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Eddy Mitchell au JDD : «Je rêve encore parfois de Johnny»



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11 Fév 2025
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Eddy Mitchell au JDD : «Je rêve encore parfois de Johnny»
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Un nouvel album, Amigos (le premier sans son compositeur fétiche Pierre Papadiamandis mais avec Souchon ou Chamfort en renfort pour ce quarantième disque), une autobiographie au Cherche Midi et même quelques concerts cet été… Qui pouvait croire qu’il s’était retiré depuis ses ultimes concerts en 2016 au Palais des Sports ? Pour honorer ses soixante-quatre ans de carrière, les Victoires de la musique décerneront vendredi, en direct de la Seine musicale, un trophée d’honneur à l’ancien chanteur des Chaussettes noires. Le cimetière des éléphants peut encore attendre…

Le JDD. Savez-vous déjà où vous entreposerez cette nouvelle Victoire de la musique ?

Eddy Mitchell. On trouvera bien ! Il y a quelques années, j’ai tout vendu : mes affiches, mes costumes de scène et mes Victoires de la musique. Ça m’encombrait trop. Bon, j’ai racheté ensuite un paquet de planches originales et de bandes dessinées. Mais ça ne prend pas autant de place !

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Cachez votre joie !

Bien sûr, ce genre de récompense est toujours agréable. Ce sont des honneurs que l’on reçoit bien volontiers. On accepte bien les critiques aussi ! Le problème, c’est que je ne suis pas passéiste. Je serais bien incapable de me souvenir de mes différents passages aux Victoires de la musique. C’est comme les César : on arrive, on s’assoit, on se lève, on salue. Puis on passe à autre chose.

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Vous allez chanter ?

Normalement, non !

Mais vous serez ému tout de même ?

Naturellement !

Si vous deviez retenir un moment marquant dans votre carrière ?

Ce serait lors de l’enregistrement de l’album Rocking in Nashville (1974) en Amérique. Ça ne marchait plus terrible en France, j’étais obligé de tourner dans les pays de l’Est. Faut dire que mes chansons étaient sacrément prétentieuses : des textes bizarres avec des mélodies tout aussi absconses. Je plains les pauvres peintres en bâtiment qui essayaient de les chanter. Moi-même, je n’y arrivais pas !

L’Amérique, ça continue de vous faire rêver ?

Comme beaucoup de ma génération, j’ai été biberonné au rock’n’roll et aux films de western. Mon père m’emmenait les voir au cinéma. La musique m’est restée : comme les grands espaces, ça ne bouge pas. Je n’en dirais plus autant du cinéma américain : je me sens plus italien ou espagnol aujourd’hui. Je me réfugie dans le jazz sinon : Count Basie, Woody Herman…

Et la jeune génération des Clara Luciani ?

Je les connais très mal. Pourtant, ils ne sont pas si jeunes. Ils existent depuis un bon moment, non ?

À leur âge, vous aviez déjà beaucoup fait…

J’ai dû sortir mon premier disque à 18 ans. Mais tout était différent. Un disque d’or, c’était 200 000 ventes. Aujourd’hui, c’est 50 000 exemplaires ce qui, de notre temps, correspondait juste à la mise en place dans les magasins ! Ça a démarré tout de suite pour moi avec Be-Bop-A-Lula. C’était la grande époque des studios Hoche. Je venais d’auditionner chez Barclay. À peine avais-je poussé la porte des studios que je croise Louis Armstrong bourré en haut de l’escalier, puis Duke Ellington en train de discuter avec Paul Newman et sa femme !

À l’époque, les musiciens étaient payés directement après la séance, et en liquide. Au moment de passer à la caisse, je demande ce qui se passe. Ils étaient en train d’enregistrer une musique de film. Devant de tels monstres, on est bien obligés d’être au garde-à-vous. Quincy Jones m’interpelle alors. Louis Jordan lui devait tout juste son retour en grâce chez Mercury. Ces types connaissaient la musique, le solfège, l’harmonie. Ils n’étaient pas planqués derrière des ordinateurs.

Vous vous êtes distingué par la qualité de vos textes. Quelle chanson vient en haut de vos relevés Sacem ?

Couleur menthe à l’eau. Pourtant, Jean Fernandez, mon directeur artistique, n’y croyait pas. Une chanson sur une prostituée, ça ne marcherait jamais ! Mais Brassens avait bien réussi, lui…

À l’inverse, avez-vous eu des doutes sur d’autres chansons ?

Oui, Le Cimetière des éléphants. On l’enregistrait avec des requins de studio américains. Je n’aimais pas leur attitude, ils m’avaient demandé si j’avais de la came. J’ai dû leur rappeler que j’étais producteur, pas dealer… Et je me suis tiré. C’est Anouk, la femme de mon compositeur Pierre Papadiamandis, qui a repêché le morceau avec un superbe solo de saxo écrit par son mari. Il a mis longtemps à me l’avouer.

Vous allez avoir un mot pour Pierre Papadiamandis, disparu en 2022 ?

Oui, sûrement. J’adorais Pierre. Il était d’une telle humilité, d’une telle timidité aussi. Il a mis deux ans, après être entré dans mon orchestre en 1964, à me proposer une musique. C’était celle de J’ai oublié de l’oublier. On s’entendait si bien alors qu’on était si différents. Aussi sûr qu’il préférait Deauville à Saint-Tropez, il ne connaissait rien au rock’n’roll et à la chanson de variétés. Lui, c’était le jazz et le classique.

D’autres vous manquent, comme lui ?

Oui, Johnny, bien sûr. Je rêve encore de lui parfois. Il vient me voir déguisé en pirate pour me traîner à un bal costumé. Et je finis par le suivre : il avait une telle force de persuasion ! Sans lui, nous n’aurions pas repris la tournée des Vieilles Canailles. Il nous avait convaincus, Jacques Dutronc et moi, autour d’un dîner. On l’a fait pour lui, parce qu’il insistait. Puis, je me réveille et je sors de mon rêve.

Là aussi une amitié entre deux personnalités différentes : lui cigale et vous fourmi ?

J’ai su être cigale aussi ! Des conneries, oh, je n’ai pas oublié d’en faire : le jeu au casino, puis un investissement calamiteux dans un restaurant, et enfin, pour couronner le tout, un divorce dont je continue à payer la pension alimentaire. Vous savez, le pognon, ça ne reste pas ! Mais j’ai connu pire avant de devenir mon propre producteur en 1975. À mes débuts, au temps des Chaussettes noires, on se partageait 5 % de royalties à cinq. Un pour cent, ce n’était pas bézef. Donc quand on avait une promo télé sur la seule chaîne qui existait alors, je faisais ma tête de mule au dernier moment pour obtenir une rallonge. C’était un peu du chantage, je le concède. On était cependant mieux lotis qu’aujourd’hui avec Spotify : des pages et des pages de relevés pour toucher un centime… Eux, ce sont vraiment des gangsters !

Espérons que les chansons restent… Savez-vous comment tout a commencé pour vous ?

Au départ, je voulais jouer de la guitare, mais elle s’est cassée. Alors, j’ai décidé que je serais chanteur. C’est mieux, finalement : on peut arriver les mains dans les poches !


Amigos ★★ (Polydor Universal),Eddy Mitchell.

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