
Pour le journaliste Georges, qui s’est fait renvoyer par un rédacteur en chef tout-puissant il y a trois ans de cela, l’heure est à la vengeance : dans un hôtel corse tranquille et ensoleillé où les deux sont en vacances, il compte bien humilier cet ex-mauvais patron. Encouragé par sa femme, il s’échine, quoique avec nonchalance, à triompher dans tous les domaines : au ping-pong, en natation et même en amour, cet établissement honnête et sans histoire sera le champ de bataille secret de sa vendetta ! La victoire semble acquise lorsque le plumitif éconduit parvient à embrasser Lisa, l’amante du rédac’chef tortionnaire, une sylphide qui lit les œuvres complètes de Corneille au bord de la piscine. Le combat semble définitivement remporté et Georges peut jubiler. Pourtant, le lendemain, horreur ! On retrouve le cadavre de son boss omnipotent, la tête tranchée – par une hache disent les experts. Mais est-ce pour autant Georges qui l’a assassiné ?
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Dans ce lieu de villégiature propret, les suspects ne manquent cependant pas : Lisa, l’amante placide, continue de dévorer tout Corneille avec un peu trop de détachement, n’écartons pas la piste de la femme de Georges qui aurait pu devenir jalouse, il y a aussi un cousin sorti de prison qui pourrait en vouloir au magot du despote et que dire de l’épouse du macchabée, arrivée sur l’île la veille du crime pour demander le divorce ? Quant à la hache, la police a beau fouiller l’hôtel de fond en comble, elle reste introuvable !
Loufoque, rafraîchissant et tourbillonnant, ce dernier roman de Patrick Besson n’oublie pas d’être un thriller : le lecteur est baladé dans cet hôtel, oscillant entre Les Vacances de monsieur Hulot, La Moustache d’Emmanuel Carrère et un roman d’Agatha Christie – d’autant plus quand un deuxième corps est découvert. On plonge dans l’esprit foutraque de Georges et on y trouve des similitudes bien senties avec nos propres obsessions : si nous passons volontiers d’un sujet à l’autre, notre esprit tisse inexorablement un fil rouge. Qu’il aille jusqu’à l’assassinat, rien n’est moins sûr. Qu’il avance par ricochet entre le présent, ce qui nous environne et nos tracas profonds, c’est fort possible.
Presque tout Corneille, Patrick Besson, Stock, 111 pages, 17,50 euros.
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