Depuis le 1er janvier 2026, les sapeurs-pompiers du Nord sont soumis à une obligation de rasage quotidien pour pouvoir intervenir sur les incendies. Une mesure justifiée par des impératifs de sécurité, mais vivement contestée par les syndicats.
Après le Pas-de-Calais, le débat gagne le département du Nord. Depuis le 1er janvier 2026, les sapeurs-pompiers du SDIS 59 doivent de se raser quotidiennement pour pouvoir intervenir sur les incendies. Une consigne présentée par la direction comme une mesure de sécurité indispensable, mais vivement contestée par les organisations syndicales.
Selon Ici Nord, la décision concerne près de 7 000 pompiers. En cause : le port de l’appareil respiratoire isolant (ARI), équipement essentiel lors des interventions en milieu enfumé. Selon la hiérarchie, la présence d’une barbe empêche le masque d’adhérer correctement au visage, réduisant son efficacité et augmentant les risques pour la santé des pompiers.
Sécurité ou atteinte aux libertés individuelles ?
Pour la CGT du SDIS 59, cette obligation dépasse le simple cadre de la prévention des risques. “C’est une atteinte à la liberté personnelle des agents”, estime Marc Lehoucq, secrétaire général du syndicat. Selon lui, la mesure viserait autant à uniformiser l’apparence des pompiers qu’à répondre à des impératifs sanitaires.
La direction, de son côté, s’appuie sur des données techniques. Une note interne indique qu’une barbe de quelques jours retient jusqu’à 256 fois plus de particules cancérigènes qu’une peau rasée. Les masques ARI ne garantiraient une protection optimale que si le visage a été rasé depuis moins de 24 heures.
Des alternatives jugées insuffisamment explorées
Les syndicats reconnaissent la nécessité de protéger la santé des agents, mais estiment que d’autres solutions existent. “Il est possible de tailler la barbe correctement et d’utiliser des masques adaptés aux différentes morphologies”, avance Marc Lehoucq. Or, le SDIS 59 ne disposerait actuellement que d’un seul modèle de masque. Un obstacle budgétaire, chaque équipement coûtant entre 400 et 500 euros.
Les représentants du personnel rappellent également que, lors d’interventions à risques chimiques, les pompiers se rasent déjà ponctuellement, sur place si nécessaire, sans difficulté opérationnelle. Autre point soulevé : la qualité des cagoules portées sous les masques. Certaines, plus performantes, permettent de filtrer une grande partie des particules fines, mais ne seraient pas généralisées.
En attendant un éventuel compromis, la consigne reste en vigueur. Les pompiers disposent de quelques mois pour se conformer au règlement. Les syndicats n’excluent pas des recours, même si un précédent judiciaire dans le Pas-de-Calais, en 2024, avait donné raison à l’administration.







