Le chanteur Gims est en garde à vue à Ivry-sur-Seine dans les locaux de l’Office national antifraude. La mesure a été prolongée ce jeudi, les enquêteurs s’intéressant à son projet immobilier de luxe à Marrakech sur fond de blanchiment d’argent.
C’est un tentaculaire réseau de blanchiment dans lequel le rappeur Gims semble englué. L’artiste, âgé de 39 ans, a été interpellé, mercredi 25 mars, à la sortie de l’avion par les enquêteurs des douanes à son arrivée à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle (Val-d’Oise). Il a été placé en garde à vue à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) dans les locaux de l’ONAF (Office national antifraude). Ce jeudi, sa garde à vue a été prolongée par le juge de la Jirs de Paris Jean-Baptiste Galvin.
La star de la musique est soupçonnée d’être liée à une gigantesque affaire de blanchiment en bande organisée. Un réseau actif entre 2019 et 2025, dont le montant vertigineux atteint 319 millions d’euros. Mais pour l’heure, les auditions sont toujours en cours et son degré d’implication dans cette incroyable histoire n’est pas encore établi.
Un complexe hôtelier au cœur des investigations
Les enquêteurs s’intéressent spécifiquement aux investissements du chanteur Gims dans son projet immobilier de luxe à Marrakech, le « Sunset Village Private Residences ». Une opération qui prévoit la construction de 117 villas somptueuses autour d’un lagon artificiel, avec un chiffre d’affaires potentiel estimé à 100 millions d’euros. Il est question des circuits de financement des différentes entités qui ont investi dans le projet, notamment une certaine « Horizon Development ». C’est cette société qui est en charge de la réalisation, elle est liée à un certain Lahoucine Aourik Soussi.
Âgé de 52 ans, cet homme d’affaires franco-marocain, originaire de Nanterre (Hauts-de-Seine), serait surtout suspecté par le magistrat parisien d’être à la tête d’un gigantesque réseau de blanchiment et de « décaisse » impliquant à la fois des patrons voyous, des collecteurs et de nombreux intermédiaires en France, mais aussi en Europe, en Afrique et au Moyen-Orient.
« L’enquête a révélé l’existence d’un très vaste réseau de plus de 50 entreprises blanchisseuses, recevant des fonds en échange d’espèces de plus de 2 000 sociétés. » Avant d’arriver jusqu’à ces entreprises blanchisseuses, l’argent transitait par d’autres sociétés relais dans toute l’Europe.
Ce projet de complexe hôtelier a-t-il servi à faciliter des fraudes à la TVA ? De fausses factures ont-elles été établies pour permettre à des entreprises d’empocher cette TVA ? Pour l’heure, il est encore trop tôt pour le dire. Contacté, l’avocat de Gims, Me David-Olivier Kaminski, ne fait aucun commentaire.
Une gigantesque escroquerie à la TVA
Dans cette affaire, tout commence en mai 2023 quand les enquêteurs s’intéressent aux activités d’un certain Frédéric B, 63 ans. Ce commerçant est un intermédiaire pour les patrons qui ont besoin de faire sortir discrètement de l’argent liquide des comptes de leur société. Il peut s’agir de sociétés du bâtiment ayant besoin de payer leurs ouvriers au noir. D’autres ont besoin de liquidités pour corrompre leurs interlocuteurs et décrocher des marchés publics. Certains veulent simplement mettre l’argent de la société dans leurs poches…
En tirant le lien, ils découvrent une ramification avec une gigantesque escroquerie à la TVA, mise à jour au Portugal. En mars 2025, les forces de l’ordre interpellent six suspects qui sont mis en examen. Ces gérants de société du bâtiment ou de récupération de ferraille sont globalement connus des forces de l’ordre pour être d’anciens trafiquants de drogue qui flirtent avec des milieux interlopes. L’un d’eux est très proche de la famille Hornec, célèbre dans le milieu du grand banditisme.
Chez un entrepreneur de Coignières (Yvelines), qui a reconnu corrompre des employés de bailleur HLM en liquide, les agents ont par exemple mis la main sur plus de 500 000 euros, quatre lingots et 132 pièces d’or. Contactés, les avocats de certains de ces hommes, Me Fabien Arakelian et Me Marie Violleau, ne nous ont pas répondu.
Plusieurs vagues d’interpellations
Lors d’une deuxième vague d’arrestations, une collaboratrice du fameux Lahoucine Aourik Soussi est arrêtée. Elle est une cheville ouvrière, bras droit de son patron et comptable du réseau. Lors de son interpellation, les douaniers mettent la main sur son téléphone et une clé USB, ce qui a permis d’identifier deux collecteurs d’argent qui se rendaient au Maroc et circulaient au contact des uns des autres dans l’hexagone.
Ces deux hommes tous deux originaires de Nanterre, allaient chercher l’argent et le stockaient chez eux. Le premier aurait centralisé près de 232 millions et le second 63 millions d’euros, des montants faramineux qui démontrent l’ampleur de la fraude.
Concernant Gims, sa garde à vue doit se terminer ce vendredi. Reste à savoir s’il sera déféré et si le parquet national anticriminalité demandera son incarcération.






