
Il est apparu ému, au balcon de la basilique Saint-Pierre, derrière ses lunettes rectangulaires, vêtu du camail et de l’étole que Benoît XVI avait endossés et que François avait abandonnés lors de son élection, préférant se montrer dans sa simple soutane blanche. Signe des temps ? « La paix soit avec vous ! » a-t-il lancé en italien. « Leon ! Leon ! » s’est exclamée la foule de la place Saint-Pierre en retour.
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Pour la plupart, les fidèles ne connaissent pourtant pas encore ce pape : le cardinal Robert Prevost, 69 ans, faisait bien partie des papabili, mais pas au rang des favoris, plutôt dans une acception élargie. En second rideau, l’archevêque de Chicago était néanmoins pressenti parmi les cardinaux pouvant émerger comme une figure de compromis, tout en incarnant la continuité du pape François. Ce prélat discret qui avait la charge du stratégique dicastère pour les évêques au Vatican est « un augustinien », comme il l’a d’ailleurs rappelé dès sa première prise de parole en tant que souverain pontife.
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Le 267e souverain pontife de l’histoire, élu au cinquième tour, appartient en effet à l’Ordre de Saint-Augustin, ordre mendiant qui porte le nom d’Augustin d’Hippone, philosophe et théologien, docteur de l’Église. C’est pour cet ordre de droit pontifical que Robert Prevost a été ordonné prêtre en 1982, avant d’être aussitôt envoyé en mission au Pérou. En 1999, de retour à Chicago après quinze ans passés au Pérou au total, il est élu prieur de son ordre : il remplira cette mission jusqu’en 2013, année de l’élection du pape François. Un an après, le premier pape des Amériques nomme Robert Prevost évêque de Chiclayo, au Pérou. En 2023, il est appelé au Vatican, et créé cardinal par François qui l’avait rencontré en 2018 lors d’un voyage pontifical : dans ses nouvelles fonctions, le cardinal Prevost supervise la nomination de tous les évêques du monde, et assure également la présidence de la Commission pontificale pour l’Amérique latine.
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Des qualités de médiateur
Léon XIV parle cinq langues : outre l’anglais, il parle couramment l’italien, sa langue maternelle, le français, sa langue paternelle, l’espagnol et le portugais. Spécialiste du droit canon, il a dirigé pendant dix ans le séminaire des Augustins de Trujillo. Il allie des qualités de médiateur et de discrétion, qui ont pu rassurer la curie et le Collège des cardinaux après les tempêtes du pontificat du pape François. Pour maintenir l’unité de l’Église, enjeu brûlant, c’est donc au premier pape de l’Amérique du Sud que succède le premier pape issu d’Amérique du Nord.
Envoyé spécial du JDD aux États-Unis, Alexandre Mendel avait envisagé, dans un reportage à « Chicago la démocrate », que le natif de la Windy City puisse surmonter l’obstacle d’être américain, par la volonté de l’Église d’offrir « un contrepoids spirituel et politique à Donald Trump ». Avec pour atouts d’être « proche de la ligne du défunt pape » et d’afficher « un profil résolument pastoral, plus que doctrinal ».
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Sa première prise de parole, qui s’est achevée une heure et demie après la fumée blanche, a esquissé une continuité avec le pape François : Léon XIV a évoqué la synodalité, « les ponts » à construire, référence aux positions de François sur l’immigration, le dialogue, et a lancé « un appel de paix » à tous les peuples. Il s’est aussi adressé à ses anciennes ouailles du Pérou, en espagnol. Surtout, le pape des Amériques a aussi résumé dans une formule aux airs de programme les défis de l’Église, pour elle-même et pour le monde dans lequel il se trouve élu : « Le mal ne gagnera pas. »
Critique de Donald Trump… qui l’a félicité
Profil missionnaire, atypique, aux qualités d’écoute reconnues, Léon XIV a aussi une expérience de gouvernement, pendant deux mandats de six ans chacun pour l’Ordre de Saint-Augustin, puis dans ses fonctions, relativement récentes, au Vatican. Il a pu affiner son sens politique en affrontant les crises politiques successives au Pérou. Il a déjà affronté une polémique médiatique, pour son manque de sévérité en septembre 2000 à l’égard d’un religieux de son ordre condamné pour abus sexuels sur mineurs. À la tête du dicastère pour les évêques, le cardinal Prevost a dû mettre en œuvre les sanctions contre les abus, durcies par un motu proprio du pape François promulgué en mai 2019. Il a été impliqué dans les grands travaux lancés par son prédécesseur sur la « synodalité », c’est-à-dire la participation de l’Église dans toutes ses dimensions, du peuple de Dieu dans toutes ses composantes, à l’exercice de sa mission. Il a partagé la volonté du pape François d’impliquer davantage de femmes dans le gouvernement de l’Église, tout se déclarant lui aussi opposé à leur « cléricalisation » (ordination comme prêtres ou diacres).
Donald Trump, « impatient » de le rencontrer, a félicité le nouveau pape : « Quelle excitation et quel grand honneur pour notre pays », a publié le président des États-Unis sur son réseau Truth Social, en réaction à l’élection de celui qui avait émis et relayé des critiques virulentes de sa politique et de celle de son vice-président J. D. Vance, notamment via son compte sur le réseau X.
Le souverain pontife a choisi par son nom de s’inscrire dans les pas du pontificat de Léon XIII, le plus long de l’histoire de l’Église. Léon XIII s’est aussi distingué par un nombre record d’encycliques publiées : 86. Dont une majeure, Rerum Novarum, publiée en 1891, l’encyclique qui a défini les bases de la doctrine sociale de l’Église. Dans ce texte politique, le pape rappelait l’importance du respect de la dignité humaine, en particulier des ouvriers, dans le contexte de la révolution industrielle qui bouleversait le travail et la société. Considéré comme un pape intellectuel, Léon XIII a aussi participé à la relance de la théologie « thomiste », qui s’appuie la pensée du saint et philosophe Thomas d’Aquin.
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