
Ecore un grand débat télévisé, avec des représentants de la société civile. Encore une convention citoyenne, sur les rythmes scolaires cette fois, sortie du chapeau du chef de l’État. Grandes conventions, petites commissions, états généraux… Y avait-il pris goût au sein de la commission Attali, décisive pour son ascension ? Devenu président de la République, Emmanuel Macron a multiplié les grands débats et autres rendez-vous… souvent manqués pour finir. Voulait-il régénérer des institutions fatiguées ? Contourner des corps intermédiaires jugés dépassés ? Déjouer une situation politique empêchée ? Le président de la République a beau multiplier les assemblées, sa quête d’une « respiration démocratique » tourne à l’asphyxie. Tour d’horizon d’initiatives qui ont cantonné les citoyens à une participation sans soutien.
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Un Grenelle… des Grenelles
Grenelle de la police, Grenelle de l’alimentation, Grenelle des violences conjugales, Grenelle de la violence des mineurs, Ségur de la santé, Beauvau de la sécurité, Varenne de l’eau et de l’adaptation au changement climatique… La macronie n’a certes rien inventé, mais a multiplié ces accords, qui mettent à rude contribution les noms de rues ou des hôtels particuliers du 7e arrondissement qui abritent les ministères… Dernier en date : le « Roquelaure de la qualité de l’air », lancé cette semaine… À ne pas confondre avec le « Roquelaure de la simplification » ni avec le « Roquelaure de l’assurabilité des territoires » !
La refondation introuvable
Le Conseil national de la refondation paraît déjà loin : Emmanuel Macron a lancé l’idée lors des législatives de 2022. « Construisons ensemble l’avenir de la France », proclame humblement cette instance qui affiche pour objectif de « transformer nos politiques publiques grâce à l’action collective et aux innovations territoriales », en commençant par l’école et la santé. Ironie de l’histoire : son secrétaire général s’appelle alors… François Bayrou, haut commissaire au Plan. Après un an de travaux, le CNR s’enlise dans l’indifférence générale en septembre 2023, après avoir été réuni une dernière fois par le président pour… « fixer un cap ». Il faut dire qu’en parallèle, d’autres tentatives de relance du deuxième quinquennat ont vu le jour… Les « cent jours d’apaisement », décrétés pour sortir de la séquence des retraites, devaient s’achever le 14 juillet 2023 mais se sont fracassés sur les émeutes de l’été. Va pour une « initiative politique d’ampleur » annoncée quelques semaines après… qui débouche sur les « Rencontres de Saint-Denis ».
Ce format inédit de réunion des oppositions, victime d’une politique de la chaise vide des partis lassés des palabres présidentiels, s’arrête après trois éditions. Pour sortir de la crise politique, une « nouvelle méthode » est annoncée en décembre 2024 : ouf !
États généraux : des hauts et débats
Fortunes diverses : certains ont été utiles, d’autres jetés aux oubliettes. Les états généraux de la politique de la ville avaient débouché sur le rapport de Jean-Louis Borloo en 2018, humilié par Emmanuel Macron. États généraux de l’alimentation (2017), de la bioéthique (2018), du livre en langue française (2021), de la justice (2022), de la diplomatie (2023), de l’information (2024)… On en passe et des malmenés, comme les états généraux de la laïcité, annoncés en 2021, critiqués et laissés sans suite.
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Consultations en rafale
Le grand débat, qui a tourné au grand monologue, reste le chef-d’œuvre de cette fièvre participative. Mais où sont passés les cahiers de doléances des Gilets jaunes ? Comme le CESE et la Commission nationale du débat public ne suffisent pas, d’autres consultations ont fleuri : en ligne par Jean-Paul Delevoye sur la réforme des retraites en 2019 ; dans le respect des gestes barrières pour le « collectif citoyen sur la vaccination » ; sous la houlette du CESE pour les conventions citoyennes sur le climat et la fin de vie…
Ces dernières ont été critiquées pour leurs biais de sélection et d’orientation par des experts ou lobbies et pour le flou sur le caractère engageant ou non des recommandations… Et surtout pour leur oubli des institutions, alors que le référendum existe : la consultation sur l’immigration, un temps envisagée, a été abandonnée… Le risque de consensus était peut-être trop élevé.
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