
Je suis fille de profs. Français, latin, grec pour mon père. Anglais pour ma mère. J’ai grandi entourée des centaines de copies à corriger le soir et le week-end, des cours à moduler et à améliorer en permanence lorsque l’on a la vocation chevillée au corps, des visites d’inspection académiques à préparer, des élèves qui viennent demander un conseil ou une aide pour un devoir difficile.
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L’organisation en ce mois de juin d’une Convention citoyenne voulue par le président Macron sur les temps scolaires de l’enfant me semble placée assez bas sur l’échelle des priorités au regard de l’immense chantier de l’Éducation nationale. Les vrais problèmes ne résident pas dans la durée des cours, ni le temps de présence réel des profs devant les élèves, mais plutôt dans le contenu et la matrice générale des programmes – orientés idéologiquement –, le niveau des petits Français dans les classements internationaux. Mais aussi dans la valorisation et la rémunération des enseignants qui n’ont cessé de perdre du pouvoir d’achat, même si les salaires de début de carrière ont été augmentés.
Au cours des vingt dernières années, les profs ont peu à peu perdu une partie de leur crédit, de l’autorité indispensable pour enseigner, déstabilisés par des parents invasifs les traitant comme des employés, par des élèves les insultant, voire les molestant, et une hiérarchie les abandonnant régulièrement, notamment sur les sujets de laïcité, au nom du « pas de vagues ». Je vous assure qu’il faut avoir du courage pour entrer dans une classe où 30 à 35 élèves vous attendent dans le brouhaha, vous jugent et vous jaugent au moindre faux pas, et n’hésitent plus désormais à vous cracher dessus.
La question est la suivante : que va devenir ce énième rapport ?
Le recrutement des professeurs et leur formation sont de réels enjeux et les vocations se font rares face à une telle adversité. Le temps de travail, parlons-en. Il est régi par un décret de 1950 (peu de professions ont droit à une telle antiquité) et il n’a pas bougé depuis : 40 heures par semaine. La France est dans la moyenne haute européenne. La semaine d’école est repassée à 4 jours, plutôt que 4 jours et demi, ce qui donne des cadences infernales. Enfin, la longueur des vacances d’été fait l’objet d’interminables débats entre psys et spécialistes, mais le constat est clair pour tout le monde : deux mois de coupure pour les élèves les plus défavorisés et fragiles est un désastre absolu.
Quant aux « petites » vacances étalées sur 3 zones, allez plutôt voir du côté du tourisme ce qui contraint les parents à des contorsions invraisemblables pour faire garder leurs enfants toutes les six semaines. Pourquoi ne pas laisser un peu plus de liberté aux établissements pour moduler ces durées de vacances ? Alors oui, le système est à réformer d’urgence et si possible en évitant que les syndicats ne s’en emparent pour, comme toujours, scléroser le débat. Oui, la convention citoyenne est une méthode « douce » plutôt qu’un passage en force qui aurait abouti, chacun le sait, à une grève immédiate. Mais la question est la suivante : que va devenir ce énième rapport, fruit d’une vraie/fausse consultation organisée par le Conseil économique et social, lorsque l’on voit à quoi ont servi les précédentes sur le climat et la fin de vie ? Vous avez deux heures pour rédiger votre copie.
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