De Bogdan Muresanu, avec Adrian Vancica, Nicoleta Hâncu. 2h18.
En 2018, Bogdan Muresanu signait un court métrage remarqué, The Christmas Gift, l’histoire d’un ouvrier apprenant que son petit garçon a demandé comme cadeau, dans sa lettre envoyée au père Noël, la mort de Nicolae Ceausescu après l’avoir entendu exprimer ce souhait. À ce personnage, se greffent cinq autres dans son premier long métrage se déroulant la veille de la révolution roumaine, alors qu’aucun d’eux n’ose imaginer encore la chute du despote. Une tragicomédie chorale à la narration éclatée, exigeante mais réussie, où le réalisateur reconstitue soigneusement l’époque dans la couleur de l’image et les décors. Il récrée surtout, non sans un humour caustique et absurde, l’atmosphère d’une société paranoïaque dans un format carré étouffant qui est aussi celui de la télévision des années 1980. Avant un long et dernier mouvement libérateur qu’accompagne le Boléro de Ravel. Bap. T.
Les enfants rouges ★★★
De Lotfi Achour, avec Ali Helali, Wided Dadebi. 1h38.
Achraf et son cousin Nizar sont attaqués par des djihadistes pendant que paît leur troupeau dans la montagne tunisienne. Le second est égorgé tandis que le premier est contraint de ramener sa tête à sa famille. Elle décide d’aller chercher le reste du corps pour lui donner une sépulture. S’inspirant du meurtre odieux d’un berger de seize ans en novembre 2015, cette tragédie signée du metteur en scène de théâtre Lotfi Achour a la bonne idée d’épouser le point de vue de l’ado en ayant été le témoin. Elle sonde ainsi ses conséquences psychologiques chez celui-ci via une approche onirique qui lui confère sa délicate originalité. Un film fort empreint d’une douceur et d’une poésie contrastant avec la dureté du sujet. Bap. T.
La suite après cette publicité
[embedded content]
Les Linceuls ★★
De David Cronenberg, avec Vincent Cassel, Diane Kruger, Guy Pearce. 2h00.
Quatre ans après le décès de sa femme d’un cancer, Karsh, 50 ans, crée un système révolutionnaire mais controversé au sein du cimetière qu’il administre, offrant à toute famille en deuil la possibilité de voir la décomposition du corps du défunt via une caméra de surveillance placée dans le cercueil. Une nuit, plusieurs tombes sont saccagées. Qui a commis un tel acte ? Bienvenue dans l’univers de David Cronenberg, qui relaie à la fois ses préoccupations intimes et les angoisses de notre société contemporaine, jusqu’aux considérations écologiques (faut-il opter pour la crémation et ainsi se recycler plus vite ?). Romantisme macabre, paranoïa, théorie du complot, voyeurisme, obsession pour le corps, intelligence artificielle : le récit, certes statique et théorique, s’avère très touchant quand il prend le pouls de son créateur veuf rongé par la tristesse, mais aussi par sa sensibilité, sa pudeur et son humanisme. Tout en privilégiant le hors-champ et en posant des questions d’ordre éthique à travers l’hypothèse de connecter les vivants aux morts, qui fait voler en éclats les tabous. S. B.
[embedded content]
Les règles de l’art ★★
De Dominique Baumard avec Melvil Poupaud, Sofiane Zermani, Steve Tientcheu. 1h34.
Eric, antiquaire débrouillard et receleur capable de tout vendre, embarque dans ses arnaques Yonathan, réparateur de montres de luxe et expert en art qui s’ennuie un peu dans sa routine professionnelle et familiale. Fasciné par le train de vie et l’existence rocambolesque de son nouvel ami, il accepte de cacher des tableaux de maîtres dérobés dans un grand musée… Lauréat du Prix du public au festival de l’Alpe d’Huez, Dominique Baumard utilise les codes du polar pour trousser cette drôle de comédie aux envolées loufoques mettant en scène un trio aussi désaccordé qu’explosif, porté par des comédiens en total lâcher prise : Melvil Poupaud excelle une nouvelle fois dans le registre de la légèreté candide, Sofiane Zermani déploie un bagout irrésistible, et Steve Tientcheu incarne un monte-en-l’air au flegme quasi poétique. B. T.
[embedded content]
Thunderbolts ★★
De Jake Schreier, avec Florence Pugh, Sebastian Stan, David Harbour. 2h06.
Yelena est une mercenaire qui travaille à la solde de Valentina Allegra de Fontaine, patronne de la CIA, désireuse de protéger les citoyens à n’importe quel prix. Parmi ses expériences interdites sur des cobayes, dans le but d’améliorer les humains, il y a Bob, un ancien toxicomane… Une escouade d’antihéros cabossés par la vie, laissés-pour-compte, mal assortis, à côté de la plaque, qui unissent leurs forces pour combattre un ennemi commun : la formule a déjà fait ses preuves dans l’univers tentaculaire de Marvel, à commencer par les Gardiens de la Galaxie. Ces nouveaux Avengers, bras cassés mais solidaires, constituent la relève de la franchise, mais cet épisode d’introduction pêche par son rythme un peu laborieux, et manque d’ambition. Après, une vraie alchimie existe entre les membres improbables de ce groupe dysfonctionnel, et le scénario assume sa noirceur en analysant les symptômes de la dépression qui les frappe à des degrés différents. Dans le rôle de la méchante, Julia Louis-Dreyfus boit du petit-lait. S. B.
[embedded content]
Les Indomptés ★
De Daniel Minahan avec Daisy Edgar-Jones, Jacob Elordi, Will Poulter. 1h59.
Dans les années 1950 aux États-Unis, Lee demande en mariage Muriel et lui propose de quitter le Kansas pour couler des jours heureux en Californie. Comme son frère insaisissable Julius, il revient de la guerre de Corée. Muriel accepte mais ses convictions vacillent quand elle fait la connaissance de Julius, au charme dévastateur. Au lieu de revisiter le schéma du triangle amoureux façon Pearl Harbor (2001), de Michael Bay, ce drame romantique déjoue nos attentes en parlant davantage des individualités tourmentées par le jeu (poker, courses hippiques), une homosexualité refoulée, leurs aspirations pour l’avenir, leur désir d’émancipation. Bilan : cette chronique, certes singulière et ambiguë, part dans tous les sens, si bien qu’on ne sait plus du tout où le réalisateur veut en venir, à multiplier les ellipses et les pistes. S. B.
[embedded content]
Tu ne mentiras point ★
De Tim Mielants avec Cillian Murphy, Emily Watson. 1h38.
En 1985 en Irlande, Bill mène une existence simple, entrepreneur dans la vente de charbon et père de famille respectable. Lors d’une livraison au couvent de la ville, il entend les pleurs étouffés d’un bébé. Voilà qui va raviver un lourd traumatisme de son passé et lui provoquer des insomnies… Ce drame, produit par Matt Damon et Ben Affleck, met en scène l’extraordinaire Cillian Murphy dans le rôle d’un homme qui refoule le secret de ses origines. L’acteur démontre une subtilité de jeu admirable dans ce récit opaque et édifiant, inspiré de faits réels, qui dénonce la tragédie des filles-mères placées par leurs parents et maltraitées chez les sœurs. Mais la mise en scène verse un peu trop dans l’austérité et le misérabilisme, au point d’annihiler l’émotion. S. B.
[embedded content]
Source : Lire Plus






