
Il est rentré à Paris la mine défaite. Manuel Valls, le ministre des Outre-mer, a quitté Nouméa vendredi, après avoir échoué à trouver une issue aux négociations entre indépendantistes et loyalistes calédoniens. Près d’un an après les émeutes de juin et mai 2024, ayant causé la mort de quatorze personnes, un vent de crispation souffle sur l’archipel. Poussé par Paris, le texte d’accord politique, qui prévoyait le transfert de compétences régaliennes (justice, monnaie, défense, siège à l’ONU…) à Nouméa, a finalement été rejeté.
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Le camp loyaliste voyait dans cet accord une indépendance de facto de l’archipel et la fin de la relation avec la France. Manuel Valls, qui a répété sa volonté « d’achever la décolonisation » de la Nouvelle-Calédonie, a défendu corps et âme le principe de « souveraineté avec la France ». En vain. Dans une allocution officielle, l’ancien Premier ministre n’a pu que « constater l’échec » des discussions, impuissant face à une Nouvelle-Calédonie en proie à la division.
« L’État français a légitimé ces violences »
« Il y a eu trois référendums consécutifs où l’indépendance a été rejetée. L’accord de Manuels Valls allait littéralement contre le principe de démocratie », réagit auprès du JDD le député calédonien Nicolas Metzdorf. Pour cette figure du camp non-indépendantiste, la seule alternative repose sur « tout statut de la Nouvelle-Calédonie qui serait au sein de la République française ».
Un serpent de mer pour les partisans de l’indépendance. Dans un communiqué officiel, l’Union nationale pour l’indépendance (UNI), conglomérat de mouvements indépendantistes, a fait état de sa volonté « d’autodétermination », en prônant la mise en place de la « citoyenneté calédonienne ». Le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), à qui une partie des violences de mai 2024 est imputée, a quant à lui affirmé vouloir « continuer la lutte jusqu’à la pleine souveraineté » ; tout en « appelant la population au calme ».
Les Calédoniens ont encore tous en tête les émeutes et les pillages du printemps dernier, et la crainte d’un regain de violences se fait forte. « Le problème, c’est que l’État français a légitimé ces violences, en donnant aux indépendantistes ce qu’ils ont cherché à prendre par les armes ! » explique Sonia Backès, présidente de la province sud et figure de proue du camp loyaliste. Elle se remémore les violences avec une angoisse palpable : « Je dormais avec un gilet pare-balles et des hommes du RAID dans mon salon. On se sent comme des résistants ici. Si on perd le combat politique, ce sera la valise ou le cercueil pour nous ! »
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2 600 membres des forces de l’ordre continuent d’assurer la sécurité sur l’archipel, où les plaies sont encore béantes. L’économie locale, dévastée, a contraint des centaines d’habitants à l’exil. Les médecins, eux-aussi, ont déserté le territoire, qui ne tient plus que par les aides de l’État. En Nouvelle-Calédonie, la situation sociale est figée, et la date anniversaire du 13 mai, premier jour des émeutes de 2024, apporte avec elle son lot d’anxiété.
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