
À chaque polémique, dérapage ou révélation embarrassante, la même question revient : assiste-t-on à la chute de la maison Mélenchon ? Les journalistes Charlotte Belaïch et Olivier Pérou ajoutent une pièce au dossier avec leur livre-enquête, La Meute (Flammarion), paru cette semaine. Une plongée dans un mouvement tout entier dédié au culte du chef, où la courtisanerie, la violence verbale et les purges sont la règle. Fait notable : à la différence des autres ouvrages déjà publiés sur le sujet, celui-ci bénéficie d’une couverture médiatique importante. Sans doute en raison du nombre de témoignages concordants recueillis par les auteurs (200).
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De quoi fragiliser la formation d’extrême gauche dans la perspective de 2027 ? Pas si sûr. À LFI, on ne s’inquiète pas plus que ça des retombées de cette enquête : « On nous décrit comme une secte… comme c’est original », raille un élu Insoumis. Et sur le fond des accusations ? « Certaines sont peut-être vraies, d’autres non. Qu’importe, ce n’est pas ce qui va faire trembler Mélenchon… » De fait, le « Lider Maximo » en a connu d’autres. Combien de fois a-t-on lu qu’il avait dépassé les bornes ? On se souvient du tollé provoqué par ses sous-entendus complotistes quelques mois avant l’élection présidentielle de 2022 : « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Cela a été Merah en 2012. Avant, on avait eu ‘‘Papy Voise’’… Tout ça, c’est écrit d’avance. »
À l’époque, nombre d’observateurs pensent que Jean-Luc Mélenchon va s’effondrer dans les sondages. C’est l’inverse qui se produit. Donné aux alentours de 15 % à l’approche du premier tour, il réalise le score historique de 22 % des voix et arrive largement en tête des candidats de gauche. Certes, c’était avant les massacres du 7-Octobre. Le soupçon de l’antisémitisme ne pesait pas à ce point sur son mouvement. Sans compter les polémiques en pagaille qui font la chronique quotidienne des chaînes d’info. Sur le papier, la prochaine présidentielle serait donc mal embarquée pour Mélenchon. Sur le papier seulement, car certains impondérables demeurent. Comme la psychologie de l’électorat de « gauche raisonnable » dont Adrien Broche, sondeur et expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, observe une tendance à « l’amnésie » avant les échéances électorales : « Cet électorat est très mobilisé sur la critique à court terme de Jean-Luc Mélenchon, mais peut tout à fait voter pour lui si l’union de la gauche est en jeu. »
Jean-Luc Mélenchon peut espérer capitaliser sur un bloc de 10 à 13 % d’inconditionnels, partisans de la radicalité, sur lesquels les critiques contre LFI n’ont aucun effet
L’intéressé ne le sait que trop bien, qui réajuste généralement son discours à l’approche du premier tour, « [remisant]l’indigénisme d’Houria Bouteldja au profit de Jaurès et de l’humanité commune », poursuit Adrien Broche. Les électeurs de gauche s’en laisseront-ils conter encore une fois ? Jean-Luc Mélenchon peut espérer capitaliser sur un bloc de 10 à 13 % d’inconditionnels, partisans de la radicalité, sur lesquels les critiques contre LFI n’ont aucun effet. Au-delà, l’enjeu pour le chef des Insoumis est d’incarner à nouveau le vote utile, ce qui dépendra beaucoup de l’offre à gauche en 2027. Que feront les électeurs de la gauche modérée si Raphaël Glucksmann se lance dans la bataille ? En tout état de cause, Jean-Luc Mélenchon dispose encore d’un atout : « C’est de loin le meilleur dans l’exercice de la campagne électorale », souligne Adrien Broche. Qu’importe s’il est devenu, dans le même temps, l’homme politique le plus impopulaire de France.

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