Je ne sais pas si la Russie était une menace pour la France avant qu’Emmanuel Macron cible Vladimir Poutine mercredi soir. Je sais qu’elle l’est devenue. Vladimir Poutine a convoqué Napoléon et la retraite de Russie pour réponse. On n’humilie pas l’âme russe. L’escalade verbale a continué. « Poutine fait un contresens », a déclaré Emmanuel Macron. Poutine oublie la bataille de la Moskova sans doute, qui ouvrit les portes de Moscou à l’empereur avant que l’hiver ne les referme. Vladimir Poutine connaît mal son histoire. « Ça m’étonne de lui », ironise Emmanuel Macron.
La ligne Paris-Moscou est coupée. Emmanuel Macron mène la guerre des mots avec Vladimir Poutine quand il est le roi du silence avec Abdelmadjid Tebboune, le président algérien. La diplomatie selon Emmanuel Macron traverse un labyrinthe qui égare experts et néophytes usés par les zigzags de l’Élysée.
Les va-t-en-guerre sont parmi nous
À moins que ces incohérences révèlent un tempérament aspiré par le vide, un président pour qui le compte à rebours a commencé, un président qui dans deux ans ne sera plus président et qui semble effrayé par cette idée. « J’ai moins peur de Poutine que de Macron », disait un auditeur d’Europe 1 cette semaine. « Je ne me sens pas en sécurité avec Emmanuel Macron », disait aussi jeudi sur CNews Hervé Morin, ministre de la Défense de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2010. Je l’interrogeais au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron. Le président a posé une question à laquelle il n’a pas répondu : « Qui peut croire que la Russie s’arrêtera aujourd’hui à l’Ukraine ? » Quasiment tous les observateurs, commentateurs, éditorialistes jusqu’au journal Libération, mais aussi la classe politique, approuvent Emmanuel Macron. Les va-t-en-guerre sont parmi nous. Et ceux qui parlent de paix en France sont désignés comme les nouveaux collabos.
Retrouvez toutes les chroniques de Pascal Praud
Quasiment tous, sauf Hervé Morin
L’ancien ministre évoque une menace exagérée. Il rappelle que la Russie n’est même pas allée à Kiev, qu’Emmanuel Macron dramatise à l’extrême cette menace à des fins de politique nationale. Et de conclure avec une phrase qui sonne comme un pressentiment : « Je ne me sens pas en sécurité avec Emmanuel Macron. » Que craint Hervé Morin ? Qu’Emmanuel Macron précipite la France dans une guerre comme ce pilote allemand, Andreas Lubitz, fonça en 2015 avec son avion dans une montagne des Alpes et tua 149 passagers ? Donald Trump assure que Poutine est prêt pour la paix ; Emmanuel Macron affirme que le président russe est prêt pour la guerre. Que cherche Emmanuel Macron ? Dans deux ans, tout sera fini. Avant cela, opération chaos ?
La suite après cette publicité
Alimenter la peur
Chacun connaît les mots de Nicolas Machiavel que la crise du Covid avait remis au goût du jour : « Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes. » Emmanuel Macron préfère le monologue au dialogue. L’allocution est son genre préféré. Il parle seul. De toute façon, quand les contradicteurs sont présents, ils font tapisserie. Ils écoutent.
Le danger est-il réel ? Peu importe. Le danger est potentiel. C’est suffisant. Si le peuple a peur, il ne résistera pas. Un froussard fait un bon électeur. « Qu’ils me haïssent pourvu qu’ils me craignent », disait Néron. Avoir peur précède l’obéissance. Avoir peur accélère la résignation. Avoir peur infantilise les esprits. L’espace médiatique a choisi son camp. Les journalistes font le service après-vente. Tous contre Trump ! Tous contre Poutine ! Quitte à exagérer la menace. L’imaginaire nourrit la peur. Poutine ira-t-il jusqu’à Paris ? La contre-argumentation n’est pas aisée. Qui imaginait l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 23 février 2022 au soir ?
La peur est une vieille recette pour calmer les foules
La peur est une vieille recette pour calmer les foules. « De toutes les passions, la peur est celle qui affaiblit le plus le jugement », écrivait le cardinal de Retz. Les uns et les autres s’habituent, ceux qui font peur comme ceux qui ont peur. À croire qu’il existe entre les maîtres et les esclaves un pacte secret.
Quand le 16 mars 2020, le Covid a contraint la France au confinement, Emmanuel Macron répéta à six reprises : « Nous sommes en guerre. » Il déclarait la « mobilisation générale » contre un « ennemi invisible, insaisissable ». Le Covid est passé. La guerre n’a pas eu lieu. Un autre danger arrive. Info ou intox ? Dans le film Drôle de drame (1937) de Marcel Carné, Michel Simon dit à Louis Jouvet qui est venu dîner chez lui : « À force d’écrire des choses horribles, elles finissent toujours par arriver. »
La hantise Le Pen
Il existe une loi du jeu aux échecs : la menace est plus forte que l’exécution. Encore faut-il avoir les moyens d’exécuter une menace. Sans cela, la stratégie est vaine. À la table mondiale où la gérontocratie est assise, Trump, 78 ans, Poutine, 72 ans et Xi Jinping, 71 ans, Emmanuel Macron guerroie avec une épée de bois.
Le président est devenu prévisible. Il agite les peurs pour donner le change
Le président est devenu prévisible. Il agite les peurs pour donner le change. Quand on évoque la Russie, on ne parle pas des OQTF, de l’immigration incontrôlée, de l’insécurité galopante. Une autre raison explique ce désir d’angoisse. Emmanuel Macron craint plus que tout l’élection de Marine Le Pen en 2027. Son entrée à l’Élysée planterait le dernier clou du cercueil. Deux quinquennats pour ça ! Un déficit record, une France fracturée, un marasme général et last but not least, Marine Le Pen présidente ! Emmanuel Macron suppose que si de nouvelles émeutes embrasent le pays, les Français voteront pour le RN. Le président de la République endosse son habit de chef des armées. La guerre arrive. Elle évite les troubles en banlieue. L’union sacrée est décrétée. Et tant pis si Hervé Morin a raison. Et tant pis si François Fillon dit vrai, qui déclare cette semaine dans Valeurs actuelles : « La Russie, qui après trois ans de guerre piétine en Ukraine, est une menace infiniment moindre que celle de l’islam radical, cette idéologie pernicieuse qui prospère désormais sur une grande partie de notre territoire. »
Vladimir Poutine menace l’Europe. Soit. Ministres d’hier et d’aujourd’hui le disent. Tous montent au front sur le champ de bataille pour vaincre l’homme du Kremlin. J’aimerais le même discours, la même concorde, la même volonté, quand il s’agit de combattre l’islam radical.
Source : Lire Plus





