L’hypothèse semblait autrefois relever de la provocation diplomatique. Elle est désormais prise au sérieux par plusieurs capitales européennes : les États-Unis pourraient, sous l’impulsion de Donald Trump, recourir à la force pour imposer leur contrôle sur le Groenland. Les déclarations répétées de l’ancien président américain, qui n’a jamais renoncé à son ambition d’annexer ce territoire stratégique, ravivent les inquiétudes sur une possible escalade militaire entre alliés occidentaux.
Dès son premier mandat, Donald Trump avait surpris en affirmant vouloir « acheter » le Groenland, territoire autonome rattaché au Danemark. L’idée, jugée fantasque à l’époque, s’inscrivait pourtant dans une logique stratégique claire : contrôler un espace clé de l’Arctique, au carrefour des routes maritimes émergentes, des ressources naturelles et des équilibres militaires mondiaux. Aujourd’hui, le ton s’est durci. L’éventualité d’un recours à la contrainte n’est plus exclue dans les propos de l’ex-président, qui évoque la sécurité nationale américaine comme justification ultime.
Pour de nombreux diplomates européens, la crainte ne repose pas seulement sur la géopolitique, mais sur la personnalité même de Donald Trump. Imprévisible, peu attaché aux usages multilatéraux et déjà prompt à mobiliser l’armée à des fins politiques intérieures, il est perçu comme un dirigeant capable de franchir un seuil jusque-là impensable : utiliser la puissance militaire américaine contre un partenaire européen pour parvenir à ses fins.
Un tel scénario placerait l’Europe face à une crise sans précédent. Le Groenland relève juridiquement du Royaume du Danemark, membre de l’OTAN, tout comme les États-Unis. Un affrontement armé entre alliés remettrait en cause les fondements mêmes de l’Alliance atlantique, conçue pour défendre ses membres contre des menaces extérieures, non pour arbitrer un conflit interne provoqué par la première puissance militaire mondiale.
Sur le plan militaire, les États-Unis disposent déjà d’une présence stratégique sur l’île, notamment via la base aérienne de Thulé. Une montée en puissance rapide, sous couvert de « sécurisation », pourrait se faire sans déclaration de guerre formelle, plaçant l’Europe devant un fait accompli. C’est précisément ce type de manœuvre hybride, mêlant pression politique, dissuasion militaire et communication agressive, qui alimente les craintes actuelles.
À Bruxelles comme dans les capitales nordiques, on s’efforce officiellement de minimiser l’hypothèse d’un conflit armé. Mais en coulisses, les scénarios sont étudiés. L’idée qu’un président américain puisse instrumentaliser l’armée pour redéfinir des frontières occidentales n’est plus considérée comme impossible. Elle marque une rupture profonde avec l’ordre international issu de l’après-guerre froide.
Si le recours à la force restait un pari extrêmement risqué pour Washington, tant sur le plan diplomatique que militaire, l’Europe se prépare néanmoins à une réalité dérangeante : face à un Donald Trump convaincu que la puissance fait le droit, même les alliances historiques pourraient ne plus constituer un rempart suffisant.







