C’est le rendez-vous de printemps immanquable pour Frédérique et Jean-Édouard, la soixantaine. Depuis plus de vingt ans, ils sautent dans un train aux aurores, depuis Amiens, pour passer une journée à la Foire de Paris. En cette fin de matinée, Jean-Édouard est déjà chargé d’un sac. Premier achat du jour : un nettoyeur vapeur dont la démonstration les a conquis. « C’est la grande force de la Foire : voir en direct le fonctionnement des objets. On est aussi allés voir les toilettes japonaises. Je veux en faire installer chez nous, ça nous a permis de nous renseigner. »
Au-delà de ce qu’il est venu chercher, le couple prend plaisir à déambuler pour se laisser surprendre par des stands atypiques. Les organisateurs tablent sur une fréquentation de plus de 400 000 visiteurs d’ici la fin du week-end, attirés par les 1 250 exposants qui brassent tous les secteurs. Porte de Versailles, cette semaine, il y a à boire et à manger : les stands de sandwichs à l’andouillette et de galettes bretonnes côtoient ceux des jardinières connectées, des maisons d’édition indépendantes ou des fenêtres double vitrage innovantes. Née en 1904, juste après l’Exposition universelle, la Foire de Paris met à l’honneur les entrepreneurs « entre tradition et modernité », selon les termes de Steven Abajoli, son directeur. « C’est un véritable carrefour de l’inspiration, de l’innovation et des cultures du monde. »
Le moral des consommateurs
Au pavillon réservé aux entreprises françaises, les visiteurs se bousculent. « C’est la première année que l’on vient ici et on ne le regrette pas ! » s’exclame Marie Ducos, cofondatrice de la start-up « On s’emballe à la française », des papiers cadeaux réutilisables en tissu enduit. Un peu plus loin, Guillaume Schegg, cofondateur de Lxir, des pastilles aromatisées et vitaminées fabriquées en France, offre des dégustations aux chalands. L’année dernière, il avait fait 12 000 euros de chiffre d’affaires, et compte atteindre les 35 000 cette année.
« Les gens dépensent bien moins qu’avant le Covid »
Véritable baromètre du moral des consommateurs, la Foire est affectée par les changements de comportement liés aux périodes de forte inflation de ces dernières années. Dans le bâtiment dédié à l’ameublement, les allées sont clairsemées : « On a fait une très belle journée, le jeudi férié, mais le début de la Foire a été poussif. Le vendredi du pont peu réjouissant. On mise tout sur ce week-end », souffle une commerçante. Devant son étal de produits en bois d’olivier, Ahmed partage sa déception. Après avoir marchandé le prix d’une grande planche à découper à 20 euros, une potentielle cliente a tourné les talons : « Avant, les gens venaient pour acheter. Regardez : personne ne traîne un caddie rempli, au mieux les gens repartent avec un petit sac. »
Même son de cloche du côté des produits de bouche. Kévin, désœuvré devant son étal de comté, attend la fin de la journée stoïquement, espérant alpaguer les visiteurs avec un bout de fromage : « Il faut reconnaître que nos produits sont chers… Les gens dépensent bien moins qu’avant le Covid », conclut-il.
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Seul secteur à forte attractivité, inflation ou pas, celui de la beauté et du bien-être. Les produits spécialisés font un carton, à l’instar de la luminothérapie – technique pour ralentir le vieillissement cutané : « Nos dispositifs se vendent comme des petits pains », assure Léa entre deux démonstrations sur des clientes juchées sur des mange-debout. Le prix – jusqu’à 1 000 euros pour traiter la zone du visage – ne rebute pas Justine, qui s’apprête à payer en dix fois sans frais. La jeune femme est venue en famille, avec son mari et ses deux enfants. Elle ne comptait pas dépenser autant mais n’a pas résisté au « prix cassé » proposé par le stand. Un achat réfléchi ; la petite famille est revenue plusieurs jours de suite pour faire le tour des sept pavillons de la Foire comme on profite d’un parc d’attractions : « Tout le monde est content, les petits sont ravis des animations et nous, on découvre des objets innovants et on repart immanquablement avec des nouveautés. L’année prochaine, je prévoirai une limite de budget ! » promet la jeune femme après avoir dépensé sans (trop) compter.
Un casque pour malentendants lauréat du concours Lépine

C’est à la Foire de Paris ce que la cérémonie de clôture est au Festival de Cannes : la remise des prix du concours Lépine, créé en 1901 par le préfet de police du même nom. Ce concours récompense le génie des « inventions non seulement remarquées par le jury mais aussi remarquables », selon sa directrice Barbara Dorey. Après les lentilles de contact en 1848, le stylo à bille en 1919 et le moulin à légumes manuel en 1931, c’est un casque d’assistant d’écoute qui a été primé cette année. Ce dispositif, destiné aux personnes malentendantes, amplifie les sons grâce à une double conduction sonore, aérienne et osseuse entre un micro-cravate, porté par l’interlocuteur, et le casque sans fil dont est muni le malentendant. Une invention inédite et efficace alors que « 70 % des malentendants ne portent pas d’appareil auditif », souligne Raphaël Zakine, l’un des trois inventeurs de l’objet. Commercialisé au prix de 598 euros, le produit séduit notamment les chirurgiens oculaires qui peuvent communiquer sans hausser la voix avec leurs patients lors d’une intervention.
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