Âgé de 71 ans, le militant nationaliste de la première heure et ancien-président du club de foot d’Ajaccio, a été abattu dans le village de Vero, en Corse-du-Sud, lors des obsèques de sa mère.
Alain Orsoni, figure du nationalisme corse reconverti dans les affaires, a été assassiné lundi 12 janvier à 71 ans lors des obsèques de sa mère dans un petit village corse, suscitant une nouvelle onde de choc sur l’île de beauté, ravagée par les luttes intestines entre bandes criminelles.
Les faits se sont produits autour de 16 h 30, il est décédé sur place, d’une balle unique, «un tir à longue distance», a indiqué le procureur d’Ajaccio Nicolas Septe sur place.
Mais rapidement l’enquête a basculé au tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) co-saisi avec la Juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) de Marseille, ont annoncé le Pnaco et le procureur de Marseille, Nicolas Bessone.
Enquête ouverte pour assassinat en bande organisée
Une enquête a été ouverte pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs en vue de commettre un crime, participation à une organisation criminelle et confiée à la police judiciaire d’Ajaccio avec la brigade nationale de lutte contre la criminalité organisée corse dépendant de l’Office central de lutte contre le crime organisé (OCLO), à Nanterre. Il s’agit de la première saisine du Pnaco depuis son lancement début janvier.
Un magistrat de la Jirs est sur place et un autre du Pnaco y sera dès mardi, selon le procureur de Marseille.
Il a été touché en plein coeur, d’une balle tirée sans doute à plusieurs centaines de mètres, alors qu’il se tenait devant la tombe de sa mère, selon une source proche de l’enquête. Ce mode opératoire est particulièrement choquant en Corse où règne une grande ferveur catholique et où la tradition voue un grand respect aux morts.
Alain Orsoni faisait des allers-retours entre la Corse et le Nicaragua depuis plusieurs années et était rentré dans l’île pour assister à ses funérailles dans son village natal.
Les drames et vengeances, la famille Orsoni les connaît depuis plus de quarante ans. En 1983, Guy, le frère, lui même militant nationaliste, était assassiné. Un an plus tard, nait son fils, il s’appelera Guy, présenté aujourd’hui par la police comme «une personnalité saillante du banditisme corse».
Un frère assassiné en 1983
Il s’agit sans doute d’un des assassinats les plus retentissants depuis celui du bâtonnier Antoine Sollacaro en 2012, qui était d’ailleurs son avocat et dont le tueur a été condamné en décembre à trente ans de prison en l’absence du commanditaire présumé de ce meurtre, Jacques Santoni, soupçonné d’être le chef du «Petit Bar».
C’est cette même bande criminelle qui avait été impliquée dans le projet d’assassinat visant Alain Orsoni en 2008 et une forte rivalité oppose depuis plusieurs années le clan Orsoni à celui dit du «Petit Bar».
Mi-mai, Guy Orsoni, aujourd’hui âgé de 41 ans et détenu, a d’ailleurs été condamné à treize ans de prison à Marseille pour avoir voulu tenter d’assassiner en 2018 Pascal Porri, membre présumé du «Petit Bar». Ce même Pascal Porri qui est de son côté mis en examen dans une enquête sur la tentative d’assassinat de Guy Orsoni en septembre 2018.
Un premier projet d’assassinat déjoué
Après des études à Paris, Alain Orsoni était devenu l’un des chefs du Front de libération nationale de la Corse (FLNC) avant de fonder le Mouvement pour l’autodétermination (MPA), qualifié plus tard par ses adversaires de «Mouvement pour les affaires».
Réputé pour son sens politique et son sang froid, Alain Orsoni, condamné et brièvement écroué dans plusieurs dossiers, avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide au sein de la mouvance nationaliste. Il a vécu durant treize ans en Floride puis au Nicaragua, où il avait des activités dans le secteur des jeux, et en Espagne.
Peu après son retour d’exil en 2008, il fut donc la cible d’un projet d’assassinat, finalement déjoué par la police. Il avait au même moment succédé à la présidence du club de foot de l’Athletic Club Ajaccio (ACA) à son ami Michel Moretti, un ancien nationaliste qui venait de décéder.
Il l’a présidé à deux reprises, de 2008 à 2015, puis en 2022 pour une saison seulement, le club était alors de retour en Ligue 1. Mais il a finalement été relégué dès la saison suivante, en raison de ses graves difficultés financières avant d’être exclu mi-août de toutes compétitions nationales pour la saison 2025/2026.






