Elles sont devenues courantes dans les cours de récréation. Couleurs flashy, leds clignotantes, arômes bonbons ou barbe à papa, les puffs, ces cigarettes de vapotage à usage unique, ont été largement adoptées par les jeunes adolescents malgré l’interdiction de leur vente à des mineurs. En plus de créer un problème d’addiction auprès de ce jeune public, les puffs sont aussi un enjeu écologique. Beaucoup d’entre elles finissent sur la voie publique ou dans des poubelles inadaptées au sein desquelles les batteries au lithium qui les composent se dégradent dans des conditions dangereuses.
C’est sur ces aspects-là que les sénateurs, après un vote quasi unanime à l’Assemblée nationale la semaine dernière, ont voté jeudi l’interdiction de la vente de puffs en France. Une décision saluée par les associations de lutte contre le tabagisme. « On va enfin sortir du quotidien des enfants un produit qui n’est rien d’autre qu’une incitation au tabagisme dès le plus jeune âge », félicite le professeur Loïc Josseran, expert des enjeux de santé publique et président d’Alliance contre le tabac.
Mais certains collégiens et lycéens comptent déjà outrepasser l’interdiction. « Je passe déjà par Snapchat pour acheter des 9k, et je continuerai », explique Laurine, élève de 3e dans un collège parisien. Les « 9k », pour « 9 000 bouffées », sont interdites à la vente mais on peut les trouver sur Internet ou via les réseaux sociaux.
Des effets sur la santé qui inquiètent les autorités
Aux couleurs de dessins animés ou de séries populaires chez les plus jeunes, ces puffs proposent des parfums exotiques rappelant ceux des bonbons ou des sodas. Des arômes qui passent sous les radars des autorités. Ingrédients non conformes, taux de nicotine supérieurs aux normes ou présence de particules cancérigènes dans les plastiques, les conséquences pour la santé des consommateurs interrogent. « On ne sait pas vraiment ce qu’il y a dans ces produits », ajoute le Pr Josseran qui rappelle « les atteintes aux voies respiratoires » causées par l’inhalation de vapeur chaude par les jeunes, dont les poumons sont encore en développement. « Ce sont des produits qui viennent pour la plupart de Chine, par bateau principalement. On les trouve de plus en plus dans certaines épiceries, dans des marchés aux puces, mais aussi sur les réseaux sociaux. Un genre d’Uber puff qui permet de se faire livrer directement chez soi », précise un douanier spécialisé dans les marchandises de contrebande.
Après le vote du Sénat, l’interdiction des puffs devrait rapidement entrer en vigueur. Forcément, les industriels du secteur voient d’un œil mauvais cette tentative de régulation au sein d’un marché en croissance, âprement défendu comme la meilleure alternative aux cigarettes. Romain Laroche, directeur France d’Imperial Tobacco, un grand cigarettier ayant diversifié ses activités dans les produits de vapotage, regrette par exemple cette « prohibition totale », jugeant qu’elle n’est « jamais la solution ». Si Imperial Tobacco avait anticipé l’interdiction en cessant de développer de nouveaux produits à usage unique, Romain Laroche craint une montée en puissance du marché parallèle. « Il risque de se passer ce qu’il s’est passé avec les cigarettes traditionnelles. À force de taxes et d’augmentations des prix, les consommateurs se sont massivement tournés vers des produits de contrefaçon, qui sont encore plus dangereux pour la santé et qui alimentent d’importants réseaux du crime organisé. »
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En 2024, plus d’une dizaine de milliers de puffs de contrebande ont été saisies par les autorités. Les prémices d’un nouveau trafic ?
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