Que Léon XIV vienne de Chicago, soit d’ascendance française et italienne, ait été évêque de Chiclayo au Pérou, résume bien l’essence du catholicisme américain. Comme sa ville natale, le catholicisme de Robert Francis Prevost est le résultat d’un mélange. Dans la mégalopole du Midwest où, il y a déjà trois semaines, les fidèles priaient à la cathédrale du Saint-Nom pour que cet enfant de Windy City puisse devenir le nouveau souverain pontife, la religion catholique, majoritaire, est plurielle.
Chicago, la Polono-Irlandaise (il n’est pas rare que, dans la Varsovie de l’Illinois, il y ait un double affichage anglais et polonais), est aussi désormais une ville hispanique. Et Léon XIV est un peu tout ça à la fois. Pape de compromis dans un pays où le protestantisme (en comprenant toutes les églises et en particulier les évangéliques qui représentent la moitié d’entre eux) est encore majoritaire.
Voilà donc avec l’élection de Léon XIV un nouveau tabou levé. Longtemps, l’Amérique n’osait espérer qu’un Saint-Père, fût-il binational, soit issu du pays le plus puissant au monde, c’était donner encore plus de poids aux États-Unis. L’élection de Donald Trump, en novembre 2024, avait déjà constitué une petite révolution. Républicain élevé dans la foi presbytérienne et se définissant comme un « chrétien non confessionnel », il était parvenu à rallier davantage de catholiques que ne l’avait jamais fait auparavant la droite américaine. 56 % d’entre eux (60 % chez les catholiques blancs) ont choisi Trump… Et, avec 43 %, les Hispaniques catholiques lui offraient son meilleur score depuis trente ans.
Le vote catholique en faveur de Trump reflète les attentes de fidèles inquiets
Ce retournement n’est pas anecdotique. Il ne s’explique pas simplement par un cycle électoral ou un effet de conjoncture. Il révèle, en profondeur, une transformation des priorités, des peurs et des espoirs qui habitent aujourd’hui une grande partie de la communauté catholique américaine. Longtemps, le cœur vivant du « New Deal » se tournait vers le Parti démocrate pour ses combats en faveur des pauvres, des syndicats, des droits civiques. Imprégnés par la doctrine sociale de l’Église, les catholiques américains trouvaient dans le progressisme une sorte de prolongement naturel.
Mais les priorités ont changé. Et le vote catholique en faveur de Trump reflète les attentes de fidèles inquiets. Pour clivant que le président puisse être (et sa photo de lui déguisé en pape sur X l’a encore démontré), la famille traditionnelle, la liberté, l’opposition à l’avortement et aux dérives idéologiques, notamment sur la théorie du genre, sont en train de figer le vote catholique. L’Amérique cherche aussi dans sa foi un rempart contre les vertiges d’une société qui déconstruit.
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Il est trop tôt pour savoir comment sera reçu le pontificat de Léon XIV. Sous François, souvent perçu, outre-Atlantique, comme accusateur, les dons venus des États-Unis – nation traditionnellement généreuse envers Rome, en particulier à travers l’obole de Saint-Pierre – ont connu une érosion significative. Ils ont fondu de moitié en dix ans. Moins de chèques, moins de fondations actives, plus de méfiance. Dans les salons feutrés de l’aristocratie catholique américaine, le ton nouveau de « ce pape du sud » fut accueilli avec suspicion, parfois avec irritation.
Les fidèles verraient probablement d’un œil sceptique, sinon hostile, un pape Léon XIV dans la continuité de son prédécesseur, notamment sur la question migratoire. Américain ou pas, ce fils du Midwest devra avant tout réconcilier ses compatriotes catholiques avec le Vatican. Et rétablir l’essentiel : la confiance.
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