ils soient trafiquants de drogue, meurtriers, violeurs… qu’importe, le programme est aussi fait pour eux. Les médias qui couvrent l’événement vont même jusqu’à s’interroger : s’il fonctionnait, pourquoi ne pas l’étendre à tout le pays, puis à d’autres ensuite ?
Mais pour Laurent Mercier, co-créateur de la série, l’objectif n’était pas de développer un scénario farfelu proche de la science-fiction, mais bien d’imaginer une potentielle solution, aussi pédagogique que crédible : « D’autant que, d’une certaine façon, cela existe déjà, dit-il. Notamment dans les pays nordiques où les peines de moins de deux ans ne sont pas exécutées en prison. Il y a même des cas extrêmes, comme en Norvège, où certaines peines allant jusqu’à cinq ou dix ans peuvent ne pas être effectuées en détention. » Au-delà du processus de réhabilitation, la série ne manque pas d’explorer les retombées sociales et psychologiques du déploiement de « Trust ».
Entre les préjugés des citoyens et l’effroi des victimes, la quête du pardon paraît bien laborieuse. Certains personnages ne manquent d’ailleurs pas de soulever le caractère démesuré, voire invraisemblable, d’une telle initiative. À l’image de madame Gülm qui hurle en larmes aux responsables du projet : « Croyez-vous que la mort d’un enfant soit réparable ? », révoltée par la libération imminente de l’assassin de son fils, un certain Klaus Baümer.
Un rôle sombre, tout en nuances, au passage magnifiquement incarné par Richard Sammel, cet Allemand aux traits bien connus en France pour ses participations (souvent en nazi) à OSS 117, Le Caire nid d’espions (2006) de Michel Hazanavicius, Inglourious Bastards (2009) de Quentin Tarantino ou encore Casino Royale (2006) de Martin Campbell.
La suite après cette publicité
Sans donner de leçons, la série préfère interroger que juger
Voilà justement tout le sel d’Un monde meilleur : l’opposition de deux univers a priori irréconciliables. Celui des coupables face à celui des gens « normaux ». Là encore, la crédibilité du récit était cruciale pour qu’une telle fiction puisse fonctionner. « Pour cela, nous avons beaucoup échangé, notamment avec des travailleurs sociaux, des gardiens de prison, comme des associations d’anciens détenus, poursuit Laurent Mercier. Et nous avons d’ailleurs choisi que l’histoire se déroule en Allemagne car leur système carcéral est plus souple, plus progressiste et plus ouvert que chez nous. En France, ça n’aurait franchement pas été plausible. »
Présentée lors de la dernière édition du Festival Canneséries, la série a déjà connu un franc succès lors de sa diffusion outre-Rhin, en janvier dernier. « Une deuxième saison est déjà en préparation, mais tout dépendra de l’accueil que les Français réserveront à la première », confie le showrunner. Alors même que la barrière de la langue de Goethe pourra en rebuter certains, l’argument est incontestablement universel. Et puis les bonnes séries allemandes, à l’image de Dark (Netflix) et Babylon Berlin (Canal+), ont presque toujours trouvé leur public dans l’Hexagone.
D’autant que la force d’Un monde meilleur est de parvenir à offrir plusieurs niveaux de lecture. Finalement, que l’on adhère ou non à « Trust », les huit épisodes laissent la même empreinte : celle d’un récit fort, profond, qui évite avec justesse l’écueil de la morale simpliste. En effet, jamais donneuse de leçon, la série préfère interroger que juger, avec beaucoup de finesse et d’habileté. Et pour cause : lancé il y a dix ans, le projet – en partie inspiré par Oz, le drame carcéral culte signé HBO (1997-2003) – porte les traces d’une maturation réussie. Son écriture, comme son articulation et sa portée sociétale s’en ressentent grandement. Une vraie réussite donc, qui aurait toutefois gagné à pousser un peu plus sa dimension de thriller.
Un monde meilleur ★★★ de Laurent Mercier et Alexander Lindh, avec Maria Hofstätter, Steven Sowah, Richard Sammel. Huit épisodes de 52 minutes. Disponible.
Source : Lire Plus






