Juste après le passage de l’immigration à l’aéroport international Rafic Hariri de Beyrouth et le tamponnage des passeports, la tension est palpable. Avant la sortie, seuls les bagages des passagers en provenance d’Irak sont passés au scanner. Au fur et à mesure que la queue augmente, les voyageurs, majoritairement chiites, s’indignent face à cette mesure. « Nous sommes à Tel-Aviv ou à Beyrouth ? », s’insurge l’un d’eux en faisant des gestes brusques.
Les forces de l’ordre sont mobilisées pour éviter les heurts. Dans la file d’attente, les femmes voilées portent un bandeau jaune, indiquant qu’elles faisaient un pèlerinage dans les villes saintes de Qom ou de Karbala. « Depuis des années, le Hezbollah et l’Iran faisaient leur marchandage au su et au vu de tout le monde dans l’aéroport », se confie un agent des douanes, précisant que cela « comprenait aussi bien des transferts de fonds que des armes légères ». L’homme âgé d’une cinquantaine d’années poursuit en déclarant : « Aujourd’hui, compte tenu des pressions internationales et notamment américaines, tout ce qui touche de près ou de loin au parti chiite est passé au crible ».
À l’extérieur de l’enceinte aéroportuaire, les stigmates des manifestations des partisans du Hezbollah sont encore visibles. Sur le goudron, les pneus cramés et déchiquetés, des banderoles du mouvement chiite et des carcasses de voitures brûlées jonchent l’avenue de l’imam Khomeini.
L’aéroport de Beyrouth dans le viseur de Tsahal
Tout a commencé dans la soirée du 12 février, lorsque le porte-parole arabophone de l’armée israélienne, Avichay Adraee, a accusé sur la plateforme X l’Iran et le parti chiite libanais d’utiliser l’aéroport international de Beyrouth (AIB) pour « faire passer clandestinement des fonds destinés à l’armement du Hezbollah ». « La Force al-Qods (unité d’élite du corps des Gardiens de la révolution islamique en Iran) et le Hezbollah exploitent l’aéroport international de Beyrouth depuis plusieurs semaines à travers des vols civils, dans le but de faire passer clandestinement des fonds destinés à l’armement du Hezbollah en vue de mener des attaques contre l’État d’Israël », a affirmé le porte-parole de Tsahal.
Dès le lendemain, le 13 février, les autorités libanaises interdisent l’atterrissage de l’avion de la compagnie Mahan Air, une société privée assurant régulièrement la liaison entre Beyrouth et Téhéran. Beyrouth avait par ailleurs été contacté par Washington, lui indiquant qu’Israël risquait de frapper l’aéroport, rapporte une source sécuritaire interrogée par le quotidien L’Orient Le Jour. Cette interdiction a été prolongée jusqu’au 18 février, date du retrait prévu de l’armée israélienne du Sud-Liban.
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Le Hezbollah a organisé sit-ins et manifestations dans le sud de la capitale libanaise, provoquant des heurts avec l’armée
Cette mesure a de facto entraîné une vague de colère du mouvement chiite. Pendant plusieurs jours, le Hezbollah a organisé sit-ins et manifestations dans le sud de la capitale libanaise, provoquant des heurts avec l’armée libanaise et des attaques contre un convoi de la force onusienne de la Finul qui ont fait deux blessés parmi les Casques bleus, dont le commandant adjoint sortant.
Le Hezbollah accuse le gouvernement libanais d’agir « sur ordre d’Israël »
Dans le sillage des incidents de la capitale libanaise, la vieille idée de l’ancienne base aérienne à Qleyaat, dans le nord du Liban, a ressurgi. Plusieurs élus libanais, dont l’ancien allié chrétien du Hezbollah, Gebran Bassil, ont repris cette demande pour rénover et agrandir l’aéroport René Maouwad. « Ce dossier est une priorité pour le président de la République, le chef du gouvernement et moi-même », a même affirmé Fayez Rasamni, le ministre des Travaux publics. L’aéroport international Rafic Hariri est situé en plein cœur de la banlieue sud de Beyrouth, véritable fief du parti chiite pro-iranien.
Pour éviter l’embrasement et les tensions confessionnelles, le secrétaire général du Hezbollah a joué la carte de l’apaisement. Dans son allocution du 16 février, Naïm Qassem a appelé le gouvernement libanais à revenir sur la décision concernant les vols Téhéran-Beyrouth, prise, selon lui, « sur ordre d’Israël ». Il reproche ainsi aux nouvelles autorités compétentes de répondre aux directives de l’État hébreu : « Maintenant, Israël peut dire à tout le monde : ce bateau est interdit, cet avion est interdit, vous ne pouvez pas construire ce bâtiment, organiser cette manifestation… et nous devenons ses employés ».
Le parti chiite a perdu ses prérogatives militaires en quelques mois
En quelques mois, le parti chiite a perdu ses prérogatives militaires, acceptant un cessez-le-feu défavorable en novembre dernier imposé par l’armée israélienne, l’obligeant à se retirer au nord du fleuve Litani et à rendre le gros de son arsenal. De surcroît, depuis la chute de Bachar el-Assad le 8 décembre dernier, le mouvement est isolé de son parrain iranien, ne disposant plus de continuité territoriale pour l’acheminement des armes. Sur la scène politique interne, le nouveau gouvernement libanais, épaulé par le Quintette (réunissant l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Égypte, la France et les États-Unis), impose une nouvelle réalité, contraignant le Parti de Dieu à sortir de l’illégalité.
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