
Il a connu les fastes de la victoire et les affres de la défaite. À soixante-cinq reprises et durant plus d’une décennie, le solide deuxième ligne lyonnais a porté le maillot frappé du coq. Entre 2004 et 2011, ce fut la période des succès : trois Tournois des Six Nations remportés (dont deux Grands Chelems) et un titre de vice-champion du monde à l’issue d’une finale particulièrement âpre chez les Néo-Zélandais, perdue 8-7. De 2012 à 2015, ce fut le temps des doutes et des contreperformances répétées, dont une infamante cuillère de bois évitée de justesse lors du Tournoi 2013.
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Marqué à vie par sa carrière en Bleu, Pascal Papé, 44 ans, dit encore « on » lorsqu’il parle de la génération actuelle. Joint par le JDD, l’actuel directeur sportif du CS Bourgoin-Jallieu, qui évolue en troisième division, revient sur le coup de Trafalgar d’il y a huit jours, quand les Anglais ont inscrit l’essai de la victoire (26-25) dans les dernières secondes de la partie, faisant voler en éclats les ambitions de Grand Chelem de la « bande à Galthié » dès la deuxième journée de compétition. Après une semaine de repos, Antoine Dupont et ses camarades se retrouvent demain à Marcoussis pour débriefer ce « crunch » raté et commencer la préparation de la rencontre contre les Italiens, dimanche prochain à Rome.
Le JDD. Imaginez-vous dans quel état d’esprit sont les Français ?
Pascal Papé. Oui, ils doivent encore être dans une forme de frustration. Ce match en Angleterre a été spécial : on pouvait le gagner largement comme le perdre [avec un écart significatif]. On a été maladroits comme rarement. Les erreurs et la stratégie en deuxième mi-temps ont laissé les Anglais dans le match.
« Twickenham n’est pas une claque, c’est une désillusion »
Ils ont eu le mental pour chercher cette victoire à la dernière seconde. Il faut les féliciter. Je pense que les Français sont déçus d’attendre deux semaines pour affronter l’Italie. Car quand on est dans leur état, c’est bien d’enchaîner les matchs pour libérer cette frustration sur le terrain.
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Peut-on parler de claque anglaise ?
Non, ce n’est pas une claque, c’est une désillusion. Encore une fois, on avait le niveau pour gagner là-bas. C’est un coup de frein sur le parcours qui mène à la prochaine Coupe du monde. Ce genre de match doit servir pour la suite. Et l’étape d’après, c’est l’Italie.
Une équipe à ne pas sous-estimer…
Sur le papier, la rencontre peut sembler un peu facile mais il ne faut pas avoir la mémoire courte. L’an dernier, on fait match nul (13-13) parce qu’ils manquent une pénalité [à la 80e minute, le coup de pied de Paolo Garbisi trouve le poteau droit, NDLR]. Ce fut un match nul heureux pour nous. Le Tournoi 2024 a été le meilleur de l’Italie depuis qu’il se joue à six nations : deux victoires, deux défaites, un match nul. Imaginez qu’elle ait gagné contre la France, elle aurait alors pu terminer deuxième du classement final.
C’est une équipe qui progresse et qui bosse plutôt bien sur sa formation. Leurs moins de 20 ans commencent ainsi à avoir des résultats. Et depuis plus d’un an, le sélectionneur Gonzalo Quesada amène une nouvelle émulation. Je le connais bien [l’Argentin fut son entraîneur au Stade Français entre 2013 et 2017]. Il est très bon dans l’analyse et la mise en place de stratégies adaptées aux adversaires.
La dernière défaite face à l’Italie remonte au Tournoi 2013…
Oui, et avant il y avait eu la défaite de 2011, je n’y étais pas. En 2013, j’y étais. La défaite [23-18] n’était pas volée. Chez eux, les Italiens sont « raides » à jouer. Il va falloir faire preuve d’une grande méfiance.
À défaut de Grand Chelem, la France peut-elle remporter la compétition ?
Ce n’est pas grave si ce n’est pas le Grand Chelem. Le plus important, c’est de gagner le tournoi. Dans notre construction pour aller chercher la Coupe du monde en 2027, on a besoin de vivre de grands moments. Est-ce qu’on se cache derrière un pourcentage de victoires ou est-ce qu’on gagne les matchs importants ?
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