L’image du président américain la semaine dernière, grimé en nouveau Pape, n’a pas été du goût de tout le monde. Donald Trump l’a dit lui-même : c’était de l’humour et en rien une volonté de peser dans la balance de l’élection du nouveau souverain pontife.
Ce n’est donc a priori pas un cadeau pour Donald Trump, qui s’est empressé de saluer l’élection de Léon XIV, clairement inscrit dans la continuité du Pape François avec qui il entretenait des relations assez conflictuelles. Le progressisme qui a gagné au sein de l’Église avec ce choix ne devrait pas faire les affaires du milliardaire, certes heureux qu’un Américain soit élu pour la première fois de l’histoire souverain pontife, mais qui était porté sur un autre candidat de son pays : l’archevêque de New-York, Timothy Michael Dolan. Problème : même lui avait critiqué la publication de l’image gonflée à l’intelligence artificielle de Trump en nouveau Pape sur les réseaux sociaux.
Dans un contexte mondial instable et secoué au quotidien par Trump, le nouveau Pape pourrait s’ériger en rempart spirituel, moral et social face à la nouvelle administration américaine. Très rapidement, des candidats comme le cardinal guinéen Robert Sarah, très conservateur et anti-woke, chouchou des droites occidentales, avaient été largement écartés des pronostics.
De toute façon, il était difficile de voir un tel Pape être élu, puisque plus des ¾ des nouveaux Cardinaux qui ont voté ont été choisis par le Pape François. La révolution qu’il a instillée au sein de la curie devrait en partie durer, mais le choix de Léon XIV est non seulement un compromis avec le Vatican, un peu trop secoué ces dernières années, mais aussi un pied de nez à Trump.
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« Trump risque d’avoir maille à partir avec ce nouveau Pape »
Un Américain, progressiste, qui devrait contester nombre de prises de position et décrets du Président américain, c’était sûrement « humainement parlant » un « bon choix » de raison. Mais il y a aussi un autre élément important : rallier les catholiques et les unifier face à la montée inexorable des Évangéliques qui ont été à 80 % derrière Trump lors de la dernière élection.
En novembre 2024, Trump a aussi obtenu environ 59 % des voix des catholiques blancs en 2024, contre 39 % pour Harris, soit plus qu’en 2020 (57 %). Si le pape François a engagé un rapprochement historique entre les deux courants, le choix de Léon XIV est aussi un moyen de rappeler qu’aux États-Unis il y a bien une fois catholique toujours vive et pas que des protestants qui dictent désormais une partie de la politique américaine notamment étrangère, souvent sur des fondements idéologiques millénaristes et apocalyptiques.
Trump, malgré un « rebirth » spirituel stratégique et un rapprochement avec les chrétiens, risque d’avoir maille à partir avec ce nouveau Pape, qui incarne pour l’Église, toutes les Amériques, notamment latine où il a vécu 20 ans au Pérou. Missionnaire, l’Église de Léon XIV, devrait aussi aller chasser sur les terres conquises justement par les Évangéliques acquis pour le moment au Président américain, en offrant une alternative plus sociale et ouverte. Les deux mamelles éternelles de l’Église : progressisme et/ou conservatisme.
*Sébastien Boussois, Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe et géopolitique, enseignant en relations internationales à l’IHECS (Bruxelles), associé au CNAM Paris (Équipe Sécurité Défense), à l’Institut d’Études de Géopolitique Appliquée (IEGA Paris), au Nordic Center for Conflict Transformation (NCCT Stockholm) et à l’Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse).
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