« Depuis que le gouvernement indien de Narendra Modi a supprimé, en 2019, le statut d’autonomie du Cachemire, les tensions ont redoublé. L’attentat du 22 avril est probablement une riposte à sa politique nationaliste hindoue qui “colonise” la région », annonce d’emblée l’expert Jean-Joseph Boillot. Dans cet État de l’Himalaya à majorité musulmane, « tous les Indiens peuvent désormais acheter des terres et investir. Ils affluent en masse, créant beaucoup de frustrations chez les Cachemiris », ajoute l’expert.
Résultat ? La situation sécuritaire se détériore, la population attend les signes du développement économique promis par Modi… et des groupes djihadistes basés au Pakistan et actifs depuis des décennies au Cachemire agissent de nouveau après cinq ans d’accalmie.
Des « frères ennemis » aux revendications inconciliables
Depuis la création de l’Inde et du Pakistan en 1947, le Cachemire est divisé entre les « deux frères ennemis » qui revendiquent ce territoire. Au total, trois guerres (1947, 1965, 1999) et une multitude de crises graves (1990, 1999, 2001, 2019) où l’Inde accuse son voisin d’abriter des groupes djihadistes qui viennent frapper l’Inde. Si l’attentat de Pahalgam n’a pas été revendiqué, il illustre l’action d’une nébuleuse d’organisations transfrontalières. Et l’opinion indienne garde en mémoire l’attaque suicide de 2019 contre des militaires indiens et les attentats de Bombay de 2008 – respectivement commis par le Jaish-e-Mohammed (JeM) et le Lashkar-e-Toiba (LeT), deux groupes basés au Pakistan et habitués à opérer au Cachemire. Ceux-là mêmes que Narendra Modi a dans son viseur et a ciblé lors de l’opération Sindoor, dans la nuit du 6 au 7 mai dernier, en détruisant neuf camps d’entraînement. C’est une promesse qu’il a tenue, déclarant au lendemain de l’attentat de 2019 que toute attaque majeure attribuée à des réseaux pakistanais « appellerait une réponse punitive immédiate ». Ce qu’il a fait.
Depuis l’opération Sindoor, les deux voisins se livrent à une surenchère de représailles. L’Inde affirme avoir frappé légitimement des cibles terroristes, là où le Pakistan ne voit qu’une agression injustifiée contre sa souveraineté. Un cercle vicieux entre deux puissances nucléaires qui fait craindre le pire. Si le Premier ministre pakistanais, Shehbaz Sharif, se « réserve le droit de répondre avec force » et affirme qu’« une riposte robuste est déjà en cours », son homologue indien répond : « Si nous sommes attaqués, nous répondrons de façon très ferme. » Que va-t-il se passer dans les jours à venir ? « Le Pakistan ne veut pas perdre la face et va agir sans aller à l’escalade. Aucun des deux pays n’a intérêt à ce que le conflit dégénère. L’Inde, car elle a besoin de soutenir sa croissance, et le Pakistan, car il est aux abois économiquement. La tension risque de persister quelques mois et l’Inde mise sur une guerre d’étranglement économique de son ennemi avec des sanctions sans précédent », précise Jean-Joseph Boillot. Reste que la présence de canaux diplomatiques – officieux ou via des tiers (Washington, Riyad, etc.) – sera cruciale pour désamorcer la crise une fois que chaque camp aura estimé avoir sauvé la face.
Les « frères ennemis » restent arc-boutés sur leurs revendications inconciliables : l’Inde exige que « le terrorisme pakistanais cesse », tandis que le Pakistan réclame « la résolution de la question du Cachemire » en accordant le droit à l’autodétermination des Cachemiris – deux conditions que l’autre partie juge inacceptables ou irréalistes dans le contexte actuel. Même si cette crise se résout sans guerre ouverte, toute accalmie ne serait que temporaire sans un règlement politique de ce vieux contentieux. Et le Cachemire, nœud gordien des relations indo-pakistanaises, continuera d’être un volcan sous surveillance.
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