Un an et demi de la présidentielle, la droite n’est plus un fantôme. Elle revient de loin, c’est vrai : des années d’errance, de divisions claniques, de redditions successives, entre trahisons jupitériennes et exils lepénistes. Mais voilà qu’elle remonte la pente, à petits pas, à coups d’élections partielles, de victoires municipales discrètes, de résurrections sénatoriales. Mieux : elle gouverne à nouveau, retrouve des ministères, des micros, des plateaux. Bref, elle existe. Et ce retour à la lumière n’a rien d’un hasard. « Les Français veulent une droite qui agit, pas une droite qui commente », confie Bruno Retailleau au JDNews. « Une droite avec un projet de rupture contre l’impuissance », renchérit Laurent Wauquiez. Mais derrière les mots, une même urgence : retrouver un cap.
Car si la droite va mieux, elle demeure convalescente. Pas encore de projet clair, mais un socle solide et un rejet grandissant du macronisme. En face, la gauche s’enchevêtre dans sa recomposition, les héritiers de Macron aiguisent leurs couteaux et le RN s’inquiète du possible empêchement de Marine Le Pen. C’est le moment ou jamais. La droite doit trancher. Dire ce qu’elle veut. Ce qu’elle est. Et où elle veut aller. Le JDNews a identifié les chantiers incontournables. Non pas des slogans, mais des sujets de fond. Non pas des totems, mais des épreuves. Des défis pour savoir si la droite veut gouverner à nouveau. Ou simplement commenter l’époque.
Un chef, un cap, un parti
C’est le premier chantier, et peut-être le plus décisif : rétablir l’unité, clarifier la ligne, tenir la maison. Depuis dix ans, Les Républicains vivent en archipel : d’un côté, les gaullistes sociaux, de l’autre, les libéraux déclassés ; plus loin, les conservateurs de tradition, les identitaires sans complexe, les orphelins du sarkozysme. Autant de droites qui cohabitent sans jamais fusionner, s’additionnent sans jamais s’unir. Résultat : une hémorragie idéologique. Certains sont partis chez Macron, d’autres ont rallié Le Pen, et les derniers fidèles errent dans un parti bavard, indécis, parfois schizophrène.
Il est temps de trancher. De sortir des ambiguïtés pour assumer une colonne vertébrale : autorité, nation, mérite. La droite ne peut plus faire campagne avec des équilibres bancals et des synthèses tièdes. Elle doit retrouver sa logique verticale, sa mécanique bonapartiste. Un chef, un cap, un parti. Retailleau ou Wauquiez ? Sur le fond, peu de choses les distinguent : même exigence d’ordre, même foi dans la transmission, même prudence économique. Reste le style – l’un parle en syllogismes, l’autre en uppercuts. Mais les deux savent une chose : il leur faudra un pacte. Wauquiez a tendu la main en promettant à Retailleau le poste de premier vice-président en cas de victoire. C’est un début. Car sans entente, ce sera la guerre. Et la guerre, à droite, est toujours perdue d’avance.
Tenir les bastions ou perdre le pays réel
Avant 2027, il y aura 2026, et un scrutin autrement plus déterminant pour l’ancrage et la survie : les municipales. Un test grandeur nature pour la droite. Pas seulement un rendez-vous électoral, mais un thermomètre de crédibilité. Aujourd’hui, LR tient bon. Les grandes métropoles – Lyon ou Bordeaux – ont glissé, mais une myriade de villes moyennes, de sous-préfectures, de chefs-lieux restent fidèles. La droite y gouverne, y construit, y recrute. C’est là son capital. Mais ce capital est fragile.
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Une défaite en 2026 ne serait pas une alerte : ce serait un désaveu. Le désaveu de la « droite qui gère », celle des maires bâtisseurs, des élus enracinés, du pays réel. LR va devoir bâtir des candidatures solides, un récit local puissant, et trancher une question qui divise déjà : faut-il pactiser avec les centristes, les élus macronistes, les notables sans étiquette ? Ou préserver coûte que coûte le socle LR, quitte à perdre des villes ? La réponse engage la suite.
Car perdre les territoires, c’est affaiblir le candidat de 2027 avant même qu’il ne se déclare. Avant de rêver à l’Élysée, il faudra tenir les murailles. Et se souvenir que, dans l’histoire de la droite, c’est souvent par les mairies qu’est venuela reconquête.
Refonder une économie de droite
La droite a besoin d’un projet économique clair, cohérent, courageux. Et c’est là que le bât blesse. Depuis dix ans, elle tâtonne : rigueur ou relance ? Austérité ou audace ? Libéralisme ou protection ? À force de vouloir ménager tout le monde, elle n’a convaincu personne. Résultat : un programme flou, un discours tiède, une parole sans portée.
Et pourtant, l’espace est là. L’État-providence craque de partout, les déficits explosent, les Français s’inquiètent. Le ras-le-bol fiscal n’a jamais été aussi palpable. Mais il ne suffit plus de dénoncer la gabegie. Il faut proposer un modèle. Trancher dans le vif. Supprimer des agences inutiles. Réduire la masse salariale de l’État. Alléger les charges. Simplifier le millefeuille territorial. Et, pourquoi pas, demander un effort aux retraités, qui sont aussi des électeurs matures.
Ce n’est pas un programme de gestion. C’est un choc de refondation. Revaloriser le travail. Rétablir la hiérarchie des efforts. Récompenser l’initiative. Redonner de la lisibilité à la dépense publique. C’est tout cela, le logiciel économique d’une droite digne de ce nom. À elle, maintenant, de le dire haut et fort, ou de continuer à l’esquisser du bout des lèvres.
Reprendre la main sur l’immigration
C’est la blessure jamais refermée. Le talon d’Achille. Et le péché originel. Dans les années 1990, la droite a enterré ses propres états généraux de l’immigration. La ligne Juppé a étouffé celle de Pasqua. Depuis, le RN a raflé le sujet, capté les électeurs, imposé son vocabulaire.
Pour la droite, il ne s’agit donc plus de déclarer l’urgence, mais de proposer des lois. Quotas migratoires, fin du droit du sol automatique, priorité nationale sur l’emploi et les aides : des mesures concrètes, applicables, assumées. Plus de pudeur coupable. La droite ne peut plus fuir son propre socle.
Bruno Retailleau a ouvert une brèche Place Beauvau. À lui – et aux siens – de transformer l’essai. L’Assemblée et le Sénat doivent devenir les laboratoires d’un projet clair. Pourquoi ne pas débattre, dès maintenant, de la proposition de Wauquiez d’expulser les OQTF vers Saint-Pierre-et-Miquelon ? Ce n’est pas une provocation : c’est un signal. Et la droite, sur ce sujet, n’en a plus envoyé depuis trop longtemps.
Reconquérir les classes populaires
C’est l’électorat perdu. Celui qui faisait gagner la droite de Pompidou, Pasqua ou Sarkozy. Aujourd’hui, il vote massivement RN. Lassé d’un discours flou sur l’économie, écœuré par un laxisme migratoire qu’on n’a jamais osé nommer. Et surtout fatigué d’être méprisé. Trop souvent, la droite a regardé ces électeurs comme des déçus provisoires, des égarés. Elle s’est trompée : ce sont des Français qu’il faut reconquérir, pas corriger.
Ils attendent du concret. Pas des généralités. Un discours clair sur le pouvoir d’achat, des mesures fortes sur le logement, la sécurité, la mobilité. Bruno Retailleau l’a saisi : « Je veux défendre la France des honnêtes gens. C’est une boussole, une idée forte. Cette France-là, c’est celle de la décence ordinaire, au sens d’Orwell : ceux qui croient au travail, à l’effort, au mérite. » Wauquiez renchérit : « Cet électorat est appauvri par la facture de l’immigration et de l’assistanat. Il faut revaloriser les travailleurs modestes. C’est aussi une question de considération. » Reconquérir les classes populaires, c’est une condition de survie.
Réparer la fracture territoriale
C’est la fracture la plus sourde, mais peut-être la plus explosive : celle qui sépare les métropoles agitées de la France des sous-préfectures. Ces territoires oubliés où l’on ne croit plus à grand-chose sinon au repli. Là où l’école ferme en silence, où l’hôpital se dérobe à 40 km, où la gendarmerie baisse le rideau sans bruit.
Cette France-là fut longtemps le socle de la droite. La France des maires, des notables, des bâtisseurs. Elle doit le redevenir. À condition d’offrir un récit. Un vrai : défense des services de proximité, lutte contre l’ensauvagement, relance de la décentralisation, respect des élus de terrain. Pas de cosmétique, mais de la considération. Bruno Retailleau le dit d’une formule nette : « Plus la distance entre l’élu et le citoyen grandit, plus la confiance recule. Je défends la France des communes, celle où la République reste à hauteur d’homme. » Si la droite ne l’entend pas, d’autres n’hésiteront pas à occuper le vide.
Briser le carcan institutionnel
Exercer le pouvoir ne suffira pas. La droite devra prouver qu’elle peut le reprendre – en actes, pas en paroles. Aujourd’hui, une majorité silencieuse doute encore de l’autorité du politique. Trop de lois retoquées par le Conseil constitutionnel, trop de décisions édulcorées par le Conseil d’État, trop de politiques bloquées dans les arcanes technocratiques. Le pouvoir est fragmenté, dévitalisé. La Ve République vacille sous ses propres verrous.
Bruno Retailleau veut en rouvrir la clé : restaurer l’autorité présidentielle, rendre au référendum sa vocation populaire, réécrire l’article 11 de la Constitution pour consulter les Français sur les sujets régaliens, à commencer par l’immigration. Laurent Wauquiez va plus loin : il dénonce « cette pensée de gauche qui a verrouillé le système institutionnel » et vise les « cours suprêmes » – Conseil constitutionnel, Cour des comptes, Conseil d’État – qu’il accuse de confisquer la souveraineté. Si la droite veut gouverner à nouveau, elle devra commencer par gouverner les règles du jeu. Et rappeler que le suffrage vaut plus que la jurisprudence.
Gagner la bataille des idées
C’est un chantier oublié, mais décisif. Celui qu’on a trop longtemps laissé aux autres. Tandis que la gauche radicale imposait ses récits à l’Université, dans les médias et sur les réseaux, la droite a déserté le terrain. Elle a géré, administré, empilé les rapports. Mais elle a cessé de penser. Et surtout, de se battre.
Résultat : ses idées sont tournées en ridicule avant même d’être débattues. Son logiciel paraît daté. Ses figures intellectuelles se comptent sur les doigts d’une main. Il faut inverser la dynamique. Relancer des groupes de réflexion dignes de ce nom, publier des essais, investir les plateaux, réarmer la pensée conservatrice, libérale. Imposer ses mots, son vocabulaire, sa vision. « La droite doit renouer avec les intellectuels, avance Laurent Wauquiez. Faire le lien entre les idées et l’action, c’est plus qu’un devoir : c’est la condition pour redevenir une force qui gouverne. » Ne plus subir l’hégémonie culturelle de la gauche, c’est cesser de s’excuser d’être de droite. Et recommencer à penser pour mieux convaincre.
Reconstruire un parti vivant
Pendant des années, LR a ressemblé à un syndicat d’élus locaux : enraciné, solide, mais politiquement silencieux. Peu d’adhérents, pas de souffle, un appareil figé, comme tétanisé par l’histoire en marche. Un parti en veilleuse, spectateur de son propre effacement. Mais depuis quelques semaines, le congrès a réveillé les troupes : le nombre d’adhérents a triplé. Signe que quelque chose existe encore. Une attente. Une base. Un reste de flamme.
À une condition : rallumer le moteur. Rouvrir les fédés, renouveler les visages, envoyer les jeunes sur les plateaux, reconnecter le parti aux batailles médiatiques. La méthode Sarkozy – le terrain, les idées, l’incarnation – ou celle de Bardella – l’omniprésence digitale, le tempo serré, le récit martelé – doivent inspirer. Un parti qui pense, qui forme, qui frappe, ce n’est plus un luxe. C’est un préalable. Faute de quoi, LR restera un vestige. Avec cela, il peut redevenir une machine de guerre politique.
Désigner une incarnation crédible
À droite, l’histoire est têtue : le patron du parti finit presque toujours candidat. L’élection du président des Républicains n’est donc pas un simple congrès. C’est le premier tour officieux de la présidentielle. Et il faudra trancher vite. Wauquiez ou Retailleau ? Ou un troisième homme jailli du bois ? Laurent Wauquiez plaide pour une désignation après les municipales, par un vote des adhérents. Soit. Mais encore faut-il que ce ne soit pas un casting improvisé. Incarner ne suffit pas. Il faut une ligne. Un récit. Une droite. Quel cap ? Quelle vision ? Quel projet ? C’est le vrai défi de l’après-congrès. Car derrière la conquête du parti, c’est l’Élysée qui se profile. Et cette fois, il n’y aura qu’un seul rôle à tenir : celui de chef.
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