Bien que la majorité des Français soutienne la légalisation de l’euthanasie, leur approche devient plus nuancée lorsqu’ils sont confrontés à des questions spécifiques sur le sujet. C’est ce qu’il ressort du sondage CSA pour le JDD sur l’euthanasie réalisé les 10 et 11 février derniers.
Ainsi, confrontés à une maladie incurable, 41 % des sondés indiquent préférer en premier lieu être soulagés par des médicaments et des traitements, alors que 37 % souhaiteraient pouvoir mettre fin à leur vie. L’écart entre le large soutien à la légalisation de l’euthanasie et le nombre plus restreint de personnes désireuses de l’envisager personnellement en cas de maladie incurable montre que si l’euthanasie apparaît comme souhaitable théoriquement, dans la pratique, les options médicales lui sont préférées.
L’analyse des réactions face à la légalisation de l’euthanasie révèle une complexité dans l’opinion publique qui va au-delà d’une simple approbation ou opposition. Notre sondage dévoile qu’un tiers des répondants manifeste des inquiétudes significatives. Tout d’abord, il y a la crainte que l’euthanasie puisse créer une pression sociale sur les personnes vulnérables, comme les personnes âgées et les malades, qui pourraient se sentir contraints de choisir la mort pour éviter de devenir un fardeau pour leurs proches ou la société. Ensuite, le risque que l’euthanasie puisse remplacer une prise en charge médicale adaptée ; en d’autres termes, qu’elle devienne une solution de facilité par rapport aux soins palliatifs qui nécessitent plus de moyens humains et financiers. Enfin, l’anticipation de certaines dérives, telles que l’élimination de personnes jugées « inutiles ». Notons que près d’un quart des sondés voient dans la légalisation de l’euthanasie une possible stratégie de réduction des coûts médicaux.
Aux Pays-Bas, l’euthanasie des enfants de plus de 12 ans est permise
Deux autres pourcentages retiennent l’attention : 72 % des répondants pensent qu’une personne souffrant de dépression ne devrait pas être éligible à l’euthanasie. Mais ils sont 62 % à anticiper que, suivant l’exemple de pays comme la Belgique et les Pays-Bas, une législation autorisant l’euthanasie pourrait progressivement s’élargir pour englober un éventail plus large de cas. Dans ces deux pays en effet, les critères d’éligibilité à l’euthanasie n’ont eu de cesse de s’élargir au fil du temps. Ainsi en Belgique, où l’euthanasie a été dépénalisée en 2002 pour les adultes souffrant de maladies graves et incurables, elle a ensuite été étendue aux mineurs capables de discernement, puis aux adultes souffrant de grandes douleurs psychiques. Aux Pays-Bas, dès la légalisation en 2001, l’euthanasie était accessible aux adultes et aux enfants de plus de 12 ans (avec accord parental) souffrant de manière insupportable et sans espoir d’amélioration. Le protocole de Groningue, introduit en 2004, a permis l’euthanasie des nouveau-nés. Récemment, une réglementation a permis d’étendre l’euthanasie aux enfants de 1 à 12 ans, avec le consentement parental, mais sans celui de l’enfant.
L’ambivalence ou la prudence des Français envers la légalisation de l’euthanasie transparaît dans le fait que 65 % des sondés soutiennent la décision de François Bayrou de réglementer les soins palliatifs et l’euthanasie via deux textes législatifs distincts. Cela indique clairement qu’ils considèrent les soins palliatifs et l’euthanasie comme deux pratiques de nature fondamentalement différente. Cela révèle aussi leur souhait de préserver le développement des politiques de soins palliatifs des controverses entourant l’euthanasie, tout en ouvrant un espace essentiel pour le débat sur un sujet aussi délicat
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