Il n’a pas pu s’empêcher : « I love Melun », en lettres rouges sur la façade mythique de l’Olympia, ce 12 avril. Elle arbore son nom, celui de Marie Reno, sa sœur qui assure sa première partie, et entre les deux, cet improbable « I love Melun » qui vient d’une casquette floquée offerte il y a quelques mois par une spectatrice entreprenante. Les réparties de l’humoriste mi-embarrassé, mi-piqué au vif ont donné une séquence savoureuse, dont la vidéo a connu un franc succès.
Franjo est tout entier dans cette manière de célébrer la consécration de jouer à l’Olympia : la dérision bien ordonnée qui commence par soi-même, les échanges complices avec son public, et bien sûr la morne ville de Seine-et-Marne où il a grandi, filon inépuisable de vannes sur les galères de la France périphérique…
L’actualité est sa matière première
Cette fois, ce n’est pas la ligne R du Transilien, mais il râle tout de même contre la SNCF, à qui il impute son retard quand on le rencontre un samedi, au République, à Paris. C’est l’ancien Caveau de la République, une salle plus petite, haut lieu de l’humour, qu’il remplit du jeudi au samedi quand il n’est pas en tournée. Franjo se fendra quelques jours plus tard d’une vidéo revancharde, tournée à la gare de Fontaine-le-Port : « *Ta-da-dadam* En raison de la présence de feuilles mortes sur les voies… »
Plus que la vie quotidienne, l’actualité est la matière première de ce trentenaire qui a vu sa notoriété décoller grâce à Internet. Ses vidéos s’intitulent « Russie-Ukraine », « Elon Musk le nazi », « Le Pen est mort », « Révolution agricole », « Israël ou Palestine »… Un goût pour les sujets sensibles ?« J’adore commenter l’information », sourit-il. Grâce à un don d’ubiquité acquis pendant les confinements, il incarne lui-même tous ses personnages, au prix d’un gros travail de montage. Avec trois archétypes récurrents : le Gaulois réfractaire, qui se méfie des idées reçues et des grands médias ; le « débile » qui s’interroge sur la vignette Crit’Air des chars russes pour leur arrivée à Paris ; enfin, simplet d’un autre genre, le conformiste, électeur éclairé shooté à BFMTV, au Pfizer et à toutes les certitudes raisonnables. Lequel est le vrai Franjo ? « Quand j’écris, je me dis que je peux être un peu des trois… »
« Je suis humoriste, pas homme politique ou étendard »
Ses vannes parlent mieux de lui que lui-même, qui rechigne à se définir. On pourrait résumer son fonds de commerce humoristique à un bon sens interdit. Plus intuitif qu’intello, il a des fulgurances, le goût de l’absurde et de la logique imparable, le sens de la formule, le tout balancé avec un flegme apparent qui masque un travail acharné – sa sœur Marie l’a balancé, mais il reconnaît volontiers être « presque un moine ».
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C’est pendant le Covid que son audience a décollé. L’Absurdistan triomphant était une matière abondante. Il s’en est régalé, du délinquant gourmand – « J’ai trouvé un moyen de ne pas porter le masque, il suffit de manger tout le temps » – à la risible mise en pratique du passe sanitaire. Jusqu’à la troisième dose : « On nous annonce que c’est valable quatre à six mois… C’est pas un vaccin, c’est un lissage brésilien ! »
Franjo assume aujourd’hui avoir fait son miel des injonctions et des contradictions : « On n’était pas nombreux à dire qu’il y avait des choses qu’on nous forçait à respecter qui n’avaient aucun sens, assume-t-il. On n’avait pas le droit de réfléchir. Tout de suite, on était traité de complotiste, d’extrémiste. Il n’y avait aucune nuance. » ll s’est pourtant montré visionnaire : « Oh non, le vaccin ne sera pas obligatoire, on est en démocratie ! Mais bon, on sera un peu obligé de le faire quand même… » lançait-il en « professeur Jean-Luc Verlan » dans une émission de « BFN ». Dès la fin… 2020, époque où l’hypothèse relevait de la science-fiction tendance parano-apocalyptique
Toujours sur un fil, il a poursuivi avec les brigades énergétiques, la censure audiovisuelle, les oukases féministes… Jonglant avec brio entre scène et vidéo, il incarne cette France ordinaire qui râle contre les grèves, la surimposition, l’inertie de la fonction publique… Celle qui renâcle devant les lubies de l’air du temps, peut-être celle qui fume des clopes et qui roule au Diesel. Porte-parole des Gilets jaunes ? Sur scène, il décline d’une pique : « Je les aime bien, mais je vise un public qui a de l’argent… J’ai envie de jouer dans un théâtre, pas sur un rond-point entre deux barbeucs ! »
Laissant les étiquettes aux pots de confiture, il s’en moque ouvertement dans un sketch grinçant
La ligne jaune, c’est celle avec laquelle il flirte. À droite ? Laissant les étiquettes aux pots de confiture, il s’en moque ouvertement dans un sketch grinçant sur une émission de « France Contraire » : « – Franjo, pour faire simple, vous étiez à la base humoriste, vous êtes aujourd’hui activiste Gilet jaune, représentant de l’extrême droite, étendard des anti-vaccins… – Je vous interromps une minute, je suis toujours humoriste. Pas homme politique ou étendard… »
Le simplisme ainsi assaisonné, il consent tout juste à se dire antisystème : « Je ne prétends pas avoir raison. J’essaie juste de montrer des incohérences. Rien que ça, c’est drôle. » L’inclassable n’évite pas les ennuis : compte Twitter supprimé au plus fort de la censure pré-Musk, compte YouTube démonétisé… « L’espace de liberté est plus grand sur scène, quand tu ne dépends pas des réseaux. »
Il se dévoile dans ses vidéos et sur scène
Il travaille en famille (de « gitans », dixit Marie), a un temps vécu du poker… On n’en saura pas beaucoup plus ; c’est dans ses vidéos et sur scène que François-Joseph – « un bon prénom de merde » – parle vraiment de lui. Malgré lui ? Il évoque les rencontres : « Moi, je suis sapiosexuelle. – Ça veut dire quoi ? – Ben que t’es recalé. » La religion : « J’ai un ami qui est devenu prêtre. Ça fait bizarre de passer de “salut ma couille” à “bonjour mon père”. » Il se dévoile aussi dans un exercice que son public apprécie autant que lui : les échanges improvisés… Ceux de l’Olympia, sans doute moins propice qu’une salle intimiste comme le République, n’ont pas atteint des sommets ; ça ne peut pas mordre pas à tous les coups…
Dans ses best of, on retrouve la cour effrontée que lui fait une fille sensible à ses vacheries souriantes, ou l’interpellation que lance une autre qui trouve qu’il ne va plus assez loin dans le politiquement incorrect. « Ce que tu veux, c’est une fin de carrière, en fait », rétorque-t-il en s’esclaffant, expliquant qu’il ne peut pas trop brusquer ceux qui le découvrent… Il tourne encore un an avec ce spectacle, jusqu’à la der des ders, le 30 avril 2026 au Grand Rex. Autant de nouvelles opportunités de dialogues impayables… Et d’occasions de percer le mystère Franjo : sur scène, tout n’est pas vrai… Mais rien n’est faux !
À Paris et en tournée au Québec, à Mennecy, à Romans-sur-Isère, au Havre… Toutes les dates sur linktr.ee/franjoreno
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