Quand elle entre dans une pièce, elle est comme un soleil qui illumine votre journée. Très souriante, les yeux pétillants, Agnès fait partie de ces personnes dont la passion pour leur travail se lit sur leur visage : « Évidemment, j’ai la chance de faire ce métier : le parfum, ça fait rêver tout le monde ! » Pourtant, diriger l’entreprise familiale créée par son ancêtre, Eugène Fuchs, était loin d’être son rêve. Née à Cannes, elle a grandi à Grasse avant de partir faire ses études à Paris après son bac qu’elle a obtenu à 16 ans. Elle n’avait nullement l’intention de travailler pour l’entreprise familiale. Elle voulait écrire et avait de l’expérience dans des galeries d’art et dans la publicité.
« Je n’avais aucune envie de vivre à Grasse, se souvient Agnès, mais à la demande de mon papa, j’y suis retournée et ça s’est très bien passé : j’ai appris un métier qui m’a passionnée. » Elle a débuté comme vendeuse, puis dans les ateliers, au secteur commercial, et finalement dans tous les départements. En 1985, elle est rejointe par sa sœur, Françoise, qui se charge de la gestion. Agnès se concentre alors sur la partie création-communication. « On travaille depuis quarante ans ensemble sans difficulté : on a la même façon de penser, le même avis sur les choses et les gens, confie Agnès. Anne, notre sœur médecin, est venue nous rejoindre au milieu des années 1990 pour diriger le laboratoire cosmétique. »
Quand l’arrière-grand-père crée une usine de parfums à Grasse en 1926, il est assez visionnaire en décidant de l’ouvrir aux touristes. Il propose ainsi, notamment aux riches Anglais et Russes qui viennent sur la Côte d’Azur, de venir acheter directement du parfum à l’usine. Son fils entre en 1929 dans l’affaire et son petit-fils, Jean-François Costa, le père des trois sœurs, rejoint l’aventure en 1939. Agnès, Françoise et Anne arrivent au milieu des années 1980 et vont bien secouer la jolie petite entreprise provençale.
« Quand je suis arrivée, j’ai rapidement eu envie de changer des choses, raconte Miss Webster. Mais cela ne plaisait pas vraiment à mon père. Il y a eu un moment où je l’ai menacé de tout quitter s’il ne me laissait pas faire. En fait, mon père se fichait complètement du packaging. Ce qui l’intéressait, c’était la rentabilité. Quand je suis arrivée en disant : “C’est trop laid ce qu’on fait !”, mon père m’a répondu : “Chacun son mauvais goût !” Cela a été assez long pour arriver à le convaincre que j’avais raison. Pour lui, quand un produit se vend, il n’y a pas à le changer ! »
Bien plus que du parfum
Nouveau logo, nouvelle charte graphique, Agnès révolutionne la marque qui n’avait pas vraiment d’unité artistique et qui devient plus reconnaissable. Elle reprend en main la maison et met son nez dans les parfums : « J’essaye d’avoir des sillages chics, ce n’est pas toujours évident avec certains ingrédients comme le citron, par exemple, qui peut vite faire penser à du liquide vaisselle, mais on a réussi récemment avec Fleur de citronnier. » Fragonard travaille avec des nez fidèles comme Daniela Andrier, qui a fait des senteurs pour Prada, Bulgari ou encore Yves Saint Laurent.
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Aujourd’hui, Fragonard est bien plus qu’une marque de parfums et propose toutes sortes de produits : des savons, des produits de beauté, des vêtements, de la déco. L’entreprise possède aussi des musées, des chambres d’hôtes et un magazine qui sort deux fois par an. « Tout s’est développé petit à petit, explique la PDG de la maison. À l’époque, on ne parlait pas de transversalité, mais c’est vraiment cela qu’on a mis en place. »
Les musées tiennent une place de choix dans le cœur des Costa. D’abord, il y a le musée du parfum à Grasse, puis d’autres à Paris, mais il y a aussi le musée provençal du Costume et du Bijou à Grasse. Sans oublier le nouveau musée du Costume arlésien qui ouvrira le 3 juillet 2025 dans le centre-ville d’Arles, dans un magnifique hôtel particulier du XVIIIe siècle. C’est aussi le lieu du bed & breakfast La Maison d’Arles : « Nous avons acheté la maison et nous nous sommes dit qu’ainsi, nous aurions un appartement à Arles. Puis, vu qu’on n’y vient pas souvent, nous avons eu l’idée des chambres d’hôtes. Fin 2025, on ouvrira d’autres chambres d’hôtes à Grasse. »
Agnès n’arrête jamais d’avoir des projets et de créer : « Ça carbure toujours dans mon cerveau », dit-elle. Elle rend hommage à son équipe en disant que rien ne serait possible sans eux. Ses collaborateurs sont là depuis longtemps, mais elle fait toujours entrer des jeunes. « C’est important de se remettre en question, d’écouter les jeunes générations », explique-t-elle. Elle a notamment embauché la fille de son cousin dans la société et ne tarit pas d’éloges sur elle. Il y a aussi six enfants (Agnès et Françoise en ont trois chacune) qui peuvent reprendre l’affaire. Ce sont peut-être eux qui développeront la marque à l’international, ce que n’a pas encore fait Agnès, qui a fait le choix de ne plus voyager et de rester auprès de ses enfants, encore petits quand elle a perdu son mari.
« J’aimerais évidemment qu’ils entrent dans l’aventure Fragonard, confie Agnès. C’est vraiment un métier de rêve. Certes, on peut vivre sans parfum, mais c’est tellement plus agréable d’en avoir ! Avec mes sœurs, nous avons construit une marque transversale qui va vers des points qui ne sont pas forcément liés à du marketing pur et dur, mais à nos envies. Comme on est fabricant et distributeur, on est très libre. On tient la barre solidement et l’entreprise va bien tout en gardant des prix raisonnables : j’essaie vraiment de rester à des prix tels que les gens ne se posent pas de questions. Nous ne sommes vraiment pas dans des prix élevés si l’on considère la qualité de nos produits. Grâce à cela, on rajeunit sans cesse nos adeptes : il y a des filles de 20 ans qui portent notre parfum Fleur d’oranger ! Notre succès nous permet de faire des choses qui n’ont rien à voir avec la vente, comme créer un prix de littérature pour mettre en valeur des femmes écrivains ou ouvrir le musée du Costume arlésien. »
Un univers qui sent si bon la Provence
Elle se consacre de plus en plus à la création de sa fondation, qui va chapeauter ses trois corps de métier : la transmission des métiers de la parfumerie, les six musées et l’engagement caritatif de Fragonard à travers différentes associations. Ne cherchez pas qui peut être le concurrent de Fragonard, il n’y en a pas : aucune marque de parfum n’a su créer un tel univers qui sent si bon la Provence. Depuis quarante ans, Agnès et ses sœurs ont non seulement relooké la maison créée par leur arrière-grand-père, mais elles ont réussi à lui insuffler un capital sympathie et joie de vivre qui vaut tout le marketing du monde !
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