C’est une histoire qui dit tout de ce que sont devenues les rues de France. Nous sommes, ce samedi matin, à Évian. Une commune tranquille au bord du lac Léman. Et c’est précisément dans ce décor de carte postale que se déroule l’innommable. Un rodéo urbain, comme on en voit désormais quasiment partout. Des pompiers qui s’interposent. L’un d’eux, fauché, luttant pour sa vie.
L’auteur des faits a pris la fuite, avant de revenir sur les lieux, de cracher sur la victime ainsi que sur un pompier qui lui venait en aide. Ce geste dit tout de l’état de désintégration de la notion d’humanité chez le suspect, depuis interpellé. Bruno Retailleau a parlé d’une société qui « fabrique des barbares ». Il a raison. Un barbare, par définition, est une personne non civilisée, et il est difficile de déceler la moindre once de civilisation chez un individu visant un pompier et venant cracher sur son corps meurtri.
En se rendant sur place, Bruno Retailleau a mis en parallèle deux France : la France de ceux qui travaillent, de ceux qui s’engagent, au service des autres comme c’est le cas pour ce sapeur-pompier volontaire. Et puis la France de ceux qui cassent, de ceux qui volent, de ceux qui tuent. Ce parallèle nous renvoie à la prophétie d’un des prédécesseurs de Bruno Retailleau, Gérard Collomb, qui en 2018 prédisait que les Français ne vivraient plus côte à côte mais face à face.
Ce drame n’a pas eu le retentissement politique et médiatique qu’il mérite
Chaque jour, ceux qui ne veulent pas voir l’étendue du problème sont les mêmes qui pratiquent l’évitement. On ne va pas célébrer la victoire du PSG sur les Champs-Élysées, car trop dangereux, on évite la Foire du Trône car mal fréquentée, on n’inscrit plus ses enfants au foot, on choisit de vivre dans un quartier plutôt qu’un autre pour ne pas être confronté à cette réalité de l’ensauvagement, etc. Ce drame d’Évian est survenu précisément parce que, plutôt que d’accepter l’inacceptable, ces pompiers sont allés faire face à ces voyous. Voilà ce qui peut en coûter à ceux qui ont le courage de sortir du côte à côte.
Ce drame n’a pas eu le retentissement politique et médiatique qu’il mérite. C’est comme si certains ne voulaient pas voir cette réalité, car cela reviendrait à affronter les conséquences de leur idéologie. Il est à noter qu’avant d’être invités sur des plateaux de télévision, aucun député de LFI n’a cru bon d’adresser un message de soutien au pompier. Les mêmes qui parlent d’indignation à géométrie variable en visant le ministre de l’Intérieur feraient bien de balayer devant leur porte.
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Ce week-end, le Premier ministre a évoqué une « malédiction », à propos du fléau des rodéos urbains. François Bayrou, agrégé de lettres, aurait dû peser ses mots, car le terme nous renvoie à une forme de fatalité, un coup du sort – un vocabulaire insupportable alors que les Français attendent des réponses. On voudrait nous dire qu’on ne peut rien y faire, on ne le dirait pas autrement. Mais les Français sont las des débats sémantiques ; la seule question qui mérite d’être posée est : quand allons-nous mettre fin à cette déliquescence de l’autorité dans la société ?
Briser cette prétendue malédiction passera par des décisions radicales. Dans le cas inverse, nous sommes condamnés à attendre la réalisation de la prophétie de Gérard Collomb et à continuer à baisser le regard, dans l’espoir vain d’éviter la confrontation.
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