Là où le Real Madrid avait explosé le mois dernier (3-0), le PSG s’est imposé avec autorité, offrant une prestation digne d’éloges et d’une demi-finale de Ligue des champions, intense et superbement maîtrisée. En Coupe d’Europe, les Londoniens n’avaient plus perdu à domicile depuis mars 2021 (17 matchs, 12 victoires) et cette série s’est fracassée sur le niveau de jeu parfois irrésistible de cette joyeuse et solidaire escouade parisienne, idéalement placée pour vivre une seconde finale de prestige après celle perdue face au Bayern (1-0) en 2020.
« C’était très difficile de gagner ici, on a fait un grand match même si on n’a pas eu le ballon comme d’habitude, réagissait Vitinha au micro de Canal+, trophée de l’homme du match entre les mains. Quand il faut défendre, s’adapter, on est là. Ce n’est pas fini, mais le collectif a été énorme. J’étais sûr de nous. On s’en fout de ceux qui ne croient pas en nous. Quand on est tous ensemble, on continue à gagner. »
Sous le soleil couchant d’une fin de journée printanière dans le nord de Londres, il y avait avant tout un choix à faire en attaque : logiquement sur les dernières semaines, c’est Bradley Barcola qui est laissé sur le banc au profit de Désiré Doué, Kvaratskhelia et évidemment Dembélé composant le reste d’une attaque parisienne qui effraie désormais toute l’Europe. Pour le reste, c’est un onze limpide aligné par Luis Enrique avec Donnarumma dans les buts, Hakimi, Marquinhos, Pacho et Nuno Mendes en défense, Vitinha, Neves et Ruiz au milieu, autrement dit les cadors du premier trimestre 2025, ceux qui ont survolé le championnat de France et éliminé Liverpool (sacré champion ce week-end en Angleterre) et Aston Villa aux tours précédents. Côté Arsenal, avec l’absence préjudiciable de Partey, suspendu, c’est Merino qui glisse de l’attaque au milieu et le couteau suisse (mais international belge) Leandro Trossard qui est aligné en pointe en l’absence des spécialistes Havertz et Gabriel Jesus, blessés.
Un début idéal grâce à Kvaratskhelia et Dembélé
Si les visiteurs de l’Emirates Stadium se disent souvent déçus par l’ambiance pépère des lieux, l’avant-match a prouvé que les fans des Gunners pouvaient se mettre au niveau de l’enjeu. Seize ans qu’Arsenal attendait de se retrouver dans le dernier carré de la Ligue des champions, et la ferveur n’était pas feinte, comme lors de la démonstration face au Real Madrid en quart de finale (3-0) ou la victoire cet automne face aux Parisiens en phase de groupe (2-0). Après une minute de silence à la mémoire du Pape François, « un homme de paix et d’amour », l’arbitre slovène Slavko Vincic libère les 22 acteurs pour cette manche aller.
En tête, enfin, pas chez les Parisiens. Quatrième minute : Dembélé lance « Kvara » sur la gauche, le ballon est un peu long mais le Géorgien s’accroche et retrouve de l’extérieur du droit son coéquipier à l’intérieur de la surface. Le champion du monde 2018 reprend spontanément du gauche, le ballon « toppé » rebondit jusqu’au poteau entrant de David Raya, le gardien espagnol d’Arsenal, impuissant au terme d’une action où le PSG a enchaîné 27 passes durant plus d’une minute (0-1). Un début idéal pour une équipe du PSG qu’on disait touchée moralement après sa première défaite de la saison en Ligue 1 face à Nice vendredi (1-3). Dembélé met opportunément un terme à une série stérile de cinq rencontres et l’ambiance de l’Emirates baisse déjà d’un ton, alors qu’on entend la liesse des 2 500 Parisiens derrière le but de Donnarumma.
La suite après cette publicité
De fait, le premier quart d’heure est intégralement parisien, avec 73 % de possession et une nouvelle occasion pour Marquinhos, dont la tête cadrée trouve les gants de Raya (14e). Mieux, Kvaratskhelia, déchaîné, est stoppé de façon suspecte dans la surface par Timber (16e) mais malgré ses vitupérations, l’arbitre ne montre pas le point de penalty et le VAR ne le contredit pas. Ça pouvait se siffler… Dans son couloir gauche, l’ancien Napolitain pose des problèmes insolubles à ses cerbères, qui multiplient les fautes pour le neutraliser.
Donnarumma décisif peu avant la mi-temps
Et les joueurs de l’ancien milieu parisien Mikel Arteta (2001-2002), dans tout ça ? Dominés, presque spectateurs de la démonstration rouge et bleue. Kiwior envoie la première tentative cadrée (de la tête) sur Donnarumma, sans aucun danger, après 24 minutes. Quand le PSG déploie un pressing aussi agressif, même des stars comme Bukayo Saka ne peuvent s’exprimer. Quand il réussit neuf passes sur dix, le ballon devient invisible pour l’adversaire. C’est ce que doit se dire Arsène Wenger, l’ancien guide des Gunners durant 22 ans (1996-2018), présent en tribunes et manifestement admiratif de la performance et du culot des hommes de Luis Enrique.
À l’entame du troisième quart d’heure, le KO est proche
À l’entame du troisième quart d’heure, le KO est proche : Doué place une frappe au ras du poteau qu’on croit décisive mais Raya se détend magnifiquement sur sa ligne, Ruiz touche le montant dans la foulée mais il est signalé hors-jeu (31e). Histoire de ne pas s’endormir sur ses lauriers frais, Merino est repris par Neves dans la surface, il tombe, le duel est limite mais toujours pas de penalty alors que l’Emirates gronde (38e). Les dernières minutes sont plus difficiles, Arsenal se libère et l’oxygène se raréfie mais au final, une seule frayeur majeure pour Donnarumma, impérial dans son duel face à Martinelli (45e). Le PSG est devant, ce qui est déjà une performance en soi, grâce notamment à un « Kvara » à la fois artiste et guerrier.
L’inquiétude pour Dembélé, remplacé et peut-être blessé
Patatras virtuel en début de seconde période : sur un coup franc distillé dans la surface parisienne, les joueurs d’Arsenal reviennent tous de façon coordonnée d’une grossière position de hors-jeu (évidemment travaillée à l’entraînement), la défense du PSG patauge comme trop souvent sur ce type d’actions, Merino place une tête victorieuse mais l’Espagnol est finalement signalé hors-jeu après une interminable vérification de la VAR (48e). Avertissement sans frais, selon la formule consacrée, d’autant que dans la foulée, Trossard, servi par Rice, se présente seul devant Donnarumma. Mais le portier italien est encore « grandissimo » pour détourner la frappe du Belge en corner (55e).
Au fil des minutes, la domination des Gunners, toujours menés au score, s’intensifie mais Paris gère la situation très intelligemment, portant régulièrement le ballon dans le camp adverse et multipliant les séquences de possession pour faire baisser la température, faute de se montrer menaçant (à la 65e minute, zéro frappe depuis la 31e, soit plus d’une demi-heure). On le dit souvent, le PSG attaque superbement, mais il faut aussi reconnaître que cette équipe défend avec cœur et sérénité malgré la fatigue et les espaces qui s’élargissent.
Événement à la 70e minute : Dembélé, étendu sur la pelouse, baisse ses bas, comme musculairement blessé, et cède sa place à Barcola, le joker de luxe. Pas le temps de s’inquiéter pour le taulier et meilleur buteur de la saison (33 buts), il faut tenir le score et Donnarumma sort sa quatrième parade décisive de la soirée dans un angle fermé (77e).
Ramos touche la barre en fin de match
Paris est fatigué mais Arsenal aussi, et les occasions se raréfient. Après tout, ce 0-1 est une magnifique opération. Et 0-2 ? Pour quelques centimètres, sur une ouverture du remplaçant Ramos, peut-être hors-jeu, Barcola voit son intérieur du droit fuir le cadre de Raya (84e) et le Portugais tape la barre une minute plus tard d’un improbable pointu ! « Je travaille beaucoup ce type de frappe, rigolait le Portugais après coup. Pour la qualification, rien n’est fait mais on regarde Arsenal dans les yeux et ce soir, on a gagné. Je suis très content. »
Plus proche du break que du match nul, cet admirable PSG boucle un match aller quasi parfait avant le retour mercredi prochain, dans un Parc des Princes sans doute rugissant à l’idée d’envoyer les siens en finale de la Ligue des champions, le 31 mai à Munich. Ce n’est pas encore fait, bien sûr, mais ça sent sacrément bon, quand même. Et si la présence de Dembélé reste incertaine, Luis Enrique en est convaincu : le PSG saura se montrer soudé et performant, avec ou sans lui.
Source : Lire Plus





