
Qui a tué Brian Jones ? Mick Jagger ? Keith Richards ? Ou bien Frank Thorogood, l’artisan de la maison de Cotchford Farm où le fondateur des Rolling Stones fut retrouvé noyé, le 3 juillet 1969, dans sa piscine ? Le documentariste Nick Broomfield, plutôt que de s’égarer dans des thèses farfelues, reprend le fil chronologique de cette tragédie humaine et artistique pour en comprendre les rouages. Si aucune main n’est innocente dans ce drame voué à forger l’une des plus grandes légendes du rock’n’roll, il est probable que l’architecte principal de la mort de l’ange noir au casque blond fut Brian Jones en personne.
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Pionnier du fameux club des rockers décédés à 27 ans, il n’avait certainement pas pour objectif de bénéficier des avantages de la carte vermeil, contrairement à ses anciens compagnons de route toujours prêts à relancer cette magnifique machine à cash sur les routes. Trop empêtré dans ses problèmes pour entrevoir l’avenir. Brian Jones, c’est l’histoire d’un gâchis, mais aussi d’un sursaut nécessaire dans une Angleterre figée socialement pour ces enfants de la guerre devenus nos plus sacrés boomers. « Il a incarné une forme de rébellion contre l’autorité dont nous rêvions tous à l’époque. C’était notre héros, raconte Nick Broomfield. Je n’ai jamais oublié ma rencontre avec lui quand j’avais 14 ans, dans un train qui me ramenait au collège. À rebours de son affreuse réputation, j’ai découvert un être extrêmement poli et charmant. Six ans plus tard, on le retrouvait mort. J’ai voulu comprendre ce qui s’était passé. »
S’appuyant sur des archives et témoignages rares (Mick Jagger, Keith Richards, Bill Wyman, Marianne Faithfull, les compagnes successives du musicien), le réalisateur explique la trajectoire d’un garçon n’ayant jamais pu résoudre une équation insoluble : celle de l’incompréhension d’un père fan de musique classique face au sang neuf d’un fils curieux du monde s’ouvrant à lui. Celui qui se destine à de brillantes études mais découvre la musique afro-américaine dévie de la route qu’on lui a tracée. À 16 ans, l’amateur de blues crée le scandale en faisant tomber enceinte une gamine de son âge. L’enfant est placé à l’Assistance publique : c’est le premier des six héritiers involontaires de Jones. À 17 ans, comme le révélera un courrier posthume de son père, il est mis à la porte de chez lui.
Brian Jones se retrouve une famille avec des gamins issus des classes populaires. Jamais ses parents ne répondront à ses invitations pour assister au triomphe scénique des Rolling Stones. Car le leader, c’est lui. Tous les regards convergent vers son génie musical. Mick Jagger en prendra ombrage. Et une lutte à mort s’engagera pour le détrôner de cette place. Un attelage se forme avec Keith Richards et le manager Andrew Loog Oldham. Au terme d’une descente aux enfers nourrie par une série de rapts successifs (la gouvernance du groupe, puis son image, sa musique et sa fiancée Anita Pallenberg), Brian Jones se voit éjecté de son propre groupe.
Une lutte à mort s’engagera pour détrôner le chanteur de sa place de leader
« S’ils ne s’étaient pas retenus, ils l’auraient tué ; mais lui aussi les aurait tués », suppose Marianne Faithfull, qui subira le même sort après sa rupture avec Mick Jagger. « Un groupe de musique, c’est comme appartenir à une meute, poursuit Nick Broomfield. Quand elle vous exclut, il ne vous reste plus qu’à aller vous cacher dans la forêt pour y mourir. » C’est ce qui adviendra de Brian Jones un mois après son licenciement. Curieusement, ni Mick Jagger ni Keith Richards ne se rendront à son enterrement. « Ils auraient trouvé n’importe quel prétexte pour ne pas y aller, conclut Nick Broomfield. Ils en avaient tellement marre de lui, s’estimant être les victimes collatérales de ses multiples affaires de drogue. » Pourtant sans lui, auraient-ils existé ?
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Brian Jones et les Rolling Stones ★★★★, de Nick Broomfield. 1h38. Sortie mercredi 19 février.
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