
Il se passe donc souvent des choses à Munich qui engagent le destin de l’Europe. Sans revenir forcément au lâche abandon de la Tchécoslovaquie, en 1938, par ses prétendus alliés, il convient de rappeler que c’est là, en 2007, que Vladimir Poutine a déclaré officiellement la guerre froide à cet « Occident global » qu’il déteste tant.
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Oubliant que les États peuvent avoir la liberté de choisir leurs alliances et que les peuples peuvent choisir leur forme de gouvernement, Vladimir Poutine dénonçait alors le passage à l’Ouest des anciens vassaux soviétiques comme une menace existentielle. Il passait dès l’année suivante à l’offensive, contre-offensive dans son esprit, en usant, pour reprendre des expressions de la guerre froide, de la foudre ou du cancer, de la force ou de la subversion, pour arracher une à une les feuilles de l’artichaut environnant sans susciter trop de réactions. Cela a plutôt bien réussi jusqu’à l’invasion de l’Ukraine en février 2022.
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L’affaire était alors trop grosse pour être ignorée. Par habitude et manque de moyens, les États européens se sont alignés sur la position américaine de l’aide juste suffisante pour permettre aux Ukrainiens de résister ; sans toutefois déstabiliser la Russie, trop peureux de déclencher quelque chose de grave dans un pays qui compte 5 000 têtes nucléaires. Grâce à cette aide et à leur grand courage, les Ukrainiens n’ont donc pas été vaincus mais sans pouvoir vaincre non plus. Dans ce combat sans K.-O., il restait à déterminer qui jetterait l’éponge le premier. Désireux de se désengager de ce conflit et de former une entente avec Poutine, le nouveau président des États-Unis a décidé que ce serait l’Ukraine.
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Il reste à déterminer si les Européens veulent à nouveau agir sur l’histoire ou continuer à la subir
Quand on est ennemi ou simplement adversaire des États-Unis, il suffit de résister, ou du moins d’attendre quelques années pour voir mécaniquement arriver une politique favorable. Il faut alors saisir sa chance avant que le vent ne tourne à nouveau. L’heure américaine, une heure gérée par un businessman sans culture, est transactionnelle. Dans la célèbre matrice du Boston Consulting Group, il y a les « poids morts » aux faibles revenus dans un secteur peu dynamique dont il faut se débarrasser.
Pour Donald Trump, l’Ukraine est un « poids mort » dans un secteur peu porteur, l’Europe. Vendons donc les parts dans l’Ukraine au plus vite et rationalisons l’engagement en Europe pour le rendre plus rentable ! Il n’y a là aucune surprise : l’abandon par les États-Unis, au mépris de toutes leurs valeurs – hormis celles de l’argent – d’un État européen agressé par une puissance jusque-là rivale était annoncé depuis un an. L’Ukraine et la Russie s’y sont suffisamment préparées pour monnayer cet arrêt des combats voulu par les États-Unis et qu’eux seuls peuvent au bout du compte décider, en même temps. Quant aux pays européens qui, pour reprendre Charles Péguy, ont les mains pures mais pas de mains, ils regardent arriver le train en gare, en espérant, au mieux, obtenir un billet dans le wagon de seconde classe, faute de pouvoir être dans la locomotive.
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Au bout du compte se dessine, sur décision de l’arbitre, une victoire russe en Ukraine – loin de ce qui était espéré à Moscou, mais une victoire quand même. La région entre dans un état de guerre latent et un affrontement qui continuera entre la Russie militarisée et l’artichaut européen, un peu réveillé, mais guère renforcé depuis trois ans, avec des États-Unis limitant leur rôle à celui d’actionnaire de contrôle en Europe. Il reste à déterminer si les Européens veulent à nouveau agir sur l’histoire ou continuer à la subir.
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