Si le choix d’un nouveau pape continue de fasciner le monde entier, ses modalités sont une longue marche – jamais acquise – à travers les siècles vers l’indépendance des autres pouvoirs. Ce n’est, en effet, que progressivement que l’élection papale a pris la forme qu’on lui connaît, celle de cardinaux entrant en procession dans la chapelle Sixtine, avant que les portes se ferment et que les mots fatidiques retentissent en latin : « Extra omnes » (« Tous dehors ! »).
Dans les premiers siècles, les premiers successeurs de Pierre – Lin, Clet, Clément… tous morts martyrs ! – étaient élus par le peuple et par le clergé de Rome. Puis le scrutin fut réservé au seul clergé, pour échapper au tumulte populaire et aux intrigues politiques. Au VIe siècle, le pape Symmaque a même défendu à quiconque de faire campagne !
L’Église a dû ensuite se protéger des puissances temporelles, combat qui a duré jusqu’au XXe siècle. Les Carolingiens, suivis par le Saint Empire romain germanique au Xe siècle, imposent que l’élection ne soit valable que si elle est confirmée par l’empereur. D’où des conflits et l’élection d’antipapes… En 1059, le pape Nicolas II réagit en abolissant ce privilège impérial. En 1179, Alexandre III et le concile du Latran fixent la règle, toujours en vigueur, de la majorité des deux-tiers nécessaire pour être élu. Cela donne au pape une légitimité incontestable, et tend à montrer au monde que l’action de l’Esprit saint peut amener à un large consensus, bien au-delà des capacités humaines !
Ce n’est qu’en 1274 que le mot « conclave » est employé, au concile de Lyon, avec là encore des dispositions qui ont traversé les siècles. Il est stipulé que les cardinaux seront enfermés dans une pièce fermée à clé – cum clave. Et ils n’en sortiront que l’élection faite. Avec d’autres règles très strictes, abolies depuis, pour hâter le vote : après trois jours, ne sera servi aux cardinaux « qu’un seul plat pour le déjeuner et pour le dîner » ; après huit jours, on ne leur donnera « que du pain, du vin et de l’eau jusqu’à ce que l’élection se fasse ».
Mais cette réclusion n’a pas empêché totalement l’ingérence et la tentation d’influencer le vote. En 1549, l’ambassadeur de France à Rome fait passer des messages codés par les toits aux cardinaux français. Un droit de veto sera même revendiqué par l’Espagne, la France et l’Autriche-Hongrie pour s’opposer, en plein conclave, à la nomination d’un cardinal qui a des chances d’être élu pape. Ce droit ne sera aboli qu’en 1904 par le pape Pie X.
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Depuis lors, les chefs d’État et de gouvernement ont renoncé à intervenir directement dans les conclaves. Mais à l’heure des réseaux sociaux omniprésents, les médias ont pris le relais en cherchant à influencer le vote des cardinaux. Raison pour laquelle toute relation avec l’extérieur est interdite aux cardinaux, que ce soit par des visites, du courrier, le téléphone ou autre moyen de communication. Comme l’a souligné le cardinal David, des Philippines, qui participe au conclave de 2025, « un conclave est une retraite. Les cardinaux prieront, et c’est dans l’esprit de la prière que nous demanderons […] qui le Seigneur veut pour succéder au pape François. C’est pourquoi nous avons une grande obligation morale et spirituelle d’entrer dans le conclave, non pas dans un esprit politique, mais dans un esprit de prière ».
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