« En interviewant 50 perchistes qui ont été entraînés au Racing Club de France, en équipe de France ou dans des stages par Jean-Claude, c’est toute l’histoire de ce sport que nous revisitons des années 1960 jusqu’à Renaud Lavillenie, qui a d’ailleurs fait la préface du livre », raconte Éric Neyvoz, ancien sauteur amateur et auteur de l’ouvrage. La carrière de « Bill » (le surnom du coach) est intimement liée au Stade Yves-du-Manoir de la ville de Colombes, où il habite toujours. Sous sa férule, la France a atteint le sommet aux Jeux de Los Angeles en 1984, avec l’or olympique pour le regretté Pierre Quinon et le bronze pour Thierry Vigneron. Voici quelques extraits.
Jean-Michel Bellot (ancien perchiste olympique) : « Le stade de Colombes, les premières fois, j’y allais en cachette avec une bande de copains. J’habitais de l’autre côté de la rue dans la cité des Musiciens. J’avais 10 ou 11 ans. Et puis, on a pris une licence. Je touchais timidement un peu à tout jusqu’au jour où, admirant le côté spectaculaire de la perche, Perrin, de sa grande voix, m’a proposé de faire un saut.
« Il en a formé beaucoup qui, sans être montés sur un podium, ont forgé leur vie par ce passage entre ses mains »
Je ne connaissais rien de la perche, tout d’un coup cet homme me parle d’une façon autoritaire, et malgré mon caractère, je ne peux pas lui résister et je le suis. J’ai pris une perche, j’étais avec deux ou trois mômes qui se sont cassé « la gueule », et moi je n’ai pas lâché les mains. Perrin m’a demandé : “Tu habites où ? », J’habite de l’autre côté, cité des Musiciens”, “Parfait, tu reviens jeudi prochain.” Et après, le truc est parti. Les autres tombent, et toi, tu ne tombes pas. J’ai tout de suite accroché. »
Thierry Vigneron (ex-recordman du monde) : « Je suis arrivé, j’avais 11 ans. J’ai commencé par l’école d’athlétisme. Bill m’a dit : “toi, perche”, de façon très directive, alors que moi je voulais faire du demi-fond. Mon premier souvenir : j’ai pris la perche dans la figure en faisant des sauts. Comme je venais de la gym, les chocs, les chutes, tout ça n’était pas un problème pour moi. Cet homme n’arrêtait pas de hurler, de prendre les gamins qui passaient et de leur mettre une perche dans les mains. Donc j’ai failli ne plus le revoir. Voilà comment j’ai commencé. »
Jean Galfione (champion olympique à Atlanta en 1996) : « C’était une aventure fabuleuse parce que le vivier de Jean-Claude se trouvait dans la cité d’à côté ! Et quand ce n’est pas un, mais plusieurs de ces jeunes qui deviennent les meilleurs au monde, ce n’est pas le hasard. Il en a formé beaucoup qui, sans être montés sur un podium, ont forgé leur vie par ce passage entre ses mains. C’est très inspirant de voir comment l’énergie d’une personne change la destinée de gamins. »
Maurice Houvion (ancien entraîneur national) : « J’ai une photo où je suis avec Jean-Claude. Je l’avais inscrit aux Championnats de France des anciens. C’est peut-être la seule compétition qu’il a faite au saut à la perche. Il a terminé deuxième, mais en fait on était que tous les deux ! »
Jean-Claude Perrin : « Ce n’est pas toujours un succès sportif qui nous intéresse. C’est surtout de voir l’âme, la présence et la trace qu’on laisse à l’intérieur de la carapace humaine. Mais on essaie d’aller plus loin, de chercher, de trouver véritablement, de gratter. Et quand on découvre vraiment la substance dont est fait l’homme, alors si on réussit dans ce domaine, on a vraiment gagné autre chose que le pari olympique. »
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J’ai rencontré Jean-Claude Perrin. L’histoire fabuleuse de l’école de perche du Racing Club de France, Éric Neyvoz, 460 pages, 33 euros, MVO Éditions.
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