Une partie des élus macronistes ne digère pas la première réaction du chef de l’État qui n’avait pas dit un mot des modalités de l’intervention américaine au Venezuela pour capturer Nicolàs Maduro. Avec une crainte en tête: que Donald Trump continue sur sa lancée.
Un air de rétropédalage. Presque 96 heures après la capture du président du Venezuela Nicolàs Maduro par les États-Unis, Emmanuel Macron a finalement fait savoir, par l’intermédiaire de la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, que la France “n’approuvait pas” la “méthode” de Donald Trump pour renverser le dirigeant latino-américain.
Depuis samedi, le président était sous le feu des critiques d’une partie de la gauche mais aussi de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin pour avoir “pris acte” de la fin de la “dictature Maduro”, dont le “peuple vénézuélien” ne pouvait, selon lui, que se “réjouir”.
Mais dans ce premier message, aucune référence explicite au respect du droit international. De quoi ravir Donald Trump, qui s’est empressé de republier ces propos sur son réseau Truth Social. Les déclarations présidentielles n’ont pas seulement enflammé les oppositions, elles ont aussi crispé son propre camp qui n’a pas hésité à se diviser comme l’illustre la passe d’armes entre l’ex-Premier ministre Gabriel Attal et la députée européenne Nathalie Loiseau.
Malaise chez les macronistes
Chez les voix discordantes, il n’y a point de soutien de Nicolàs Maduro, mais une critique de la forme. “J’aurais apprécié que le chef de l’État ait un mot sur les règles internationales. Des dictateurs, il y en a beaucoup et on ne peut pas se permettre de tout accepter”, déplore le député macroniste Ludovic Mendes, membre du groupe d’amitié France-Colombie auprès de BFM.
Même inquiétude pour l’ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher. “Nous ne pouvons ignorer que le pays le plus puissant du monde ne respecte plus les bases du droit international et que ses actions sont guidées avant tout par les intérêts économiques et pétroliers”, s’émeut la députée du Pas-de-Calais sur X.
Preuve que le positionnement élyséen n’avait rien d’ailleurs rien d’évident, y compris dans les allées gouvernementales, le message de Jean-Noël Barrot. Le ministre des affaires étrangères a expliqué en amont de la réaction présidentielle que l’opération américaine avait “contrevenu” au droit international. Et pour cause: la diplomatie française craint que l’arrestation de Nicolàs Maduro ne crée un précédent.
“S’asseoir sur les règles de la diplomatie internationale”
Dans la foulée de la capture du Vénézuélien, Donald Trump a évoqué le cas du président de la Colombie Gustavo Petro qui risquait d’avoir bientôt “chaud aux fesses” tout comme Cuba, “prêt à tomber”. Le lendemain, le milliardaire américain a promis “s’occuper du Groenland dans environ deux mois”, un territoire autonome du Danemark, membre de l’Union européenne et de l’OTAN.
“Heureusement qu’on a Jean-Noël Barrot qui rappelle les bases de nos démocraties. C’est grave de laisser Donald Trump s’asseoir sur les règles de la diplomatie internationale et de lui laisser un boulevard pour mener le même type d’opérations ailleurs”, s’emporte un député Renaissance, spécialiste des affaires étrangères.
Au-delà du cas des États-Unis, la manœuvre pourrait également donner de l’allant à la Chine pour se lancer à la conquête de Taïwan par l’usage de la force ou à Vladimir Poutine pour continuer sa volonté d’expansion en Ukraine et en Europe de l’Est.
Pour la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, il n’y a pourtant aucune dissonance entre le Quai d’Orsay et l’Élysée. Au contraire, elle a rappelé ce lundi “la continuité” entre les deux positions, assurant que les propos du chef de la diplomatie française avaient été “concertés et validés” par Emmanuel Macron.
“C’est un peu facile de dire ça. Ce qui pèse, c’est la parole d’Emmanuel Macron, pas celle du quai d’Orsay”, observe l’ancien ambassadeur de France au Brésil Jean de Gliniasty, évoquant “des nécessités diplomatiques à court-terme”.
Ces dernières semaines, Donald Trump a mené une série de pourparlers entre l’Ukraine et la Russie pour sortir du conflit qui déchire les deux pays depuis bientôt 4 ans. Paris a-t-il voulu éviter de braquer Washington, au risque de faire voler en éclats ces discussions si l’Union européenne avait condamné trop frontalement l’opération contre Maduro? À Bruxelles aussi, les réactions des institutions européennes sont restées extrêmement mesurées.
“Emmanuel Macron a choisi ses mots avec soin. Il a une certaine appréhension du monde dans son ensemble et personne ne peut douter qu’il défende le multilatéralisme et la raison”, assure la députée Renaissance Céline Calvez, membre du groupe d’amitié France-Mexique.
Pour elle, la question centrale n’est pas tant le droit international mais l’avenir politique du Venezuela: “les États-Unis ne mettent pas pour l’instant les conditions totales pour que le peuple vénézuélien reprenne ses droits”.







