Jean-Louis Ezine : la littérature comme refuge face à un passé tumultueux
Publicité
Abonné
Culture
Bernard Morlino
28/02/2025 à 12:59

En 1771, l’abbé Dinouart publia L’Art de se taire, où il préconise de garder le silence s’il est plus beau que les paroles. En 2025, Jean-Louis Ezine confirme cette pratique, même s’il a longtemps parlé à la radio dans « Le Masque et la Plume », doté d’un esprit caustique servi par un bon goût évident. À la retraite, il réapparaît pour renouer avec les belles envolées présentes dans Un Ténébreux (2003) et Les Taiseux (2009).
Publicité
La suite après cette publicité
La chaise, c’est celle qui permet au romancier non pas d’écrire mais de jouer du violoncelle. Elle rappelle aussi les chaises sans occupant d’Eugène Ionesco. Chargé d’un lourd passé, Jean-Louis Ezine aurait pu mal tourner, sans la triple passion de la littérature, de la musique et du sport (course à pied et vélo ) : « Je suis la séquelle tardive d’un désastre. »
Assailli de malheurs
Né de père inconnu – c’est une tradition familiale – il porte le nom d’un violent beau-père adoptif auquel il n’a jamais adressé la parole. Auparavant, il hérita de celui de sa mère qui mit fin à ses jours. Quand, enfant, il était invité à goûter chez un copain, elle l’en dissuadait : « Ce sont des gens trop bien pour nous. » Dans la peau d’un bâtard, l’esseulé, au lieu de sombrer dans la dépression chronique, opta pour l’élégance, celle de la délicatesse dans l’analyse de l’arbre généalogique, pour briser l’omerta de la « forteresse de non-dits ». De la solitude, il tira une force, celle des champions au grand mental. « Orphelin de vocation, neveu posthume, vieil enfant sans âge, est-ce que je passerais ma vie à poursuivre des fantômes ? »
Tout un magma intérieur bouillonne dans ce roman autobiographique où le limier de sa propre vie révèle qu’il a déniché au sein de sa « tribu barbare » un couple d’oncle et tante héros de la Résistance. Ses cousines ont conservé de leur père des mots d’amour « écrits avec son sang, à l’aide d’éclats de bois trempés dans ses plaies ». Assailli de malheurs, Jean-Louis Ezine développe des bonheurs d’écriture. Pour dire que parfois il jouait à être Jean-Paul Sartre, il écrit : « Fumant des Boyards de penseur existentialiste. » Nous sommes dans le pays de la littérature.
La Chaise, Jean-Louis Ezine, Gallimard, 202 pages, 20 euros.

Abonné
Culture
Pourquoi Jacques Robinet pourrait être le plus grand poète français du siècle

Abonné
Culture
Le Comte de Monte-Cristo : le triomphe continue au théâtre, en librairie et bientôt en comédie musicale

Abonné
Culture
Fayne : une fresque gothique fascinante entre l’Écosse et l’Angleterre

Abonné
Culture
«Pauwels voyait venir Marianne voilée» : Bock-Côté relit un visionnaire oublié

Abonné
Culture
L’affaire Vasarely : enquête sur un héritage qui a viré au cauchemar
Publicité
Source : Lire Plus







