Dans l’enceinte solennelle de la Grande Loge de France, Emmanuel Macron ambitionnait, dit-on, de prononcer un grand discours sur la laïcité, ce pilier de la République française. Un discours qui, dans un pays marqué par des blessures béantes, aurait dû résonner comme un cri de ralliement, une affirmation intransigeante des principes qui fondent notre nation. Mais la montagne a accouché d’une souris. Le président s’est contenté d’un exercice de rhétorique creux, d’une litanie de poncifs qui, loin de défendre la laïcité, l’ont livrée à ses fossoyeurs.
Comment ne pas être saisi d’effroi devant une telle dérobade ? La France, ce pays qui porte encore les cicatrices du Bataclan, des attentats de Charlie Hebdo, de l’assassinat barbare de Samuel Paty et de Dominique Bernard, ce pays où les professeurs s’autocensurent par crainte d’être confrontés à des revendications islamistes, où une adolescente, Mila, est exfiltrée de son lycée pour avoir critiqué la superstition de Mahomet, où les rapports officiels déplorent que les juifs ne puissent plus être scolarisés partout en raison de la multiplication d’enclaves islamistes – ce pays, donc, méritait autre chose qu’un discours lénifiant.
Ce refus de nommer l’ennemi est plus qu’une maladresse : c’est une abdication
Pourtant, Emmanuel Macron, dans un élan de cécité volontaire, a choisi de pointer du doigt un péril fantasmatique : celui d’une « lecture identitaire » de la laïcité, qui, sous prétexte de défendre la République, s’attaquerait aux religions, et en particulier à l’islam. L’islam, bien sûr, jamais nommé explicitement, mais dont l’ombre plane sur chaque mot, tant il est la source des principales tensions qui ébranlent aujourd’hui les « valeurs de la République » – ou plutôt, disons-le franchement, les principes élémentaires des sociétés civilisées.
C’est un tour de force rhétorique, mais un tour de force indigne. En reprenant à son compte le poncif d’extrême gauche d’une laïcité instrumentalisée pour stigmatiser l’islam, Emmanuel Macron tourne le dos à l’héritage républicain dont les francs-maçons, ses hôtes du jour, se revendiquent pourtant. Il y a là une trahison d’une rare gravité.
Car ceux qui, comme lui, agitent ce cliché usé jusqu’à la corde, se gardent bien de regarder en face la réalité : l’état de la liberté de conscience dans un monde musulman composé d’une quantité disproportionnée de sociétés tyranniques où la liberté, l’égalité et la fraternité relèvent de la science-fiction la plus totale. Où sont les écoles laïques à Riyad ? Comment sont traités les libres penseurs à Téhéran ou à Alger ? Où sont les caricaturistes à Islamabad ? Est-il d’ailleurs besoin de préciser que le monde musulman est loin d’être la zone la plus hospitalière pour les loges maçonniques ?
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Le silence assourdissant sur ces questions trahit l’inversion accusatoire dont le chef de l’État se fait le complice. Car les maux qui gangrènent les sociétés musulmanes – intolérance, rejet de la critique, négation de la liberté individuelle – n’ont pas été contenus aux frontières de l’Orient. Ils ont été transplantés au cœur de l’Europe, importés par des millions d’individus beaucoup plus réfractaires que la moyenne à la liberté. Et Emmanuel Macron, en refusant de nommer ce péril, choisit de fermer les yeux sur une évidence : l’islam, cette idéologie totalitaire qui aliène jusqu’à ses propres adeptes, prospère dans les interstices de nos sociétés, profitant de la lâcheté de ceux qui préfèrent les euphémismes à la vérité.
Il faut un certain culot pour oser prononcer le nom d’Arnaud Beltrame, héros sacrificiel de la nation, ou évoquer Charlie Hebdo, symbole de la liberté d’expression martyrisée, sans jamais articuler le mot « islam ». Ce refus de nommer l’ennemi est plus qu’une maladresse : c’est une abdication. Emmanuel Macron, en se drapant dans une posture de modération, trahit ceux qui, au prix de leur vie, ont défendu les principes qu’il prétend incarner.
Car non, il ne s’agit pas d’une « vision identitaire de la laïcité » que de reconnaître une vérité anthropologique : la liberté de conscience, ce joyau de la civilisation occidentale, est le fruit d’un long processus historique, enraciné dans l’Antiquité gréco-romaine, affiné par des siècles de luttes et de réflexions. Le monde musulman, malgré sa proximité historique et géographique avec cette même civilisation, n’a jamais produit d’équivalent. Au contraire, il l’a engloutie en Afrique du Nord, au Proche-Orient, en Anatolie, substituant à la pluralité des idées une théocratie étouffante. Prétendre que cette incompatibilité fondamentale peut être ignorée au nom d’un universalisme béat, c’est non seulement nier l’histoire, mais aussi condamner l’avenir.
La laïcité mérite des défenseurs lucides, courageux, prêts à nommer l’ennemi et à le combattre
Quiconque se plaît à euphémiser les véritables risques qui pèsent sur les institutions républicaines n’est pas légitime à s’en réclamer. En s’adressant à la Grande Loge de France, le président avait l’occasion de réaffirmer l’intransigeance de la laïcité face à ceux qui la menacent. Il a choisi, au contraire, de se perdre dans des circonlocutions, de flatter les adeptes d’un relativisme mortifère, de désigner comme ennemi non pas les fanatiques de Mahomet, mais ceux qui osent les combattre. Ce faisant, il ne se contente pas d’échouer à défendre la République : il la livre, pieds et poings liés, à ses ennemis mortels.
La laïcité, cet héritage chèrement conquis, mérite mieux qu’un président qui, par peur ou par calcul, préfère les faux-semblants à la vérité. Elle mérite des défenseurs lucides, courageux, prêts à nommer l’ennemi et à le combattre. Emmanuel Macron, lui, a choisi la fuite. Et cette fuite, dans un pays qui saigne encore des coups portés par l’obscurantisme musulman, est une faute impardonnable.
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