Cette semaine, l’Assemblée nationale débattra d’un texte portant sur la fin de vie. Ce texte a été scindé en deux volets : l’un, concernant les soins palliatifs, vise notamment à en améliorer l’accès. L’autre se focalise sur l’euthanasie, que l’on appelle désormais « droit à l’aide à mourir ». Ce texte manque de prudence et pourrait avoir des répercussions sans précédent sur la société, en faisant de la France le pays le plus permissif au monde en matière d’euthanasie.
La semaine dernière, deux grandes institutions ont exprimé leur avis sur le projet de loi soumis aux parlementaires : leurs analyses ébranlent les fondements de cette proposition législative. Tout d’abord, l’Académie nationale de médecine conteste la confusion entre euthanasie et suicide assisté. Cette mise en garde est d’autant plus significative que certains promoteurs de l’euthanasie avaient peut-être trop hâtivement annoncé bénéficier de la caution de cette institution. De plus, l’Académie souligne qu’aucune évaluation n’est proposée pour déterminer si la demande de mort provoquée est médicalement justifiée, s’agissant de personnes vulnérables dans leur capacité de décision.
Par ailleurs, la Haute Autorité de santé a remis en question l’utilisation d’un « pronostic vital engagé » comme critère justifiant l’euthanasie ou le suicide assisté. Elle a insisté sur l’impossibilité réelle de définir précisément l’espérance de vie d’un individu. Si l’on en vient à rappeler de telles évidences, c’est que cette proposition semble avoir franchi une ligne rouge en matière d’éthique médicale.
Réflexion, nuance et dialogue semblent mis au ban
Une instance essentielle devrait se prononcer, mais demeure silencieuse en ce moment, ce qui fragilise davantage le texte en faveur de l’euthanasie. Il s’agit du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Personne n’a oublié l’avis 139 du CCNE qui avait initialement déclenché tout le processus. Le 13 septembre 2022, lorsque le comité a rendu son avis, le président de la République a immédiatement annoncé l’organisation d’une convention citoyenne sur le sujet. Sa volonté était de proposer un cadre qui préserve les valeurs et les équilibres chers à notre démocratie. Dans cet avis, le CCNE parlait d’un suicide médicalement assisté « à titre exceptionnel ». Le texte actuel ne fait plus référence à cette notion d’exception. Le silence du CCNE devient préoccupant, car nous sommes loin des strictes réserves qu’il avait émises auparavant. Il en est de même pour l’Ordre national des médecins.
La prudence a disparu
Les amendements de la prudence ont également disparu. Ces suggestions qui incitaient à la mesure, comme évaluer la faculté de discernement d’une personne dont l’expression de la volonté paraît incertaine. Autre exemple, les précautions qui venaient apporter la possibilité de prévenir les pressions susceptibles d’affecter la décision du patient ont toutes été refusées. Qu’en est-il du respect de l’autonomie de la personne dans un contexte à ce point incertain ?
La suite après cette publicité
Pourquoi la possibilité de réfléchir, de nuancer, de discuter avec un tiers, y compris un psychiatre, a t-elle été refusée ? Le renoncement volontaire à tout encadrement soucieux de la personne et de ses proches donne à croire que tout est fait pour se précipiter vers la mort sans retenue. Le médecin lui-même ne doit pas intervenir dans la réflexion. Il serait menacé d’une condamnation pour « délit d’entrave » s’il incite la personne à mesurer les conséquences de sa décision et à envisager un parcours de soin adapté. Et s’il fait jouer sa clause de conscience, il sera obligé de donner le contact d’un médecin qui pratiquera l’acte de mort. Ce médecin qui, notre vie durant, nous aide, nous soigne, nous accompagne et nous conseille pourra être celui qui pratique alternativement le « soin de vie » ou le « soin de mort ». De plus, alors que la réflexion collégiale est un principe essentiel de l’éthique soignante, pourquoi la décision de mort serait-elle assumée par un médecin seul à statuer ?
Inversion de valeurs
Je me pose plusieurs questions à l’heure du vote, moi qui, comme tant d’entre nous, ne veux pas souffrir. Si j’arrive à l’hôpital avec un pronostic vital engagé, que va-t-il se passer ? Va t-on me soigner ou me donner la mort ? À la suite d’une tentative de suicide, la personne sera-t-elle soignée ou abandonnée au nom du respect de sa volonté ?
Chaque jour, nous voyons ces squatteurs protégés et ces squattés condamnés
À force de vouloir légiférer en tout, y compris sur ce qui est aussi personnel et intime que la mort, on fragilise encore la vie démocratique au moment où elle est soumise à tant de menaces. Est-ce à l’État d’intervenir sur les conditions d’interruption d’une existence alors que son devoir est de contribuer à ce que chacun vive sa vie dans la dignité, le respect et la justice ? Ce cumul de renoncements vient rayer ce qui fait l’humanité de notre société, au sein de laquelle nous observons les conséquences de violences inacceptables que nous ne parvenons plus à contrôler. Chaque jour, nous voyons ces squatteurs protégés et ces squattés condamnés. Ces policiers condamnés et ces délinquants libérés. Ces coupables si protégés qu’ils en deviennent des victimes. Ces agresseurs qui deviennent des agressés.
Ces violeurs en liberté, alors que les victimes sont enfermées à vie dans leur culpabilité. Ces personnes que la société voulait protéger se sont retrouvées coupables. Dans cette quête de mieux, nous avons davantage détruit que préservé. Demain, celui qui osera montrer une souffrance sera-t-il condamné ? Je dénonce cette volonté de créer des textes sans en mesurer les conséquences. Évitons de mettre en place des lois qui peuvent affecter ceux qui, au fond, voudront encore vivre.
Source : Lire Plus






