Lorsque le mur de Berlin est tombé, une certaine vision gaulliste du monde a été balayée par une classe politique avide de modernité. Les héritiers du RPR se sont laissés emporter par la révolution néolibérale anglo-saxonne, tandis que le mitterrandisme faisait de l’Union européenne le nouvel horizon de la pensée socialiste.
Dans cette nouvelle ère, la notion de souveraineté est devenue un fardeau idéologique, reléguée aux oubliettes dans une société qui privilégiait désormais les dynamiques de flux plutôt que les considérations territoriales. Enveloppée dans le vieux drapeau tricolore alors que la mode était aux douze étoiles, l’idée de souveraineté était souvent associée à des relents nationalistes et vieillots, comme un écho à une monarchie révolue. Le mot-même, devenu vintage, semblait déconnecté des enjeux modernes : un contrôle territorial, un peuple et un héritage. Pour ceux qui comprenaient encore ce que cela signifiait, mais n’en voulaient plus, le silence était bien plus stratégique. La souveraineté, perçue comme un vestige du passé, était stigmatisée, associée à la guerre et au nationalisme, pendant que l’Europe fédérale, la mondialisation et le marché libre étaient élevés au rang de valeurs progressistes d’avenir.
Les référendums de 1992 et 2005 ont marqué ce tournant dans l’histoire politique française, une époque où, comme sur un champ de bataille, les partisans de la souveraineté furent terrassés pour avoir voulu défendre une certaine idée de la France et de la République. Philippe Séguin fut marginalisé, de Villiers raillé, Chevènement réduit à l’ombre de son influence. La victoire des libéraux, tant à droite qu’à gauche, fut totale au départ de Jacques Chirac, marquant le début d’une fusion idéologique qui allait donner naissance au macronisme. C’est à cette époque que le ministère de l’Industrie disparut, que la stratégie « des noyaux durs » se volatilisa avec l’internationalisation du CAC 40 et que les gouvernements successifs se bornèrent à mettre en place un traitement social du chômage.
Des choix bafoués
Mais ce processus n’a pas été sans heurts. Le désordre s’est installé dans la société. Derrière la souveraineté, il y avait un peuple qui ne voulait pas mourir. Nombre de citoyens, amers, n’ont jamais pardonné à leurs représentants d’avoir bafoué le choix populaire de 2005 pour faire passer un mini-traité européen. Treize ans plus tard, face à la dégradation économique, les Gilets jaunes ont réclamé une démocratie plus directe, un retour à un contrôle qui leur semblait perdu.
La mondialisation a produit ses effets. Elle a permis un enrichissement sans précédent de la population mondiale. Néanmoins, elle a fini par buter sur la résilience des sociétés humaines. L’immigration massive a déstabilisé les sociétés en important des communautés qui ont leurs rites, leurs coutumes et leurs religions, et produisent des mini contre-sociétés. Les délocalisations ont fragmenté les chaînes de valeurs tout en fragilisant la classe moyenne occidentale, qui, aujourd’hui, opte pour un patriotisme protectionniste. Celle-ci préfère sacrifier la promesse de prix bas en échange de salaires plus élevés. L’ultra-sensibilité écologique rend du reste désormais absurdes les déplacements d’hommes et de marchandises pour quelques centaines d’euros. La dérégulation des marchés a rendu les États plus vulnérables, favorisant le court-termisme et alimentant la peur d’une crise qui engloutirait tout. La logique de marché, en envahissant toutes les sphères de la vie humaine, a engendré une crise de sens.
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La France sort affaiblie de cette phase. Son agriculture, trop spécialisée, risque de se voir reléguée. L’industrie, héritière du colbertisme, a été démantelée, parfois sacrifiée pour les services ou la transition écologique. Son modèle républicain – école, démocratie, nation – vacille sous le poids des flux migratoires qui dépassent les capacités d’absorption. Ses finances sont en déroute. Et son modèle social, fondé sur la valeur travail, est en péril, fragilisé au profit de la rente capitalistique. Les Français sont désabusés. Comme d’autres peuples, ils pourraient se tourner vers des solutions autoritaires pour restaurer l’ordre et reprendre le contrôle de leur destin.
Les États-Unis et la Chine sont en guerre économique, le libre-échange se régionalise et les budgets militaires explosent
L’élection présidentielle de 2027 sera à ce titre décisive pour enrayer le déclin. Elle marquera la fin d’un cycle où Emmanuel Macron, deux décennies après Blair et Clinton, aura tenté de faire de la « mondialisation heureuse » un projet politique pour la France. Elle sera une ultime occasion de proposer une alternative. Un tournant radical pourrait se dessiner : les États-Unis et la Chine sont en guerre économique, le libre-échange se régionalise et les budgets militaires explosent. Pour les Français, la question est de savoir comment retrouver le contrôle de leur destin. Comment repenser l’économie pour rapatrier nos centres de production et de décision, limiter notre vulnérabilité ? Comment jouer un rôle de pont entre le Sud global et l’Occident, pour éviter une guerre de civilisations ? Comment gérer le problème de l’immigration massive et éviter une guerre éthique ou civilisationnelle sur notre territoire ? Comment redresser les comptes tout en préservant notre modèle social sans sombrer dans une logique d’austérité ? Et comment préparer les jeunes générations à la nouvelle donne géopolitique, alors que la démocratie semble de plus en plus inefficace ?
C’est dans ce contexte que l’institut a pris le nom de Valmy. Ce n’est pas un choix anodin : il s’agit de rappeler que c’est la République et la nation qu’il convient de sauver, en reprenant le chemin de la souveraineté et de l’indépendance, sans pour autant renier l’Europe ou l’économie de marché.
Mettre fin au simulacre
La mise en œuvre d’une politique de souveraineté viserait plusieurs objectifs. Elle rétablirait progressivement la capacité à trancher entre de véritables options politiques lors des élections, en mettant fin au simulacre actuel avec, en aval, une vraie capacité de mise en œuvre ; elle s’attacherait à une augmentation du pouvoir d’achat grâce à la revalorisation des métiers de production et plus largement du travail ; elle présiderait à la renationalisation partielle d’une partie de la consommation nationale ; elle aurait pour objectif le maintien d’un modèle social solidaire et généreux ; in fine, elle accoucherait d’un assainissement progressif des finances publiques non pas par la politique du rabot mais par la dynamisation de l’économie, et redonnerait à la France les moyens de ses ambitions mondiales.
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