Le JDNews. Vous portez la responsabilité de faire du Maroc un hub digital régional. L’IA exige des data centers puissants et énergivores. Quelle est votre stratégie pour développer et financer ces infrastructures ?
Amal El Fallah Seghrouchni. Le Maroc abrite le plus grand data center d’Afrique à Ben Guerir et attire aujourd’hui de nouveaux investisseurs internationaux pour en développer d’autres, notamment dans le sud du pays. Dakhla ou le Sahara apparaissent comme des zones idéales : stables, non sismiques, proches des ressources en hydrogène vert, éolien et solaire… Nos partenaires internationaux manifestent un fort intérêt pour y développer des data centers et du cloud.
Comment le Maroc choisit-il ses partenaires numériques ?
Nous sommes ouverts à tous les partenaires prêts à avancer avec nous. Nous collaborons activement avec l’Afrique, le Moyen-Orient, l’Europe, les États-Unis, et aussi la Chine. Notre seule ligne rouge, dans un contexte « gagnant-gagnant », est l’intégrité territoriale. C’est non négociable. Nous entretenons des relations particulièrement fortes avec l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar.
Et la France ?
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C’est une évidence ! Ce serait comme me demander : « Est-ce que vous travaillez avec Casablanca ? » Les relations franco-marocaines sont au beau fixe et depuis la visite de la délégation du président Macron, de nombreuses coopérations se sont mises en place.
Les petites villes du nord comme Midar, dans la province de Driouch, seront-elles pleinement embarquées dans la transition numérique, au même titre que Casablanca ou Marrakech ?
Sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et dans le cadre de la déconcentration, nous avons lancé les « Jazari Institutes » avec une première implantation à Guelmim-Oued Noun pour dynamiser l’innovation dans les régions du sud et promouvoir une croissance inclusive.
Pour nous, il n’y a pas de zones blanches : le digital et la connectivité doivent être accessibles partout, tout comme la formation. Ces instituts intègrent des « digital corners » et, avec la poste du Maroc, nous prévoyons de mettre en place des relais digitaux – des lieux où l’on vient non plus pour poster une lettre, mais accéder à des services administratifs avec un accompagnement humain, essentiel dans un pays où l’analphabétisme, y compris numérique, reste une réalité pour une partie de la population.
Quand des chercheurs sont payés au prix fort à l’étranger, comment convaincre les talents de venir ou de rester au Maroc ?
Je fais la différence entre travailler pour le Maroc et être au Maroc. Beaucoup de Marocains de la diaspora travaillent à l’international tout en contribuant activement au développement du pays, et c’est très précieux. Beaucoup de chercheurs choisissent de ne pas s’exiler, à condition d’avoir des salaires décents. Si certains reviennent aujourd’hui – j’en fais partie – ce n’est pas pour le salaire, mais par conviction, parce qu’il y a un véritable projet de développement pour le pays.
Pourquoi est-il crucial que l’Afrique ait une place dans la gouvernance mondiale de l’IA ?
Si nous ne participons pas à la régulation, nous subirons des règles « made ailleurs » qui ne sont pas forcément en notre faveur. Regardez l’Europe, qui a mis des années à élaborer l’AI Act. En tant que Marocains, en tant qu’Africains, nous voulons que notre voix soit entendue dans ces instances internationales. De nos jours, les frontières sont aussi technologiques : elles se dessinent à travers les régulations, qui redéfinissent les règles au-delà des territoires.
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