Dans la petite commune de Lure, en Haute-Saône, l’inquiétude est à son comble. C’est dans cette ville d’à peine 8 000 âmes que Karim Mohamed-Aggad, frère d’un des terroristes du Bataclan, a élu domicile. Condamné à neuf ans de prison en 2017 pour sa participation à des entreprises terroristes, ce djihadiste passé par la Syrie fait, depuis sa libération, l’objet d’une OQTF. Problème, le Maroc, dont il a la nationalité, refuse de délivrer un laissez-passer consulaire. Et en attendant son hypothétique expulsion, Mohamed-Aggad est assigné à résidence à Lure, où ses allées et venues dans la ville sidèrent les riverains.
Dans le même temps, bien loin des vallées verdoyantes de la Haute-Saône, dans une cellule du nord de la Syrie, Adrien Guihal, alias Abou Oussama al-Faransi, demande son rapatriement en France pour y être jugé. Enfermé dans la prison de Derik, sous l’autorité des Kurdes, ce converti et vétéran du djihad avait été capturé par les forces kurdes lors de la bataille de Raqqa, en 2018, qui avait vu s’effondrer le principal bastion de Daech en Syrie.
C’est par sa voix que l’État islamique avait revendiqué l’attaque terroriste de Nice en 2016, lors de laquelle 86 personnes furent tuées. Près de 70 ressortissants français sont encore détenus dans la prison de Derik, et certains, en France, s’activent pour les en faire sortir. Comme l’avocat Étienne Mangeot, qui explique, dans les colonnes de La Voix du Nord, que l’extradition de Sofiane A. et de Nabil B., deux Français détenus par les Kurdes, relève d’une « obligation morale ». L’avocat a obtenu un examen de sa demande par la cour administrative d’appel de Paris.
« Plus ils sont nombreux à être dehors, moins nos techniques de surveillance sont efficaces »
Si la France n’a pas pour priorité l’extradition de ses ressortissants emprisonnés en Syrie, la situation géopolitique du pays inquiète les autorités. Après le renversement de Bachar al-Assad, les Kurdes font face à une importante offensive menée par la Turquie et ses supplétifs djihadistes. Et les zones qu’ils contrôlent pourraient bien changer de mains, laissant craindre la libération de nombreux djihadistes français. Sur BFM TV, le procureur national antiterroriste Olivier Christen s’est ainsi alarmé d’une « menace terroriste dans son ensemble de nature exogène », donc impulsée depuis l’extérieur du pays.
En Syrie, l’État islamique a repris du poil de la bête. Sa branche caucasienne, l’ISKP, pour État islamique au Khorassan, constitue un important vivier de djihadistes, d’origine tchétchène pour beaucoup d’entre eux. Récemment, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a alerté la communauté internationale sur la montée en puissance de groupes terroristes sur le continent africain, dont plusieurs organisations affiliées à Daech.
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La djihadosphère
Mais c’est aussi sur le sol français que la menace se fait ressentir. D’après nos informations, 34 détenus condamnés pour des faits liés au terrorisme devraient sortir de prison en 2025. Depuis 2018, l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (Uclat) a recensé près de 500 remises en liberté de terroristes islamistes. Un réservoir d’individus potentiellement dangereux à surveiller, et un défi de taille pour les services de renseignement intérieur.
« Plus ils sont nombreux à être dehors, moins nos techniques de surveillance sont efficaces », confesse une source bien renseignée. La surveillance d’anciens terroristes sortis de prison nécessite parfois plus d’une dizaine d’agents, qui se relaient 24 heures sur 24 pour ne rien rater des déplacements de leur cible. Les services peuvent toutefois compter sur un renforcement des outils de surveillance numérique. En 2023, la Commission nationale du contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) a noté une hausse de 5 % des surveillances numériques au titre d’une menace terroriste. « L’idée est de pister chaque message, chaque groupe de messagerie sur lesquels ils discutent, afin de s’assurer qu’ils ne reprennent pas contact avec la djihadosphère, ultra présente sur des réseaux comme Signal ou Telegram », poursuit notre source.
De nouveaux attentats
Car c’est bien grâce à Internet que les rangs des terroristes grossissent. Avec des recrues de plus en plus jeunes, directement visées par la propagande numérique des organisations djihadistes, le risque d’attaques violentes ne cesse de grimper. « Cette diffusion de propagande a un impact très fort sur des personnes qui ne seront jamais en contact avec les organisations terroristes, ou en tout cas pas nécessairement. [Ces individus] vont, à partir des messages [et des documents qu’ils lisent], se convaincre d’une nécessité de passage à l’acte et utiliser les modes [d’action] qui sont promus par ces organisations », explique Olivier Christen, le procureur antiterroriste. Une stratégie qui commence à porter ses fruits en Europe.
À Munich, en Allemagne, un jeune Afghan de 24 ans a tué deux personnes et en a blessé 28 autres lors d’une attaque à la voiture-bélier. Samedi, en Autriche, un ressortissant syrien de 23 ans s’en est pris, lui, à des passants, en les attaquants au couteau. Un jeune de 14 ans est décédé de ses blessures. Combien de temps avant qu’un attentat de ce type ne se produise en France ?
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