Lors du sommet mondial de l’intelligence artificielle cette semaine, Emmanuel Macron affichait son ambition de « mettre la France sur la carte de l’IA ». Une posture offensive face aux mastodontes américains et chinois. Objectif : mettre les bouchées doubles et ne plus se contenter d’être spectateurs. Jeudi dernier, Clara Chappaz, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, a présenté son plan : trente-cinq sites sélectionnés pour accueillir des centres de données dédiés à l’IA.
Un projet XXL se détache du lot : l’implantation d’un méga data center sur le parc d’activités Rovaltain, à deux pas de la gare de Valence TGV, par Sesterce, pionnier français des supercalculateurs. Un investissement colossal de 450 millions d’euros. Pourquoi Valence ? « Un écosystème dynamique et une position stratégique », explique l’entreprise. Le maire de la ville, Nicolas Daragon, s’en félicite : « Les négociations du projet ont commencé il y a environ huit mois. Nous ne pouvons que nous réjouir d’un tel développement, porteur d’emplois et de création de richesse. »
Un concours de circonstances a permis de libérer le site pour l’installation du supercalculateur. Initialement destiné à un laboratoire de production de bioMérieux, le bâtiment est resté vacant après la réorientation stratégique du groupe à la suite du Covid-19, en raison d’une demande de vaccins finalement inférieure aux prévisions. L’emplacement ne manque pas d’atouts. « Il se trouve à proximité immédiate de la ligne TGV, sur un site équipé de fibre noire, la plus puissante qui soit, et essentielle pour un supercalculateur de cette envergure, explique Nicolas Daragon. On est aussi dans un écosystème extrêmement favorable, avec la convergence de deux autoroutes et de deux gares TGV. » Un facteur d’attractivité pour le bassin d’emploi, notamment pour les cadres, peu enclins à vivre en milieu rural.
Le site sera équipé des dernières avancées en matière d’efficacité énergétique, avec un système de refroidissement par boucle d’eau fermée, conçu pour réutiliser la chaleur produite. Ce chantier titanesque promet de transformer le paysage économique local : pas moins de 800 emplois seront créés dans les secteurs de l’ingénierie, de la maintenance, de la sécurité industrielle et de la recherche, avec une première vague de recrutements prévue dès cette année. Le data center devrait ouvrir avant fin 2026 et rejoindre les 190 entreprises et 2 800 salariés déjà présents sur le parc Rovaltain. Les 450 millions d’euros injectés ne sont qu’une première étape. Sesterce voit grand et envisage déjà une extension de son site. « Il pourrait y avoir une seconde phase d’ampleur similaire, avec un développement équivalent juste à côté de leur implantation actuelle, car le site a la capacité d’accueillir le double », glisse Nicolas Daragon.
En quelques années, Sesterce s’est imposé comme le fer de lance du cloud computing dédié à l’IA en France. Créée en 2018, la pépite marseillaise compte parmi ses clients Mistral AI, Nvidia ou encore le CNRS, et affiche un chiffre d’affaires dépassant les 20 millions d’euros en 2023. Une envolée de 289 % par rapport à l’année précédente. L’entreprise exploite déjà une quinzaine de centres de calcul dédiés au traitement des données. D’ici 2030, elle prévoit de déployer 1,2 million de GPU (processeurs graphiques) au sein de multiples data centers, représentant une capacité énergétique de 1,5 GW pour un investissement colossal estimé à 52 milliards d’euros.
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Première pierre de cet édifice, Valence accueillera l’un des premiers maillons de cette ambitieuse expansion. Prochaine étape : la start-up a annoncé investir dans la région Grand Est avec deux nouveaux sites. Le projet est ambitieux et vise à atteindre une puissance de 600 MW cumulés pour 500 000 GPU d’ici 2028. En parallèle, un supercalculateur sera développé dans le sud de la France d’ici à 2030. Probablement à Marseille, où l’entreprise dispose déjà d’un centre de données.
La totalité du projet pourrait aboutir à la création de 5 000 emplois et hisser la France parmi les trois leaders mondiaux de l’IA. Pour y parvenir, l’entreprise développe une gamme de services logiciels de pointe, spécialisés dans le training, l’inférence et le traitement de données à haute densité. Si le pari de « mettre la France sur la carte de l’IA » semble bien parti, on est encore loin du projet Stargate dévoilé par Donald Trump. Car l’IA made in USA, c’est un projet… à 500 milliards de dollars et 100 000 emplois à la clé.
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