«Ce n’est pas une annonce que je suis heureux de faire », mais la sécurité des Britanniques est « la priorité numéro un de ce gouvernement ». Keir Starmer a acté ce mardi 25 février la réduction du budget consacré à l’aide internationale au développement, qui passera de 0,5% à 0,3% du PIB du Royaume-Uni, afin de réhausser les dépenses de défense. Une décision « inconsciente » et une « trahison des personnes les plus vulnérables de notre planète », a fustigé dans la foulée l’ONG ActionAid.
Le Premier ministre britannique n’est pas le premier dirigeant occidental à serrer la vis. Face aux pressions budgétaires et aux priorités nationales, plusieurs pays ont sabré dans leur aide au développement ces derniers mois – à commencer par les États-Unis, premier contributeur au monde avec 64,7 milliards de dollars déboursés en 2023 selon l’OCDE. Le jour de son arrivée au pouvoir, le 20 janvier, Donald Trump a signé un décret ordonnant un gel de l’aide étrangère – à l’exception de l’aide militaire à Israël et de l’aide alimentaire d’urgence – pour 90 jours, le temps d’un réexamen complet.
Des réductions partout en Europe
En France, la loi de finances de 2025 a privé la mission d’aide publique (APD) au développement de plus de deux milliards d’euros. Une coupe qui s’ajoute aux 800 millions d’euros supprimés en février 2024. Les Pays-Bas comptent de leur côté réduire le budget annuel alloué à l’aide au développement de 2,4 milliards d’euros à partir de 2027. Le gouvernement néerlandais supprimera progressivement le financement des programmes d’égalité des sexes et limitera les financements liés au climat.
L’objectif de cette restructuration ? Lutter contre l’immigration irrégulière. « À partir de maintenant, les intérêts néerlandais auront la priorité », a promis la ministre du Commerce extérieur Reinette Klaver dans un communiqué la semaine dernière. Les Pays-Bas prévoient d’investir davantage dans les programmes régionaux d’aide aux réfugiés et de renforcer la coopération en matière de migration avec les principaux pays de transit et d’origine, tels que le Maroc et l’Ouganda.
L’Allemagne et la Suède suivent le même chemin. L’aide au développement allemande a été réduite d’un milliard d’euros pour 2025 tandis que Stockholm compte baisser ses dons de 975 millions de couronnes (84 millions d’euros) par rapport à l’année dernière, selon Devex. Si l’aide publique au développement a atteint un niveau record en 2023, portée notamment par le soutien à l’Ukraine, le vent est bel et bien en train de tourner, au détriment des pays bénéficiaires, mais pas que.
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Une aubaine pour la Chine
« Ce désengagement va très largement profiter, a priori, aux intérêts chinois, alerte Emmanuel Lincot, chercheur à l’IRIS et fin sinologue. Pékin cherche à faire reconnaître l’appartenance de Taïwan à la Chine par le plus d’États possibles et, plus largement, à créer une forme de dette morale des élites du tiers-monde. » Xi Jinping n’a par ailleurs pas attendu ces réductions pour avancer ses pions. Le président chinois a annoncé plus de 50 milliards de dollars sur trois ans aux pays africains lors du Forum de coopération sino-africaine en septembre dernier.
« Si Donald Trump ne revient pas en arrière et maintient le cap pendant tout son mandat, la situation sera difficilement rattrapable », insiste le professeur à l’Institut Catholique de Paris, évoquant le précédent de l’Unesco. Washington avait quitté l’Unesco en octobre 2017, sous la présidence de Donald Trump, en dénonçant les « partis pris anti-israéliens persistants » de cette institution. En juillet 2023, sous l’impulsion de Joe Biden, les États-Unis avaient fait leur retour au sein de l’organisation pour contrer l’influence croissante de la Chine.
Le géopolitologue Gérard Vespierre se veut plus prudent. « Tout n’est pas joué. Donald Trump est très fluctuant dans ses discours, rappelle-t-il. Cette orientation vis-à-vis de l’aide internationale n’est pas inscrite dans le marbre. » Pour l’heure en tout cas, le président américain n’a pas l’air prêt de renoncer, et ce malgré les appels du fondateur de Microsoft et richissime philanthrope américain Bill Gates. Dimanche soir, son administration a placé en congé administratif rémunéré la quasi-totalité des 4700 employés de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) et annoncé le licenciement de 1600 d’entre eux.
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