Le 6 avril dernier, Marie-Christine Dalloz, candidate LR à la législative partielle de la 2e circonscription du Jura, est largement réélue. En février, les Républicains ont décroché deux autres victoires à leur fronton, la municipale de Villeneuve-Saint-Georges, emportée par Kristell Niasme, et la législative partielle de Boulogne-Billancourt, où Élisabeth de Maistre a terrassé un candidat Horizons. Trois élections ne font pas une victoire à la présidentielle, mais elles illustrent le réveil des Républicains et de leurs électeurs qui, pour certains s’étaient rabattus sur le vote Macron et, pour les autres, se terraient dans l’abstention.
Ces dernières semaines, ils sont nombreux à reprendre leur carte au parti, passé de 43 000 à plus de 120 000 adhérents. Une jauge à faire pâlir d’envie Renaissance, dont le nombre d’adhérents à l’automne dernier était de… 8 500 – le chiffre actualisé n’ayant jamais été rendu public –, le PS en revendiquant autour de 50 000. Ces chiffres, les concurrents politiques du duo Retailleau-Wauquiez les observent de près, avec l’inquiétude prudente d’un retour de la droite au premier plan pour la première fois depuis douze ans et le départ de l’élysée de Nicolas Sarkozy.
Pas de combat des chefs
Neuf mois après le retour aux affaires de la droite emmenée par le duo Wauquiez-Retailleau, les sondages sur la présidentielle, plaçant notamment le second au-delà des 10 % (11 % dans l’étude Ifop/JDD du 30 mars) viennent perturber le jeu pour 2027. Et pour cause : Retailleau est la personnalité la plus populaire du gouvernement tant auprès des électeurs d’Emmanuel Macron (49 %) que des sympathisants du RN (26 %), selon une étude Elabe de début avril.
Les deux leaders des Républicains sont certes encore loin d’une qualification au second tour, mais leur capital de départ entretient l’espoir. C’est sans doute la raison pour laquelle leur duel pour la présidence des Républicains n’a pas tourné au combat des chefs version Copé-Fillon de 2012, l’un et l’autre étant conscients que la victoire n’est pas hors de portée. Laurent Wauquiez, à l’ambition carnassière, n’a-t-il pas publiquement assuré que, quelle que soit l’issue du vote des militants, il soutiendrait la candidature de Retailleau pour 2027 si celui-ci était le mieux placé ? Rarement Républicain n’aura autant fait preuve de sens du collectif…
Discours assumé
Sur le fond, la droite gaulliste a de sérieux arguments pour grignoter les électorats macroniste et RN. Édouard Philippe et ses récentes positions sur le voile dans le sport, se refusant à l’interdiction sur tous les terrains de sport – hors compétition officielle –, assume, au nom de la liberté individuelle, de ne pas céder à une stricte fermeté que beaucoup d’électeurs de droite espèrent. Bruno Retailleau, en écho, proclame : « Vive le sport et à bas le voile ! », signe de « soumission » et non de « liberté », revendique le ministre de l’Intérieur. Comptable de l’héritage d’Emmanuel Macron, peu lisible sur les sujets de sécurité et d’immigration, Édouard Philippe apparaît par comparaison avec Retailleau comme plus proche du centre, voire du centre gauche, que des électeurs de sa famille d’origine.
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Sur l’autre bord, le discours conservateur, voire « tradi » assumé de Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez rejoint, sans l’assumer totalement, les priorités de l’électorat d’Éric Zemmour et d’une partie du RN. Le volontarisme affiché de Bruno Retailleau sur la mise en œuvre des obligations de quitter le territoire, même s’il a du mal, dans les faits, à le traduire en chiffres, flatte les sympathisants RN. Difficile d’en faire une cible pour les élus lepénistes qui ont par ailleurs voté des deux mains la loi contre le narcotrafic portée par le duo Retailleau-Darmanin.
La manœuvre est d’autant plus réussie qu’elle démontre à une partie de l’opinion préoccupée par les problématiques d’insécurité que lorsque le RN discourt, la droite aux affaires agit. Plus inattendue, l’éventualité d’une candidature Bardella en 2027 – dans le cas d’un empêchement judiciaire de Marine Le Pen – pourrait profiter à son concurrent LR. Là où la patronne historique du RN développe un programme économique tourné vers les classes populaires, les « petites gens », Jordan Bardella défend les entrepreneurs, les investisseurs – il les a célébrés jeudi dernier à Narbonne lors du meeting du 1er-Mai. Il aura du mal à gagner leurs suffrages en cas d’une candidature forte de la droite républicaine qui est historiquement celle que privilégient les milieux d’affaires. Bardella courrait le risque de s’effriter auprès des électeurs des bassins miniers en les sous-traitant, sans gagner de voix chez les patrons.
À la question de savoir qui du candidat RN ou de celui du socle commun aurait le plus à craindre d’une présence de Retailleau, voire de Wauquiez, dans la perspective d’une qualification au second tour, les analyses divergent. Fataliste, un proche d’Édouard Philippe considère que le choix entre l’offre de son champion et l’offre « plus conservatrice et antilibérale » devra être tranché par les électeurs, assumant un clivage marqué. Audacieux, un politologue évoque l’hypothèse d’un Retailleau siphonnant l’électorat du RN à l’image de Nicolas Sarkozy en 2007 s’il parvient, dans les actes, à incarner l’efficacité en matière de lutte contre l’immigration. Une façon de souligner qu’avec le retour de la droite, les cartes sont totalement rebattues à deux ans de la présidentielle.
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