Mordante, irrévérencieuse, presque militante entre les lignes, The Studio, signée des trublions Seth Rogen et Evan Goldberg (un duo à l’origine du délirant SuperGrave, 2007) allume Hollywood au chalumeau. Mercredi, nous avons pu échanger avec le second, en visio depuis Los Angeles, pour qu’il nous en révèle la (surprenante) genèse du projet.
D’emblée, le cinéaste de 42 ans ne fait pas mystère des fondements de cette comédie qui tourne délicieusement en ridicule l’industrie du cinéma américain : « C’est du vécu ! 90 % du scénario est tiré de faits réels. Il y a une quinzaine d’années, Seth et moi étions en réunion avec un cadre d’un studio. Nous essayions d’obtenir un job de réécriture sur un film. Et soudain, en plein milieu de notre présentation, il a mis sa tête entre ses mains, l’air abattu, et nous a dit : “Vous savez, les gars, je me suis lancé dans ce métier parce que j’adore le cinéma, et aujourd’hui, mon travail consiste à le ruiner.” Cette phrase nous a marqués. Et de là, une idée a commencé à germer… »
Une productrice virée sans ménagement, des castings déshumanisés, une pléiade de conseillers aussi cyniques que malveillants et, surtout, des scénarios consternants vendus des centaines de millions de dollars, la série explore les véritables entrailles d’Hollywood. Pour notre plus grand plaisir. Le passage sur le navet mettant en scène des zombies victimes de coliques, présenté comme « une charge profonde contre la désinformation médicale », notamment, vaut son pesant de bobines. « Avec le temps, Seth et moi sommes devenus producteurs. Nous avons fait de nombreux films et travaillé avec des cadres de studios variés, poursuit Evan Goldberg. Et ce qui nous a toujours frappés, c’est que ces gens aiment le cinéma autant que nous, mais leur travail consiste souvent… à le saboter ! »
L’une des prouesses de ce bijou d’irrévérence et de drôlerie est aussi d’aligner des grands noms dans son casting : Martin Scorsese, Ron Howard, Zac Efron, Charlize Theron et beaucoup d’autres ont ainsi accepté de jouer leurs propres rôles, avec une autodérision infinie. « Les convaincre a été un travail titanesque, souligne Evan Goldberg. Ça a été la partie la plus difficile du projet. Chaque jour, à l’heure du déjeuner, Seth et moi étions en Zoom avec une nouvelle personne pour essayer de les embarquer dans l’aventure. Et si l’un refusait, il fallait tout réécrire ! Certains, comme Scorsese, ont accepté immédiatement après avoir lu le script. Mais d’autres, comme Ron Howard, ont imposé de longues discussions et ont fait leurs propres suggestions. » À l’arrivée, voir le réalisateur de Taxi Driver et Casino se faire refourguer le scénario de l’adaptation du bonhomme de Kool-Aid, mascotte grotesque d’une boisson américaine, est particulièrement savoureux.
Il a en effet fallu qu’elles soient quasiment presque toutes tournées en plan-séquence
Mais, pour réaliser une caricature si juste de Hollywood, Seth Rogen et Evan Goldberg ont également dû relever un incroyable défi technique. Afin de rendre chaque scène crédible, avec ce rythme calqué sur la folie du quotidien des acteurs de l’industrie du 7e art, il a en effet fallu qu’elles soient quasiment presque toutes tournées en plan-séquence. « Avec le moins de prises possible, en tout cas, pour que l’hystérie générale soit palpable. Du coup, si un acteur ratait une réplique ou si le cadreur faisait un mauvais mouvement, tout était fichu et on devait recommencer depuis le début. »
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Evan Goldberg raconte que les premières semaines ont été très compliquées : il fallait parfois retourner certaines scènes une trentaine de fois avant d’obtenir le résultat escompté. Au final, les deux amis, qui se connaissent depuis l’adolescence, réalisent là leur projet le plus personnel. Une farce hilarante, certes, mais constellée de vérités parfois édifiantes. « Tout est inspiré de faits réels, mais raconté avec bienveillance », tient à repréciser le scénariste. Bienveillance, vraiment ?
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