Si l’on s’essaie à une sorte de flash-back de notre vie politique de ces douze derniers mois, d’aucuns pourraient être tentés de voir dans la question de la maîtrise de notre dépense publique la racine exclusive de la surprenante tournure prise par des événements, dont on mesure avec difficulté les conséquences qui pourraient en résulter à brève comme à moyenne échéance. Les sources de la dissolution aussi brutale qu’inattendue du printemps 2024 ne sont pas sans lien avec l’enjeu budgétaire. Quelque part, le dérapage des finances du pays l’an dernier en atteste.
Incertitude économique grandissante
Le fait qu’aucune loi rectificative n’ait été envisagée avant les européennes, nonobstant la connaissance de la situation comme l’a relevé l’ancien ministre de l’Economie, Bruno Le Maire, renforce ce constat. Tout laisse à penser même qu’il s’agirait là du mobile principal, du MacGuffin pour reprendre une formule cinématographique, qui aura présidé à la décision présidentielle de dissoudre avant le terme final d’une législature sans majorité absolue.
Façon de retrouver des marges de manœuvre parlementaires ou de se débarrasser d’un fardeau sans autre issue que des « larmes, de la sueur et du sang » social et économique, Emmanuel Macron aura ainsi acté en renvoyant les députés devant leurs électeurs l’insoluble épreuve qu’une majorité relative ne permettait pas en son temps de surmonter.
Tailler dans le vif pour éviter que la France ne plonge dans l’incertitude des marchés
Pour autant, les résultats des législatives auront encore plus complexifié le problème, le rendant quasi insurmontable. S’il est parvenu, à la différence de son prédécesseur Michel Barnier, à faire adopter un budget a minima, François Bayrou n’en demeure pas moins confronté au mur de la dette. Il lui faut dès lors tailler dans le vif pour éviter que la France ne plonge dans l’incertitude des marchés et la pression de ses créanciers. Il est minuit… moins le quart avant l’heure de vérité.
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L’impasse parlementaire sous Macron
Sans équilibre parlementaire, conscient au vu de certains sondages que l’opinion a compris que le problème de la dette était désormais existentiel tant pour les générations futures que pour notre souveraineté, il convient néanmoins de s’assurer de l’adhésion de nos compatriotes afin d’impulser et de légitimer les réformes susceptibles de reprendre la maîtrise des déficits et le contrôle de la trajectoire budgétaire. Dès lors, le Premier ministre cherche « une porte étroite ». À ses yeux, le référendum pourrait être celle-là, quand bien même le recours à l’outil référendaire relève des prérogatives du président de la République.
Et c’est sans doute pour François Bayrou une manière de confronter le chef de l’État à ses propres responsabilités que de lui demander d’ouvrir le chemin à une consultation du peuple, ne serait-ce que parce que le dérapage des finances publiques est indissociable des politiques conduites sous l’autorité présidentielle, et que l’instabilité gouvernementale dans laquelle la nation est entrée résulte aussi de la dissolution commencée par cette même autorité. Encore une fois, tout remonte à l’Élysée, esprit des institutions oblige. Le Premier ministre envoie un message à celui qui l’a nommé, il faut s’en souvenir, sous sa forte contrainte. Il redouble même la pression sur le président en le ramenant à son bilan autant budgétaire qu’institutionnel.
Le référendum s’apparenterait à une sorte de quitte ou double
En d’autres termes, François Bayrou laisse entendre qu’il est disposé à passer la vitesse supérieure, en s’engageant dans une voie sacrificielle, sous réserve de ne pas être seul à franchir le Rubicon et qu’Emmanuel Macron veuille bien également « mouiller la chemise ». Dans ces conditions, le référendum s’apparenterait à une sorte de quitte ou double, le couple exécutif devant être aussi solidaire dans le succès que dans la défaite. Une perspective qui rend à ce stade relativement hypothétique la proposition du Premier ministre qui non sans logique tire jusqu’à son terme les conséquences d’une situation politique qu’il subit en raison des choix présidentiels.
*Arnaud Benedetti est rédacteur en chef de la Revue Politique et parlementaire et professeur associé à l’Université Paris Sorbonne.
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