Le 31 mars dernier, Bruno Retailleau prononçait une allocution à Londres sur la réponse de nos sociétés à la menace islamiste, dans le cadre d’un événement du groupe de réflexion Policy Exchange. Un mois plus tard, mercredi 30 avril, une retranscription de ce long discours paraît aux éditions de l’Observatoire, sous le titre : Ne rien céder : Manifeste contre l’islamisme.
Dans cet ouvrage éminemment politique, le ministre de l’Intérieur et candidat à la présidence de LR développe sa pensée sur le « nouveau prédateur qui vient en ennemi et s’attaque depuis l’intérieur à nos nations libres » :l’islamisme. Près de dix ans auparavant, un candidat à la primaire de la droite publiait, sur le même thème, l’ouvrage Vaincre le totalitarisme islamique (Albin Michel). Un livre qui a contribué à la victoire du candidat François Fillon, fidèlement soutenu à l’époque par… Bruno Retailleau.
Avant de rappeler soigneusement qu’il ne confond pas « la foi musulmane avec cette haine islamique qui la défigure », Bruno Retailleau alerte : l’islamisme « s’est fait une place dans l’enclos de nos libertés, pour mieux les subvertir, pour mieux les anéantir ». Le Vendéen étaye son constat : si l’islamisme prospère au sein des nations occidentales, c’est « précisément parce que nous sommes en train de renoncer à nous-mêmes ». Convoquant des figures du conservatisme et du libéralisme telles que Winston Churchill, John Locke, Roger Scruton, David Goodhart, Benjamin Disraeli ou encore Tennyson, le ministre d’État épingle trois renoncements.
Le premier concerne notre conception de la liberté : nos sociétés auraient adopté une « liberté absolutisée, qui ne supporte aucune entrave, qui ne se reconnaît aucune limite ». Cette interprétation radicale des droits individuels serait volontiers exploitée par les islamistes, selon l’auteur du manifeste. En témoigne le rapatriement en France dont ont pu bénéficier les proches de djihadistes partis combattre au Proche-Orient.
Le deuxième renoncement est celui de la raison face à « la critique » systématique. Cette dérive, selon le ministre, conduirait à la « haine de soi », qui « toujours, nourrit la haine des autres ». Une détestation de sa propre culture qui s’incarnerait tout particulièrement dans l’idéologie woke, que Bruno Retailleau qualifie de « tempête destructrice » et qui nourrirait l’islamisme. Le Vendéen prend pour exemple le cas des universités, où une « convergence des haines s’est établie » entre « l’islamisme politique et le wokisme ». Cette alliance de fait se manifeste notamment par l’imposition, dans le paysage médiatique et militant, du terme controversé d’« islamophobie ».
La suite après cette publicité
L’islamophobie vise, trop souvent, à neutraliser tout questionnement sur l’islam
Bruno Retailleau
Contrairement à un François Bayrou, qui n’a pas hésité à employer ce mot au sujet du récent meurtre dans la mosquée de La Grand-Combe, Bruno Retailleau s’en garde et s’en explique dans ce livre. Le ministre dénonce « l’usage abusif » d’un terme « largement promu par les Frères musulmans », qui viserait « à neutraliser tout questionnement sur l’islam, et même tout avertissement sur l’islamisme politique ». Une analyse déjà formulée par de nombreux penseurs.
Dernière impasse dénoncée par Bruno Retailleau : le renoncement à « ce que nous sommes, en tant que civilisation, en tant que nations », qui mettrait en danger nos sociétés. En effet, souligne le ministre, l’islamisme « s’emploie à remplir » les cœurs vidés par « le relativisme et le consumérisme ». Face à ces dérives, l’ancien président du conseil général de la Vendée appelle ses compatriotes à redevenir « héroïques ». Tel le cavalier bénévole à la Cinéscénie du Puy du Fou qu’il a été, Bruno Retailleau enjoint à retisser « ces liens invisibles que sont le sentiment national, la transmission de la culture et la fierté d’appartenir à une grande civilisation ». En attendant, donc, la lutte plus prosaïque pour s’emparer de la direction des Républicains.
Ne rien céder : Manifeste contre l’islamisme,Bruno Retailleau, Éditions de l’Observatoire, 32 pages, 3,90 €.
Source : Lire Plus






