« Il est très rare que le favori d’une élection l’emporte », se persuade le député DR du Territoire de Belfort Ian Boucard. En ce mercredi des Cendres, Laurent Wauquiez et ses soutiens réunissent près de 400 personnes pour une réunion publique à Neuilly-sur-Seine, dans l’ancienne chapelle Sainte-Anne au théâtre des Sablons. Devant une salle comble, remplie pour l’essentiel de militants du troisième âge, le président délégué de la région Île-de-France, Geoffroy Didier, se félicite de l’affluence, alors même que le PSG joue le soir même son huitième de finale aller de Ligue des champions contre Liverpool : la maire de Taverny, Florence Portelli, est venue soutenir son champion vêtue d’un maillot du PSG.
À la tribune, Geoffroy Didier reprend l’antienne martelée par Wauquiez depuis le début de la campagne : « Pour que Bruno puisse s’occuper du pays, il faut que Laurent s’occupe du parti » évoquant le « ticket et duo gagnant de la droite ». Hors scène, il développe : « À Beauvau, il n’existe aucun temps libre face à la délinquance. Tout moment de campagne est un moment en moins pour lutter contre les narcotrafics et la criminalité. » Le secrétaire général délégué du parti prolonge l’action d’un petit tacle glissé : « Peut-on se permettre d’avoir un ministre de François Bayrou à la tête des LR ? » Alors qu’a contrario, la liberté et l’indépendance de la parole d’un Wauquiez assureraient au parti un meilleur écho dans le débat public…
C’est en famille, entouré des deux femmes de sa vie, – son épouse Charlotte et sa mère Éliane – que Laurent Wauquiez se présente sur la scène. Ce n’est pas la première fois qu’il met en lumière son couple, mais c’est le signe, avancent certains, qu’il se voit dans la peau d’un challenger prêt à jouer sur toutes les cordes, personnelles comme politiques. Soucieux de jouer les chefs de famille apaisant et protecteur, loin de l’image de fauve aux dents acérées et à la violence facile, Wauquiez valorise le collectif. Il se félicite de la « complémentarité » entre les ministres du gouvernement qui agissent pour la France comme Annie Genevard, Yannick Neuder et Bruno Retailleau et la refondation nécessaire du parti des Républicains à laquelle il promet de s’atteler, sans retenue et sans autres contraintes. Or « à l’intérieur du gouvernement, vous n’avez pas la même latitude pour vous exprimer ».
Apaisant et protecteur, le député valorise le collectif
Si le ministre de l’Intérieur ne fait campagne « contre personne », Laurent Wauquiez réfute pour sa part le terme d’« adversaire », lui préférant celui de « concurrent ». Dans son discours, le Ponot désigne l’adversaire, le vrai : « La première menace de France se nomme Mélenchon. » Puis il reprend son réquisitoire contre les entraves à la réussite du pays : le pouvoir des « juges suprêmes » qui verrouille les élus, la bureaucratie et l’influence des minorités activistes. Versant économique, le candidat délivre quelques sucreries à une assemblée représentative de la France « aisée » en proposant la fin de l’imposition sur les successions et les plus-values. Le député mentionne également le débat enflammé sur la liberté d’expression et la suppression de la fréquence de C8 alors que Laurence Sailliet, une des « meilleures amies de Cyril Hanouna », est présente au premier rang.
Après son discours, Laurent Wauquiez convie les adhérents à un pot au café Marly. « C’est sa méthode : parler à tout le monde et convaincre chacun un par un », explique son entourage. Ian Boucard vante l’écoute dont fait preuve son patron à l’Assemblée. « Laurent Wauquiez nous demande vraiment notre avis, c’est un vrai chef de groupe, explique le député. Sur la nomination de Richard Ferrand, par exemple, il n’a pris aucune décision avant de nous consulter », loin de l’image parfois cassante que l’on prête volontiers à l’ancien président de région.
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« Je comprends que des adhérents soient impressionnés par la visibilité de Bruno Retailleau et de son très bon travail à Beauvau », concède Geoffroy Didier qui parie sur les indécis, encore nombreux ce soir à Neuilly, pour faire mentir les pronostics. Isabelle et Michel, originaires de Rueil-Malmaison, sont venus pour « prendre la température […] On ira voir Bruno Retailleau à Vélizy et on prendra notre décision après. » Même son de cloche pour Antoine, 50 ans, qui compte se rendre à un meeting du ministre à Paris. « Je n’ai aucune préférence pour l’instant, j’attends de voir Bruno Retailleau. » Élisabeth, la trentaine, ancienne membre d’un cabinet ministériel du gouvernement de Michel Barnier, voit plus loin que l’échéance de mai : « Je suis venue là par curiosité, le jeu est complètement ouvert et l’issue de l’élection très incertaine, explique-t-elle. Mais je pense que Laurent Wauquiez ne sera jamais président de la République contrairement à Bruno Retailleau qui suscite un engouement et qui relève la droite depuis des mois. »
Le corps électoral de cette élection interne à l’issue incertaine se figera le 17 avril prochain, date de la fin du Carême. Comme tout catholique, le fidèle Laurent Wauquiez a donc quarante jours pour se préparer à l’avènement d’un renouveau avec pour objectif le recueillement de la parole de Dieu… et le vote en sa faveur des adhérents.
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