C’est un scandale people avant l’heure ! Déjà réputée frivole, dépensière, grande amatrice de mode et de jeux d’argent, taxée même d’infidélité, Marie-Antoinette atteint des sommets d’impopularité après cette affaire. Une escroquerie digne du scénario d’un film, montée en 1784 par Jeanne de Valois, une sorte d’aventurière et lointaine descendante laissée-pour-compte d’Henri II, bien décidée à prendre sa revanche et à redorer son blason. Son stratagème ? Convaincre le cardinal de Rohan, tombé en disgrâce auprès de Marie-Antoinette, qu’elle peut les réconcilier.
Jeanne organise alors un rendez-vous secret entre le prélat et une fausse reine afin de lui faire croire qu’elle souhaite acquérir un bijou d’exception, un chef-d’œuvre de près de 3 000 carats constitué d’une centaine de perles et de 674 diamants. Dupé, l’homme d’église l’achète alors à crédit aux joailliers de la cour, en présentant une signature contrefaite de Marie-Antoinette. Mais quand l’arnaque est découverte, sa résonance est sans précédent : pourtant hors de cause, la reine de France est suspectée et calomniée, payant ainsi sa réputation sulfureuse. Une affaire qui tombe d’autant plus mal qu’une crise financière secoue Versailles comme jamais. Cinq ans avant la Révolution, la colère populaire gronde déjà…
Si la première saison nous racontait l’arrivée à Paris de l’Autrichienne à 14 ans, avec pour mission de perpétuer (au plus vite) la lignée des Bourbons, cette suite démarre quinze ans plus tard et nous plonge dans les prémices de la chute de Marie-Antoinette. Pour l’incarner, on retrouve la divine Emilia Schüle, fervente admiratrice du personnage qu’elle défend bec et ongles, le considérant comme un bouc émissaire de l’histoire : « Dire que Marie-Antoinette a dévasté le pays avec son train de vie et ses dépenses faramineuses est une façon trop simpliste de raconter ce qu’il s’est vraiment passé à l’époque, explique l’actrice de 32 ans. L’image que nous avons d’elle aujourd’hui ne lui rend pas justice. Elle incarnait la modernité, elle s’est battue jusqu’au bout pour ses droits en tant que femme autant qu’en tant qu’être humain ! »
« C’était une reine aussi rebelle que clivante »
Afin de coller au plus près de son héroïne, la comédienne s’est longuement documentée. Décortiquant les livres, les films et tous les documentaires qu’elle pouvait dénicher. « J’ai alors été particulièrement frappée par le contraste saisissant qui existe entre les différents récits. Si vous lisez le livre de Stefan Zweig ou si vous regardez le film de Sofia Coppola notamment, vous n’aurez pas du tout la même opinion d’elle. Car c’était une reine et une femme aussi rebelle que clivante », analyse celle qui a commencé sa carrière à 11 ans. À travers son jeu tout en regards et en intonations, subtil et troublant, transparaissent brillamment le malaise et l’injustice vécus à l’époque par cette mère de quatre enfants.
Moins de dix ans avant de monter sur l’échafaud, malgré sa combativité, cette Marie-Antoinette perd progressivement de sa superbe à partir de cette affaire dite « du collier ». Une descente aux enfers ici magnifiquement décryptée et mise en scène, oscillant entre drame, thriller et saga historique. Notamment grâce à des moyens et une minutie qui donnent à la série une dimension magistrale : son environnement (Versailles, le Palais-Royal…), son casting et son écriture osée.
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Car les huit épisodes de cette nouvelle salve ne se réfugient guère derrière une approche qui se contenterait d’aborder ce pan de l’histoire avec prudence. Les liens complexes entre le roi et la reine, le poids de la rumeur, la grogne populaire naissante, et même la sexualité sont au contraire explorés avec beaucoup de liberté et une grande modernité. Trop ? Chacun jugera. Toute l’intensité de la série repose en tout cas sur l’interprétation royale d’Emilia Schüle qui rêve de démarrer le tournage d’une troisième saison : elle se pencherait probablement cette fois sur le crépuscule de la tumultueuse existence de Marie-Antoinette, avec son arrestation, son procès et sa décapitation. « Je veux terminer cette histoire », souligne-t-elle. Une histoire de France unique, à ne pas manquer.
Marie-Antoinette : l’affaire du collier ★★★, de Deborah Davis, avec Emilia Schüle, Louis Cunningham, Freya Mavor. Huit épisodes de 52 minutes. Demain à 21 h 10.
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