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Jean Raspail, le dernier des cavaliers



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13 Mai 2025
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Jean Raspail, le dernier des cavaliers
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Le JDD. Qu’est-ce qui vous a séduit d’emblée chez Jean Raspail, vous qui l’avez bien connu ?

Philippe Hemsen. Raspail a vu tant de choses au gré de ses voyages que sa conversation était extrêmement riche d’évocations. C’était un homme doté d’une mémoire peu commune. Il a confié un jour à Jacques Terpant, qui a adapté en bande dessinée ses Sept cavaliers (1993) et ses Royaumes de Borée (2003) : « Regardez-nous, on vit dans le passé, dans le monde de la mémoire. On aurait dû être juifs. » Ce qui m’a d’emblée séduit chez lui, c’est le conteur.

C’est précisément ce qui m’a permis de passer sans heurt de Stephen King, à qui j’ai consacré ma thèse de doctorat, à Jean Raspail. Ce qu’ils ont en commun, c’est un art souverain de raconter des histoires. Il y a même chez Raspail un aspect fantastique. Septentrion (1979) est un roman fantastique au sens propre du terme.

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Vous le rencontrez lors du bicentenaire de la mort de Louis XVI…

Il avait écrit dans Le Figaro un article retentissant dans lequel il s’indignait de l’absence de célébration officielle à l’occasion du bicentenaire de la mort de Louis XVI. Dans la foulée, il avait lancé un comité national qui déboucha tant bien que mal sur un hommage le 21 janvier 1992, place de la Concorde, sur le lieu même du supplice du roi. Miracle : une foule immense, peut-être 20 000 personnes, s’y pressait – j’y étais, l’ambassadeur des États-Unis aussi, qui déposa une gerbe de fleurs blanches magnifiques, en prononçant ces mots : « Louis XVI, nous voilà ! » Impossible d’échanger un mot avec Raspail. Mais le soir, revenu sur les lieux, je l’aperçus au loin, reconnaissable à sa silhouette. Il se tenait là, seul. Je m’approchai pour le remercier. Il m’a simplement répondu : « C’était beau, n’est-ce pas ? »

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Ce mot le résume ?

C’était tout à la fois un aventurier et un esprit libre, anarchiste sur les bords, loin de l’homme que l’on a pu présenter. Mais en privé, c’était d’abord un adolescent plein d’humour, pétillant, qui aimait chanter, faire des blagues, rire. L’enfance est omniprésente chez lui. L’adulte, c’est celui qui trahit l’enfance. Il n’a jamais cessé d’être fidèle à ses idéaux d’enfant. Autre point commun avec Stephen King : voyez Shining, où tout est vu à travers le regard d’un petit garçon.

Il a vécu une enfance extrêmement libre et aventureuse, notamment durant les longues vacances d’été en famille, à Chemillé-sur-Dême, en Indre-et-Loire. Il passait ses journées à vagabonder avec son grand ami d’enfance, Raymond Leddet. Il faut lire L’Île bleue (1988), qui restitue, sous une forme romancée, cette géographie enchantée de l’enfance. Tous les deux faisaient les quatre cents coups. Les enfants n’étaient pas surveillés comme ils le sont aujourd’hui : ils devaient seulement être présents aux repas, être bien coiffés, avoir les mains propres. Pour le reste, c’était la liberté totale. Les parents inculquaient des principes, mais ne surveillaient pas.

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Vous connaissez la phrase de Jean Cau : « L’âge adulte, c’est de l’enfance pourrie »…

Précisément. Ses personnages récurrents, à commencer par les Pikkendorff, n’incarnent pas seulement une attitude devant la vie, ce sont des grands enfants qui s’adonnent au jeu. Chez Raspail, le jeu est central – il suffit de songer au Jeu du roi (1976), qui ouvre le cycle patagon –, véritable matrice de l’œuvre littéraire. C’est quelqu’un qui joue – depuis l’enfance. Mais le jeu peut être une chose sérieuse. Le joueur peut à tout instant basculer dans une forme de menace, du moins aux yeux d’autrui.

C’était un enfant terrible ?

Il faisait constamment des bêtises. Il ne s’est pas présenté à l’oral du bac, préférant aller au cinéma. Très tôt, il a fait croire à ses parents qu’il se rendait à l’école, mais passait ses journées à flâner dans Paris. Il ne restait jamais plus de six mois dans un établissement sans en être renvoyé, jusqu’au moment où son père le mit à l’école des Roches, en Normandie. Le cadre, la pédagogie très novatrice, un peu dans l’esprit scout, la taille humaine de l’institution, tout cela convenait à Jean. Mais la guerre de 1940 vint mettre un terme à cette parenthèse.

Il y a un Raspail qui n’est pas du tout politique : il suffit de penser aux Yeux d’Irène

Le scoutisme a joué un rôle décisif dans son adolescence, en lui apportant une forme de structure, lui dont le tempérament était foncièrement anarchisant et ingouvernable. Il en conservera d’ailleurs une part du cérémonial, même s’il s’en détachera progressivement…

Son premier voyage, en 1949, le mènera sur les traces du père Marquette, missionnaire du XVIIe siècle et découvreur du Mississippi. C’est grâce au soutien d’un prêtre canadien qu’il put accomplir cette expédition : du Saint-Laurent à La Nouvelle-Orléans, près de 5 000 kilomètres parcourus dans deux canots. Il y avait, dans cette première grande aventure, une dimension chrétienne, scoute en tout cas. Elle s’estompera dès la suivante : un interminable périple automobile de la Terre de Feu à l’Alaska, entre 1951 et 1952. Puis vinrent les peuples incas, le Japon, Hong Kong, la Terre sainte, Israël, la Jordanie, le Liban, les Antilles à plusieurs reprises. Il y avait chez lui un côté extrêmement sensuel. Cela transparaît singulièrement dans tout ce qu’il a écrit sur les Antilles. Je crois même qu’une partie de sa créativité reposait sur cette sensualité. Ses récits de voyage sont imprégnés d’odeurs, d’une sensualité liée à la terre, aux éléments, aux femmes.

Le premier Raspail, c’est l’aventurier, le grand voyageur…

Jusqu’à la quarantaine, les voyages au long cours sont demeurés son horizon. Puis ils commencèrent à lui peser. Il s’est alors installé avec son épouse à Sablet, dans une vaste et splendide demeure du Comtat Venaissin, entre le Vaucluse et la Drôme, non loin de l’abbaye du Barroux qui venait de sortir de terre. C’est là qu’il écrira la plupart de ses grands livres. Les voyages ont occupé la première moitié de sa vie. C’est l’époque où Connaissance du monde s’impose avec son format caractéristique : la conférence filmée.

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Connaissance du monde permettait à des gens comme Raspail de vivre de leurs aventures autour du monde. Ils entreprenaient un voyage, en tiraient un film, puis un livre, avant d’enchaîner les tournées de conférences. Raspail attendra le deuxième voyage pour cosigner avec Philippe Andrieu, son compagnon de voyage, son premier livre : Terre de Feu-Alaska. L’expédition automobile de l’équipe Marquette (1952). Plus jeune, il avait été profondément meurtri par la réaction du futur académicien, André François-Poncet, à qui son père avait soumis son premier roman : « Ce n’est pas la peine qu’il continue. Il ne sera jamais écrivain. »

Grosse erreur : il le sera, et reconnu par ses pairs…

J’étais un peu lassé qu’on assigne Jean Raspail à un seul livre, Le Camp des saints (1973). Jean d’Ormesson l’avait noté en son temps : Jean Raspail fait partie des rares écrivains qui nous laissent une œuvre cohérente, qui a sa propre logique interne, loin des clichés. Il y a d’ailleurs un Raspail qui n’est pas du tout politique, il suffit de penser aux Yeux d’Irène (1984).

Il s’est souvent abrité derrière le fait qu’il était d’abord romancier, surtout pas un idéologue. N’empêche : il faisait aussi de la politique… Et ne nous dites pas qu’il a vendu L’Humanité quand il était jeune…

Bien sûr que Le Camp des saints est un livre politique – il y en a d’autres, comme Septentrion, hanté par l’uniformisation du monde. Raspail était tout sauf un homme de gauche. Mais ce qu’il faut d’abord comprendre, c’est qu’entre le monde qu’il a connu enfant et le monde dans lequel il a fini ses jours, plusieurs mondes s’étaient interposés. Il ne se reconnaissait plus dans la France des années 1970-1980. La rupture s’est produite pour lui sous Giscard. Il a voulu faire de la politique, j’allais dire par désespoir. Le désespoir de voir ce que la France devenait.

Ayant perdu la foi, il s’est raccroché au sacré

C’est à ce moment qu’il s’est tourné vers la monarchie. Il l’admettait lui-même : c’est une position confortable en ce qu’elle vous place au-dessus des contingences partisanes. Néanmoins, je ne crois pas qu’il ait écrit Le Camp des saints dans la perspective dans laquelle nous le lisons aujourd’hui. Ce qui le dégoûtait par-dessus tout, c’était la masse. Cette invasion décrite dans Le Camp des saints est avant tout une invasion de la masse, qui déferle et s’oppose frontalement à l’individualité. C’était un solitaire, voilà le fond de sa nature. S’il aimait tant la Terre de Feu, c’est précisément parce qu’il n’y avait personne. Les Pikkendorff, c’est cela aussi, non pas la généalogie d’un peuple disparu, mais d’un type d’homme unique amoureux d’un ordre supérieur commandé par la beauté.

Certes, mais il a tout de même adjoint au Camp des saints, en 2011, une préface intitulée « Big Other » où il ne se contente pas d’assumer le livre, il en rajoute…

C’est une relecture qu’il fait de sa propre œuvre et dans laquelle il assume ce qu’il y a écrit. Pourtant, il n’y a guère de différence, selon moi, entre Le Camp des saints et L’Invasion des profanateurs ou La Guerre des mondes. Dans un cas, c’est une invasion d’extraterrestres ; dans l’autre, de Bengalis. La dimension politique ne réside pas tant dans l’invasion migratoire que dans la critique adressée aux Français : leur lâcheté, le renoncement à leur passé.

C’est la raison pour laquelle le livre a été accueilli avec autant d’acrimonie. Aujourd’hui, on le lit comme un livre contre l’immigration de masse, ce qu’il est, mais c’est d’abord un roman de colère contre les Français et leur abdication. N’oublions pas, d’ailleurs, que l’autre versant du Camp des saints, c’est Qui se souvient des hommes… (1986), consacré aux Alakalufs, cette tribu du bout du monde qui se croyait seule, dans les zones les plus australes d’Amérique du Sud, et qui est submergée par la masse venue d’ailleurs.

N’est-ce pas là le cœur de sa vision du monde, les peuples disparus ou en train de disparaître, dont les Européens ?

Je crois que cette hantise est liée à la foi perdue. Ayant perdu la foi, il s’est raccroché au sacré. Le sacré, c’est ce qui se trouve au-delà de l’horizon, au-delà de la ligne d’horizon. Lorsqu’il contemple un peuple en train de disparaître comme les Alakalufs, c’est comme s’il contemplait l’éternité. Il y a quelque chose de sacré dans cette disparition. La ligne d’horizon, c’est aussi le géographe qu’il était.

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C’est un point commun avec Sylvain Tesson. Ce sont certes des hommes de la géographie horizontale, mais la ligne d’horizon, c’est le point où l’horizontalité rejoint la verticalité. Elle est impossible à atteindre. C’est un idéal. Comme le beau, selon Baudelaire, laissant « carrière à la conjecture ».

Quel est son héritage ?

J’ai évoqué Terpant, même si ce dernier est un voyageur immobile. Il y a bien sûr Sylvain Tesson, incontournable, mais aussi un romancier comme Erik L’Homme. Quant à l’esprit patagon, il perdure avec François Tulli, vice-consul chancelier de Patagonie. Mais surtout, il y a son œuvre, qui demeure. Raspail n’était pas un homme du sérail. Il fréquentait peu Paris.

Les choses évoluèrent quelque peu lorsqu’il reçut, en 2003, le grand prix de littérature de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre. Il a alors été reçu quai Conti par Félicien Marceau, Michel Mohrt, Michel Déon, Jean d’Ormesson. Il s’est retrouvé avec de nouveaux copains, semblables à ces équipiers de voyage qui lui manquaient tant. D’où, peut-être, cette insistance qu’il a mise à vouloir rentrer à l’Académie française, en vain.

Quel est, pour vous, son plus grand livre ?

Je choisirais les Sept cavaliers, un très grand roman, à la fois traversée de l’œuvre de Raspail et plongée dans son âme. Tous les grands thèmes y sont présents. C’est peut-être l’ouvrage le plus intime qu’il ait écrit, un portrait en creux de lui-même. J’ajouterais Les Royaumes de Borée et Qui se souvient des hommes…, une tragédie classique au sens le plus strict : unité de temps, de lieu, d’action. C’est le seul roman qu’il ait conçu à partir d’un plan rigoureux.

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Le roman se déploie dans une sorte d’immobilité, celle des Alakalufs, au milieu de deux éternités : celle qui précède et celle qui suit. C’est par cette immobilité que les Alakalufs échappent au temps. L’intervention du temps, c’est l’arrivée des explorateurs. Voilà le cœur du roman. Les Alakalufs disparaissent parce qu’ils croyaient être seuls. Qui se souvient des hommes… est un roman quasi métaphysique. Cette dimension est constamment négligée : une quête de Dieu, un face-à-face avec une absence qui est Dieu. Je cite dans ma biographie une lettre que Raspail a adressée à Jean Madiran, dans laquelle il avoue que sa foi est faible ; que, s’il est catholique, c’est par tradition et volonté, mais sans la foi vivante. C’est ce qu’il appelait son « drame personnel ».


Jean Raspail, aventurier de l'ailleurs, Philippe Hemsen, Albin Michel, 400 pages, 25 euros. 

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